Jalë et la traversée des Balkans – 6 jours – 2 mètres d’altitude

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Les premières gouttes de pluie accompagnent notre passage de la frontière greco-albanaise aux infrastructures rudimentaires. Alors que nous enfilons l’équipement adéquat, le douanier, grand sourire aux lèvres, nous affirme que nous entamons la traversée du pays lors des deux seuls jours de pluie de l’été.

À trois petites dizaines kilomètres de là, nous atteignons en fin de matinée, la ville de Gjirokaster, une des plus anciennes d’Albanie. Nous déambulons, combinaisons de pluie sur les épaules, dans ses petites rues pavées. Elles sont bordées de part et d’autres de vieilles maisons aux murs et toitures de pierre, que les plus imposantes bâtisses voient agrémentées de jolis balcons suspendus au-dessus du vide. Son architecture est à l’origine de son surnom de « ville de pierre. »

Nos pérégrinations nous conduisent jusqu’au promontoire rocheux où a été érigé une forteresse. Du haut de ses remparts un superbe panorama sur la ville et la vallée environnante s’offre à nous.

Au déjeuner, dans une petite échoppe des rues médiévales, nous goûtons notre premier Burek (feuilleté au fromage ou aux épinards), spécialité culinaire locale à l’influence ottomane.

Dans l’espoir de trouver un rayon de soleil, nous décidons de mettre le cap sur la “riviera albanaise. » Pour l’atteindre, il nous faut tout d’abord traverser les montagnes. Une dizaine de kilomètres après le passage du col, nous empruntons sur la droite une piste de 2 kilomètres qui nous conduit à “l’oeil bleu”, une source d’eau à la couleur éponyme des plus intenses. Elle donne ensuite naissance à un petit cours d’eau qui s’enfuit, suivant le relief de la montagne. Le lieu est certes un peu touristique, mais ce petit cercle d’environ deux mètres de diamètre et sa petite piste le long du lac, recouvert ce jour-là d’un petit voile brumeux mystique, vaut tout de même le détour.

Nous atteignons la côte à hauteur de la station balnéaire de Sarandë. La stratégie de rejoindre la côte pour retrouver une météo plus sèche est payante puisque les averses deviennent de plus en plus éparses. À partir de cette ville nous poursuivons notre remontée vers le nord. Au fil des kilomètres, se succèdent les plages les plus importantes de cette côte qui ont vu naître des villes balnéaires très prisées des Hongrois, Polonais et Slovènes. Mais certaines petites criques plus difficiles d’accès restent préservées. C’est sur l’une d’elles que nous établirons notre campement pour le premier bivouac des Balkans.

La ville de Fier marquera la fin de notre aventure sur la riviera albanaise. Nous y effectuons une pause “Poste” avant de nous élancer à vive allure sur la 4×4 voies qui contourne la capitale, Tirana. Pour le goûter, nous effectuons une pause crêpe en terrasse dans  le petit village perché de Kruje, avant de nous attaquer à la visite de sa forteresse en ruines.

La ville frontalière de Shkodër marquera la fin de notre traversée du pays ; 10 kilomètres plus loin, nous arrivons à la frontière du Monténégro. Une petite file d’attente s’est formée en amont du poste frontière. Des enfants y font la manche avec insistance. Comme il est de coutume pour les motos, et malgré nos trois roues, un policier nous autorise à doubler les automobilistes et nous invite à nous réinsérer à quelques mètres de la guitoune devant un couple belge qui s’insurge. Le passage de la douane sera lui tout aussi facile puisqu’il se fera sans véritable contrôle avant que notre passeport ne soit tamponné.

Une fois passé côté monténégrin, nous quittons la route principale pour longer les rives du lac Skadar et rejoindre la ville de Virpazar que nous traversons en y jetant à peine un coup d’oeil. L’objectif du jour est de découvrir la célèbre baie de Kotor.

La route descend en pente douce vers ce qui est, ici, appelé les « bouches », petits golfes formés par les montagnes majestueuses et verdoyantes qui viennent se jeter dans cette eau envoûtante.

C’est dans l’une de ses anses que vient se blottir la ville médiévale de Kotor. Au pied d’une montagne, dont les remparts ont peu à peu conquis les pentes, ses rues entièrement piétonnes sont en pleine effervescences. La ville médiévale est certes très touristique, mais ses petites rues pavées, intra-muros restent très charmantes, bordées de jolies maisons de pierre. Elles débouchent sur de belles églises et de jolies placettes où des chats se prélassent. Le port, lui, accueille yachts et paquebots de croisière. L’un d’eux aujourd’hui arrive de France faisant raisonner notre langue sur les terrasses des cafés et dans les boutiques de souvenirs.

La route longe ensuite la baie et ses petits villages dont celui de Perast et ses églises surplombent l’eau. La route permet de prendre réellement la mesure des hautes falaises qui entourent ce « fjord » aux multiples bras. Passé le village de Donji Morinj, la route s’élève de nouveau nous permettant d’apprécier un dernier point de vue sur la baie avant de poursuivre notre traversée des montagnes des Balkans.

La suite du périple nous conduit en Bosnie-Herzégovine. À la frontière, les formalités administratives sont faites en 5 min, personne à ce petit poste perdu dans les montagnes. La première route bosniaque que nous empruntons longe le lac Bileca, avant que nous n’empruntions une petite route dans la vallée pour rejoindre Mostar.

La ville médiévale a pour symbole son vieux pont « pointu » qui enjambe la rivière Neretva. Construit en premier lieu en 1566 avant d’être détruit pendant la guerre de 1992-95 puis reconstruit en 2004. Depuis le point culminant de ce pont, des plongeurs se jettent à l’eau en échange d’un billet de 10 €, mettant à profit ce rite initiatique ancestrale.

De part et d’autre de cet édifice, s’étendent les ruelles de la vieille ville ottomane. Nous y dégustons un Cevapi, un pain pita servi avec des bâtonnets de viande frites et des oignons crus.

Suite au désaccord, quant à l’itinéraire à suivre pour rejoindre les lacs de Plitvice, les deux side-cars se séparent pour la première fois du voyage. Marie et Julien empruntent alors la route du sud, tandis que nous montons plus au nord.

Avec Emilie nous atteignons la petite ville de Jajce dans la soirée. Nous nous  promenons dans les rues qui mènent jusqu’à sa forteresse du 14e siècle. Mais à son pied, une fois sortie des remparts, les vieilles infrastructures touristiques de l’ère soviétique offre à cette ville une atmosphère étrange. Outre son histoire, si Jajce est aussi célèbre c’est avant tout pour son enchaînement de cascades avant que la rivière Pliva ne se jettent dans la Vrbas.

En Croatie, les deux équipages de nouveau réunis, nous atteignons rapidement les lacs de Plivitce. Nous récupérons les informations pour la visite à l’entrée du parc et décidons de patienter jusqu’à 16h pour profiter d’un tarif réduit passant de 34 € à moins de 20 €.

Sur le premier kilomètre pour rejoindre la grande cascade, nous suivons la foule de touristes sur les passerelles en bois. Mais après la paisible traversée du lac principal en bateau électrique, tandis que la majeur partie des autres personnes quittent le parc, nous rejoignons la partie nord du lac. Nous sommes alors seuls sur les passerelles à fleur d’eau, passant de petites cascades en petits lacs aux couleurs émeraudes sublimés par les rayons du soleil couchant. Après un dernier point de vue sur la grande cascade, nous rejoignons les side-cars à la nuit tombée.

Le camping sauvage étant interdit en Croatie, nous nous mettons en quête d’un endroit “privé” pour planter les tentes. Dans une première résidence l’employé nous ferme la porte au nez. Mais à force de persévérance, c’est finalement un hotel-restaurant a quelques kilomètres du site naturel qui nous offrira gracieusement un carré de pelouse. En tacite contrepartie, nous y mangeons une pizza accompagnée de bières croates.

Le voyage se poursuit en direction du nord. Régulièrement, il nous faut effectuer une pause pour inspecter l’évolution d’une fissure apparut sur le châssis de l’un des side-car, constaté le matin même avant le départ du parking de l’hôtel-restaurant. Il nous faudra, pour atteindre le poste frontière slovène, réaliser un arrêt chez un soudeur dans la  ville de Karlovac et faire face à quelques déboires mécaniques.

De l’autre côté de cette ligne de démarcation, nous attendent Alice, Manu, Zack et Loah, la famille de Julien, qui se joignent à nous pour la suite du périple.


NOTRE COUP DE COEUR
Où manger ?

Restaurant Tamli
Rruga Pazari Vjeter, Krujë

Une adresse pour faire une pause sur le pouce et prendre des forces avant de partir à la découverte de la forteresse de la ville. Au menu, crêpes salées et sucrées qui peuvent se déguster sur la petite terrasse installée dans la rue piétonne.