Hisarönu et la côte méditerranéenne turque – 7 jours  – 306 mètres d’altitude

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Nous quittons les montagnes et sa fraicheur pour la côte méditerranéenne et sa chaleur.

Voilà 10 mois que nous avions quitté ses rives. C’était pour charger les side-cars dans les conteneurs lors de notre virée marseillaise.

La mer des Caraïbes, l’océan Pacifique Sud, l’océan Atlantique Sud, la mer de Chine, la mer Baltique, la mer Caspienne, la mer Noire… Tout au long de cette aventure, il nous aura fallu apprivoiser les particularités de ces différentes côtes maritimes qui auront balisé notre périple. Et après avoir mis le cap à l’Ouest, en Russie ; la Méditerranée nous rappelle une nouvelle fois que nous nous approchons du drapeau à damiers.

Nous entamons notre escapade sur la côte turque en partant à la découverte de Patara. Cette cité fut l’une des plus importantes de Lycie (-300 av. JC) et un port majeur de l’empire Romain. Entre terre et dune, le site archéologique permet aujourd’hui de découvrir les ruines majestueuses de l’arc de triomphe, de l’amphithéâtre et de l’assemblée de la cité. Le marbre crème de ces vestiges contraste avec le vert des oliviers et le bleu du ciel. L’avenue principale, bordée de ses colonnes antiques, se dissipe quant à elle progressivement dans les méandres des marécages environnants, offrant au site une atmosphère particulière.

Après une petite heure au milieu de ces vestiges, il est temps pour nous de gagner la longue et belle plage du même nom. Adossée à de vastes dunes, elle s’étend sur 6 kilomètres. Au pied du parking, une paillote fait office de snack et propose des transats aux touristes venus profiter de ce cadre idéal, en cette période estivale. Mais à quelques mètres de là, la plage reprend ses droits et la nature redevient sauvage. Pour nous excentrer et étendre nos serviettes un peu à l’écart, il nous faut relever une dernière épreuve… Celle de pouvoir supporter le sable brûlant qui s’infiltre entre nos doigts de pieds malgré les tongs. Vient alors le moment de savourer le premier bain dans les eaux chaudes et claires de la Méditerranée.

Pour gagner en quiétude, et parce qu’une nouvelle fois il m’est impossible de ne pas savoir ce qui se cache derrière la falaise qui met un terme à la vaste étendue de sable ; j’entreprends son escalade pour apercevoir la mer de l’autre côté de la pointe rocheuse. La côte ressemble à celle des Bouches-du-Rhône. Une eau d’un bleu profond vient heurter la falaise au rythme régulier des vagues. Dans cette roche calcaire qui plonge jusque dans les profondeurs, se forment des cavités léchées par cette eau rendue turquoise au contact de la pierre.

En début de soirée, nous nous mettons en quête de notre spot de camping sauvage à proximité de la ville voisine de Kinik. Nous optons finalement pour un espace ombragé à l’extrémité d’un champs. Mais au crépuscule, après s’être restaurés, au moment de monter les tentes, nous nous apercevons de la présence au sol de nombreuses petites plantes aux piques acérés, qui risqueraient de transpercer la toile. Nous nous mettons donc en quête d’un nouvel espace à proximité ; mais il nous faut rapidement nous rendre à l’évidence, aucun lieu aux alentours n’est optimale. Nous optons donc pour une petite clairière au milieu des pins en contrebas du champs, qui a pour principal défaut d’être en pente.

Nous y connaissons notre pire nuit du voyage ; les chiens errants de la ville ayant aboyés jusqu’à l’aube et le dévers transformant nos matelas en véritables toboggans.

Après cette nuit agitée, le réveil à 5h du matin est donc des plus difficiles.

Deux « chocos » plus tard, nous mettons le cap pour la vallée des papillons. Nous longeons la côte par la route maritime au milieu de la nature et de ses pins, appréciant au petit matin la vue imprenable sur l’eau turquoise de la mer Méditerranée.

La baie des papillons est un vertigineux canyon de près de 500 m de profondeur se terminant par une petite plage au fond d’une crique, accessible essentiellement en bateau-taxi depuis la ville touristique de Oludeniz. Mais il existe une seconde stratégie méconnue, qui nécessite de ne pas craindre le vide et de se munir de bonnes chaussures. Il faut alors emprunter le petit sentier qui permet d’atteindre la crique depuis le village de Faralya, situé sur les hauteurs du canyon. Avares de défis, nous optons pour cette alternative et stationnons les side-cars à l’extrémité du village. Maps.me nous indique que depuis le petit parking, un sentier de 1 km permet de rejoindre la plage en contre-bas. Ce sera le kilomètre le plus lent du voyage. Avec ses 500 m de dénivelé, plusieurs passages relèveront plus de l’escalade que de la randonnée. Accrochés à une corde, nous descendons dans des failles à même le rocher. Mais une fois sur la plage, il règne une atmosphère paisible. Une petite communauté hippie y tient un camping et une cantine. Il est 9h30, quelques touristes prennent leur petit-déjeuner au café, pendant que nous avons toute la plage pour nous.

Après un premier bain dans les eaux claires de la crique, nous prenons un petit-déjeuner au bar. Il s’agit d’un buffet composé d’œufs durs et olives accompagnés de pain grillé et miel. À 11h, vient l’heure de la seconde baignade et des plongeons depuis les rochers ; avant que n’arrivent, quelques minutes plus tard, des hordes de touristes débarqués depuis des bateaux d’où jailli de la musique techno. Le havre de paix est submergé. Nous fuyons le plus vite possible et remontons vers le village. Par chance lors de cette ascension, le sentier et les parois à escalader sont à l’ombre et nous protègent de la chaleur qui devient écrasante.

Nous reprenons les guidons de nos engins et poursuivons la route de la côte pour quelques kilomètres. Nous rejoignons la ville balnéaire d’Oludeniz, qui a fait du tourisme de masse son gagne-pain. Nous prenons possession de nos chambres dans un hôtel d’un bon standing à Hisaronü ; ville également touristique, très prisée des anglais sur les hauteurs derrière Oludeniz. Après une journée mécanique, départ le lendemain pour Akyaka, avant de rejoindre le village d’Hacilar où nous dressons le campement près de la rivière Cine (« Chine en francais ») qui alimente le lac artificiel du même nom.

Réveil à 5h pour prendre la route avant l’arrivée de la chaleur. Nous nous dirigeons alors vers le site archéologique d’Éphèse. À notre entrée dans la ville de Selçuk, qui précède la cité antique, nous commandons dans une pâtisserie, cookies et muffins en guise de petit-déjeuner.

Revigorés par ces notes sucrées, nous partons à la conquête du site archéologique. De part sa grande réputation, cette excursion est très prisée des touristes qui arrivent par bus entier depuis Istanbul. Mais cet afflux massif, n’enlève rien au charme de cette cité parfaitement conservée. Parmi les monuments impressionnants, nous avons pu apprécier l’imposant amphithéâtre, considéré comme le plus grand du monde antique, la bibliothèque de Celsus (prisée des selfies Instagram), son assemblée parlementaire ainsi que de nombreux temples et fontaines.

Après deux bonnes heures de marche dans les ruines, nous retournons à Selcuk manger un snack en terrasse avant de visiter le musée dédié aux vestiges du site d’Èphèse. On y a particulièrement apprécié la reconstitution de la ville en vidéo 3D, permettant de mieux se projeter dans la vie de l’époque. On y retrouve également de nombreuses statues de dieux grecs dont une imposante statue d’Artémis, et les frises de certains temples.

En attendant des températures plus fraîches en fin d’après-midi, qui permettront de reprendre la route vers le nord, nous entamons une petite promenade dans la ville jusqu’à l’entrée de son château, avant de succomber à l’appel d’une glace.

Vers 18h nous reprenons la route vers la grande ville d’Izmir où nous avons repéré, sur l’application iOverlander un spot, quelques kilomètres en amont du village de Kaynaklar. Pour nous y rendre nous traversons le village et empruntons un sentier qui grimpe dans la montagne. Nous ne parvenons pas à trouver le point exact renseigné sur l’application mais nous arrêtons dans un petit espace plat et ombragé pour monter le campement.

Réveil de nouveau aux aurores puisque les prévisions météo annoncent cette journée comme la plus chaude de la semaine.

Nous contournons la ville d’Izmir par la rocade sans difficulté. La route à 2×2 voies n’a que peu d’intérêt, hormis de nous permettre d’avancer rapidement. La chaleur est effectivement bien présente et nous décidons en fin de matinée d’effectuer le dernier relais de 100 kilomètres en deux temps du fait notamment de la présence d’un col sur la première partie.

Nous empruntons, en fin de parcours, une petite route qui rejoint la côte en passant par Koruktasi. La plage à  proximité de ce village est prisé par les locaux qui viennent passer l’après-midi en bord de mer. On trouve finalement un espace à l’ombre d’un arbre où nous installer. Le vent souffle, un père apprend à ses filles adolescentes, à conduire sa voiture dans un champs derrière la plage. Après plusieurs essais et alors qu’elles parvenaient enfin à jouer avec l’embrayage sans faire trop de bruit, survient une crevaison au pneu avant. Un déboire qui fait grandement rigoler ses filles. De notre côté nous consacrons notre après-midi à la baignade dans une eau fraîche et transparente. Celle du soir sera des plus agréables, les locaux s’en étant retournés chez eux, nous laissant seuls avec la mer et le coucher du soleil.

À la suite de cette nuit en bord de mer, le réveil du lendemain se fait plus tardif que les jours précédents, un petit 7h qui fait le plus grand bien. Un plaisir permis par la petite journée de route au programme : tout d’abord 43 km pour rejoindre les vestiges de la ville de Troie, dont il ne reste plus grand chose et dont la reconstitution du cheval est décevante ; avant d’atteindre ensuite la ville de Canakkale, emprunter un ferry pour traverser le détroit des Dardanelles, et rejoindre la péninsule de Gallipoli.

C’est à hauteur de cet étroit chenal, qui permet au cargo de rejoindre la mer de Marmara, puis la mer noire, que nous rejoignons la région de Trace, laissant derrière nous l’Anatolie. Le traversier débarque à Kilitbahir, petit port de pêche adossé à une imposante forteresse en forme de coeur. Étonnés, nous entamons donc la visite de ce château construit en 1571 et aujourd’hui très bien conservé.

Nous prenons place, face à la petite retenue d’eau où sont accostés de jolies embarcations traditionnelles, pour savourer un sandwich de poisson, spécialité locale. À chacun son espèce, sole, truite, ou sardine, il y en a pour tous les goûts. Après la traversée de la péninsule aux guidons des bolides, nous établissons le campement sur un promontoire, avec vue sur mer, à quelques kilomètres du petit village de Alçitepe.

Au petit matin, départ sous les premiers rayons du soleil ; après un peu plus de 100 kilomètres, pause au sommet d’un col dans une station-service où l’on commande à un brave homme en bretelles, des toasts, et des cafés en guise de pause syndicale. Nous y dépensons nos derniers Lyra turques, la frontière grecque n’étant plus qu’à 40 kilomètres.