Ben Tre et Ho Chi Minh – 6 jours – 3 mètres d’altitude

English version available here.


Après une heure de vol depuis Dan Hang, le capitaine nous annonce une arrivée imminente à Ho Chi Minh et la préparation de notre atterrissage. À peine les roues de notre petit coucou ont touchées la piste, que nous sortons de l’appareil et attrapons un taxi. Nous nous dirigeons alors directement vers la gare routière à l’ouest de la ville. Dans le vieux bâtiment du terminal, nous nous mettons en quête du bon guichet pour trouver des billets pour notre prochaine destination. Sur la vitre de chacun d’eux, des feuilles A4 renseignent le nom des villes desservies par les différentes compagnies. Derrière leurs petits bureaux, rares sont les personnes qui parlent anglais ; et c’est après avoir prononcé le nom de Ben Tre, notre future étape, que plusieurs vendeurs nous font alors des signes en répétant vaillamment “Ben Tre ! Ben Tre ! Ben Tre !” Nous montons alors dans le premier bus, prêt à se mettre en route.

Après deux heures de trajet et 85 kilomètres, nous trouvons une petite auberge de jeunesse à l’extérieur de la ville, perdue au milieu de la jungle et à proximité d’une petite rivière affluente du Mékong. À notre arrivée, la réceptionniste nous apprend qu’il n’y a pas de marché flottant dans les environs, pourtant la raison numéro 1 de notre venue dans cette contrée.

Mais Ben Tre a bien d’autres trésors à nous faire découvrir. Capitale de la province du même nom, la ville est située sur le Delta du Mékong. Elle se compose de trois îles principales situées entre les rivières Tien Giang, Co Chien et Ham Luong qui toutes trois s’écoulent dans le fleuve Mékong, qui se divise en plusieurs bras, avant de se jeter dans la Mer de Chine. La vie de ses habitants s’orchestre d’ailleurs autour des contraintes imposées par ce fleuve magistral et de l’important réseau de canaux qui l’accompagne. La province de Ben Tre est considérée comme “le royaume des cocotiers.” La noix de coco occupe une place majeure dans le développement économique de la localité.

Nous partageons, en fin de journée, une première bière “Saigon” avec une jeune française qui parcourt l’Asie du Sud-Est à vélo. Nous nous mettons ensuite en quête du dîner. Aux alentours de l’auberge, les rues sont désertes et plongées dans le noir. Nous prenons donc la direction du centre-ville et après avoir parcouru à pied, les deux kilomètres qui nous séparaient des premières habitations, nous savourons une nouvelle noodle soup dans une petite cantine, accompagnée de familles qui y concluent eux aussi leur journée.

Le lendemain, nous embarquons à bord d’un Sampan, la longue et fine barque à moteur traditionnelle du Mékong. Nous entamons une croisière dans le delta qui a pour thématique la découverte de l’économie de la noix de coco. Les bateaux sont colorés et ont des yeux en guise de proue. En effectuant quelques recherches sur internet, l’ethnologue Laura Bogani, nous apprend que « Au Vietnam, le bateau est considéré, encore aujourd’hui, comme un être qui possède une âme. Après le calfatage, les marins posent des yeux, ronds ou en amande à sa proue pour signifier cette spiritualité.” 

Grâce à cette protection, nous traversons sans encombre, l’un des trois bras principaux du delta, avant de nous arrêter sur une petite île.

Nous croisons sur le cours d’eau d’imposants et vieux bateau en bois. Leurs cales sont remplies jusqu’aux bastingages de milliers de coco. Ils assurent le transport des noix vers les entreprises positionnées sur les rives du fleuve. C’est, alors, sous leur hangar de fortune que la coque verte est séparée du reste du fruit. La fibre de cette coque est extraite pour concevoir de la corde et des tapis.

Nous enfourchons des bicyclettes pour explorer les berges ombragées du Mékong. Nous empruntons alors de petits sentiers qui serpentent sous la canopée pour atteindre une entreprise familiale où tous les éléments de la noix de coco sont séparés : le jus, la chair et les deux différentes coques du fruit. A tour de rôle, nous essayons de couper et peler les noix pour en récupérer la chair qui sera transformée en huile ou en bonbons. Pas si facile ! La coque en bois, elle, est par la suite ré-utilisée pour faire du charbon ou des souvenirs. Après avoir traversé l’île sur nos deux roues, nous prenons de nouveau place sur notre petite embarcation.

Alors qu’il a rythmé plusieurs jours de notre voyage en Asie, depuis notre entrée au Laos, jusqu’à son Delta au sud du Vietnam ; vient le moment de dire au revoir au Mékong. La séparation avec ce mastodonte naturel marque également la fin de notre croisée des chemins avec Aurélien. Après une dernière bière en sa compagnie, il poursuit son aventure en solitaire en prenant la direction du Cambodge, pendant que nous rejoignons Hô Chi Minh et sa gare routière Ouest, après deux nouvelles heures de bus.

Hô Chi Minh-ville, baptisée Saïgon jusqu’en 1975, est la plus grande ville du Vietnam et son poumon économique. Comme son homologue du nord, la ville est souvent décrite comme vivante et survoltée, de par son trafic et le concert de klaxon qui en résulte.

Notre découverte de la ville débute par la traversée du marché de Ben Thanh. Les 3 000 boutiques entassées dans un immense hangar sans charme battent leur plein du lever du jour à la tombée de la nuit ; le tout sous une chaleur étouffante. Dans les étroites allées, les vendeurs y exposent sur leurs petits étales, maillots de foot, chaussures et produits alimentaires.

Pour nous remettre de nos émotions, nous nous dirigeons vers le « street food market, » un lieu “hipster”, démontrant la modernité de la ville. A l’image des « street food » qui fleurissent dans la plupart des grandes villes occidentales, nous retrouvons ici une ambiance jeune et branchée, bien loin des cantines locales. Rien de très authentique donc, mais où nous passons tout de même un bon moment avant de reprendre notre exploration de la ville.

Notre itinéraire se poursuit en découvrant la Cathédrale Notre-Dame, l’un des symboles de la ville. Construit par des missionnaires catholiques français, cet imposant édifice en brique aurait pu intégrer l’œuvre de Claude Nougaro, tant son architecture pourrait se fondre dans le décor de la ville Rose. Malheureusement en rénovation, lors de notre venue, nous n’avons pas pu avoir accès à son intérieur.

Face au lieu de culte, une autre construction remarquable trône sur la place. La Poste Centrale de Saigon, bâtie par les français à la fin du 19e Siècle, révèle une architecture élégante, alliant les influences occidentales aux soin du détail oriental. Face au lieu de culte, une autre construction remarquable trône sur la place. La Poste Centrale de Saigon bâtie par les français à la fin du 19e siècle révèle une architecture élégante, alliant les influences occidentales au soin du détail oriental.

Légèrement en retrait de cette place historique, nous pénétrons par hasard dans la petite rue piétonne de Nguyen Van Binh, couramment appelée ici, la rue des livres. Véritable oasis de sérénité dans cette ville si animée, la rue offre depuis sa création en 2016, une pause culturelle salvatrice au cœur du tumulte de la mégalopole. Plus d’une dizaine de librairies-papeteries y exposent livres, carnets de notes et carte postales et des espaces propices à la lecture y ont été aménagés.

Le lendemain, la journée débute par un petit déjeuner “français” dans la boulangerie “Tous les jours”, nous craquons pour une superbe brioche au caramel accompagnée d’un “café à la noix de coco”, une spécialité vietnamienne pour laquelle nous n’avions pas encore craquée. 

Après un passage rapide chez un talentueux tatoueur belge, Élodie et Florian attrapent un vol pour la France qui ponctuera leurs vacances en notre compagnie. De notre côté, nous poursuivons notre exploration de la ville en nous rendant au musée de la Guerre du Vietnam. Il met en exergue la brutalité de ce conflit et tout particulièrement les abominations orchestrées par les États-Unis sur cette période. Deux salles exposent les désastres de l’utilisation de “l’Agent Orange” (un herbicide déversé par milliers de litres sur les forêts vietnamiennes) et du “Napalme” sur les populations. Les images exposées y sont particulièrement dures, tant les effets de ces agents chimiques sont horribles. Le musée renferme également une excellente exposition mettant à l’honneur les photographes de guerre, morts sur le terrain pendant le conflit. Elle abrite des clichés, qui, bien que figés dans le temps restent vivant de par l’émotion qu’ils réveillent ; et met à l’honneur ces reporters au courage sans limite qui se sont mit en danger pour rapporter au monde entier les atrocités de la guerre.

Pour plus de légèreté, nous prenons la direction du musée des beaux-arts. Cet édifice imposant, aux couleurs jaune ocre, pourrait parfaitement trouver sa place comme riche demeure trônant au sommet d’une colline de Provence. Dans ces salles, les œuvres présentées ne sont pas des plus sensationnelles mais son étage contemporain met tout de même en lumière de jolies toiles colorées. Notre escapade se termine devant le bâtiment de l’hôtel de ville, au pied de la statue d’Ho Chi Minh.

La préparation des sacs rythment notre dernière matinée en Asie. Nous montons dans un taxi qui nous conduit à l’aéroport. Avant de prendre place non pas dans une Caravelle mais dans la carlingue d’un avion dernière génération qui fait escale dans l’immense aéroport ultra-moderne de Singapour. Nous nous envolons ensuite pour Helsinki ; à nous l’Europe du Nord et sa fraicheur du printemps.


NOS COUPS DE COEUR
Le coup de crayon de Khami.inkz
 

Tatoueur belge aujourd’hui installé à Bruxelles et qui, à notre passage à Ho Chi Minh, jouait du dermographe pour le compte du studio France Passion Tattoo.

Où manger ?  

Boulangerie Tous les Jours
Hô Chi Minh

Enseigne de boulangerie-pâtisserie française, présente à plusieurs endroits de la ville. Excellent choix de viennoiseries, au prix plus élevé que nos habituelles noodle-soup du petits-déjeuner, mais qui permet d’assouvir notre manque de pâtisseries françaises.

Restaurant Quan An Dong
Phường 6 District 4 –  Hô Chi Minh

Petite cuisine traditionnelle, repère des locaux du quartier qui y viennent dîner sur la terrasse de cette rue passante.