Tcherepovets et la traversée de la taïga russe – 8 jours – 130 mètres d’altitude

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Départ de notre petite auberge entre deux averses ; le GPS indique 390 kilomètres en perspective. La météo est fraîche. Il nous faut nous emmitoufler sous de nombreuses couches de vêtements, s’équiper de la tenue de pluie et enfiler les gants d’hiver.

Dès les premiers kilomètres et sur la moitié du parcours, on alterne entre les averses de pluie, de neige et de grêle ; le tout entrecoupé de petites éclaircies, qui à chacune d’elle, nous donne une petite lueur d’espoir. Les pauses cafés dans les stations-services sont salvatrices. Nous y entrons tout humide pour nous y réchauffer, une grande tasse de café entre les mains, après 100 kilomètres difficiles.

Notre entrée dans Tcherepovets se fait en traversant sa zone industrielle. Nous nous frayons un chemin au milieu de ces grosses cheminées d’acier qui viennent transpercer le ciel. La sidérurgie est la principale activité économique de la ville. Une fois l’imposante usine Severestal derrière nous, nous pénétrons dans la cité par l’une de ses principales artères. Son architecture est constituée de nombreuses barres d’immeubles vieillissantes. Nous logeons d’ailleurs dans l’une d’elles. Le quartier est austère. Dans le parc entre les barres, les jeux pour enfants semblent d’un autre temps.  Mais alors que le décor nous met mal à l’aise, une fois garés nous sommes accueillis chaleureusement par le voisinage.

La nuit tombe sur la ville, la fraîcheur se fait ressentir pendant que nous la parcourons à pied pour trouver un petit quelque chose à se mettre sous la dent. Là encore, notre déambulation dans les rues de cette cité industrielle, ne nous réconcilie que très peu avec son architecture. L’atmosphère soviétique qui en résulte aurait d’ailleurs pu inspirer Zola pour en faire le terrain de jeu de son Germinal des temps modernes. Autour de la place du marché, nous observons tout de même quelques vieilles maisons du 19e siècle encore debout, mais c’est bien l’immense statue mettant à l’honneur les ouvriers de la métallurgie qui nous marquera lors de notre visite de la ville.

Le lendemain, nous quittons la ville par le sud, en enjambant la rivière Cheksna. Elle se jette à quelques kilomètres de là dans le célèbre fleuve de la Volga, le plus long d’Europe. Nous poursuivons d’ailleurs notre itinéraire sur une route secondaire qui longe son lit. Sa largeur est telle, qu’à cet endroit il nous est impossible d’apercevoir l’autre rive.

Notre petite route traverse de jolies petits villages en bois dont l’activité est tournée vers le fleuve. Le paysage laisse ensuite la place à de vastes forêts, traversées par de petits cours d’eau, affluents de la Volga.

A notre arrivée à Iaroslavl, deux policiers nous aident à joindre le propriétaire de notre appartement par téléphone, il nous indique que ses clés sont cachées sur le rebord de la fenêtre. Une fois l’appartement ouvert, les policiers se joignent à deux papys et insistent en cœur pour que nous garions nos side-cars dans un parking sécurisé à une centaine de mètres de là, plutôt que sur la petite esplanade devant l’appartement. À la guitoune du parking, nous sommes accueillis par le grand sourire d’un nouveau papy qui nous ouvre sa barrière avec beaucoup de plaisir. Par des gestes simples il nous fait comprendre que c’est une fierté pour lui de veiller sur deux side-cars Ural. Les bolides en sécurité,  nous entamons à pied, la découverte du centre historique de la ville, classé au patrimoine mondiale de l’UNSECO.

Iaroslavl est l’archétype des capitales régionales. Inconnue à l’étranger (sauf peut-être des habitants de Poitiers, ville avec laquelle Iaroslavl est jumelée) et ce bien qu’elle soit l’une des plus anciennes villes de Russie. La cité semble à la croisée entre modernité et tradition. On y croise ainsi de nombreuses voitures Lada postées devant de vieilles églises orthodoxes coiffées de leur coupoles à bulbes ; tandis que de l’autre côté de la rue, fleurissent des enseignes occidentales. La ville connaît également un vaste programme de rénovation urbaine symbolisée notamment par l’aménagement de sa promenade sur les rives de la Volga, qui mène jusqu’au parc « Strelka ». Cet espace vert, situé au confluent de la Volga et de la rivière Kotorosli, est orné d’un parterre de fleurs représentant un ours, symbole de la ville, qui commémore le 1000ème anniversaire de la ville. La promenade permet également d’apprécier la beauté du cœur de la cité en toute tranquillité ; on y découvre notamment l’imposante cathédrale de la Dormiton,  la magnifique église du Prophète Elie, et la vieille porte de la tour Znamenskaya.

Après cette étape sur les rives de la Volga, la traversée de la taïga russe se poursuit sur une route toujours en piteux état. Toutefois le soleil est, lui présent toute la journée, et les températures se réchauffent.

Au vu de l’état de l’asphalte nous écourtons notre étape et nous nous arrêtons dans un motel à hauteur du petit village de Kady. De nouveau, nous éprouvons quelques difficultés de communication pour demander 4 couchages pour la nuit et Google Traduction nous est alors d’un grand secours. La fin d’après-midi se solde par un ressoudage du support de selle pour Julien, ainsi qu’un brin de mécanique avec les graissages des cardans et les différents resserrages de la visserie.

L’effort sera récompensé par la dégustation de notre premier borsch, le potage de betterave traditionnel des pays slaves, que nous savourons dans la grande salle vide du restaurant du motel, avec en fond musical les chansons de Zaz et Joe Dassin.

Au réveil, petit déjeuner à base de crêpes au fromage avant de poursuivre notre périple au cœur de la taïga. Aujourd’hui encore cette vaste étendue forestière est fidèle à ses habitudes. Les rayons du soleil matinaux viennent se perdre dans les branches des sapins nous offrant un joli jeu de lumières aux couleurs verdoyantes. Après l’avoir suivie sur plus de 90 kilomètres, nous quittons la ligne droite de la route 33p pour trouver un lit dans la petite ville de Leninskoye. Sur la route secondaire qui permet de rejoindre ce petit bourg, il nous faut laisser passer, à hauteur du passage à niveau, un long train de marchandises. Sur la place du village un cheval et sa charrette attendent son propriétaire. Pour nous en revanche, le seul hôtel renseigné sur l’application “Maps.me” n’existe malheureusement pas. Un habitant nous propose une seconde adresse dans une maison de la ville, mais la “gostinitsa” est hors de notre budget. La propriétaire a tout de même la gentillesse de nous indiquer un motel à la sortie de la ville. Nous reprenons donc la direction de la route 33p et face à la station essence Lukoil, nous découvrons le bâtiment sans prétention du motel.

La gérante nous présente les lieux et les différentes possibilités de couchage qui s’offrent à nous. Nous retenons la formule la plus économique en dormant tous les 4 dans une petite chambre normalement prévue pour 3 personnes, isolée de l’autre côté du parking et adjacente à l’atelier de mécanique. C’est d’ailleurs une nouvelle fois par cet atelier que débutera notre soirée ; nous découvrons alors, que la qualité des routes a engendré quelques dégâts. Le roulement de notre roue avant, a usiné son moyeu. En guise de réparation de fortune, nous le remontons avec du frein de filet et espérons que cela tienne le plus longtemps possible.

Nous dînons une nouvelle fois dans la cantine du motel. Installés à table, nous avons l’agréable surprise de voir entrer dans la salle, la journaliste du “canard” local. Informée de notre présence par la gérante du motel, elle réalise un court interview dans un original “anglo-russe” qui a le mérite de se passer d’assistance technologique. En guise de dessert, nous savourons de nouvelles crêpes, véritable institution de la gastronomie locale. Nous les saupoudrons de sucre ce qui intrigue au plus haut point les personnes qui nous entourent.

Il fait beau et bon à rouler le lendemain. Nous faisons étape dans la ville de Kirov pour trouver du frein de filet et de la graisse pour nos futures révisions mécaniques. Pour trouver facilement notre bonheur nous ciblons le vaste hangar de l’enseigne Leroy Merlin Russe : Леруа Мерлен. Nous nous plions à un petit exercice selfie en clin d’oeil au magasin préféré de Bernard, le père d’Emilie, avec qui elle y a passé de nombreuses heures pendant son enfance. Malheureusement nous en ressortons sans les produits recherchés mais en possession d’une bâche neuve. Ce sera finalement dans une boutique de mécanique automobile à quelques centaines de mètres de là que nous mettons la main sur le fruit de nos recherches. Bien que l’après-midi soit déjà bien entamé, nous faisons le choix de poursuivre notre route avec l’objectif de trouver un endroit où dormir dans le village suivant. Les hôtels y sont finalement trop chers et c’est après 40 nouveaux kilomètres, à hauteur du village de Nikony, que nous trouvons un motel « routier » dans nos prix, et où l’on nous réserve un accueil adorable.

De Nikony, nous avions le projet initial de nous rendre directement à Perm, pour y assister, le jour suivant, aux festivités du 9 mai (fête nationale qui célèbre la victoire lors de la seconde guerre mondiale). Oui mais voilà, la route en a décidée autrement. Une fissure sur les bras-oscillants des deux paniers des deux side-cars, à hauteur de la fixation des suspensions, nous oblige à nous arrêter pour le reste de la journée à Omoutninsk. Une nouvelle session mécanique sur le parking d’un motel débute. Et après avoir passé l’après-midi à démonter, souder puis remonter le bras oscillant de chacun des side-cars, nous décapsulons une petite bière avec Alexander le soudeur et Michael l’agent de sécurité du parking, puis savourons un excellent goulasch au motel.

En guise de symbole de la gentillesse des personnes croisées sur notre route, nous retiendrons cette réceptionniste du motel qui, au moment de faire rugir nos moteurs, sort précipitamment de la réception pour nous offrir de l’eau et une tablette de chocolat avant de nous prendre dans ses bras. À une petite centaine de kilomètres de Perm, lors d’une nouvelle pause à la station Lukoil, nous rencontrons Stepan et sa famille. Heureux de faire la connaissance de voyageurs en Ural, la moto de la famille, nous posons tous ensemble pour la traditionnelle photo, avant qu’ils ne nous offrent à leur tour des bouteilles d’eau. Après une nouvelle journée sur la route, nous arrivons sans difficultés à Perm, et ce malgré les descriptions quelques peu effrayantes de l’état de la route fait par nos amis d’hier. Nous nous balladons dans le centre de cette ville qui est la 6ème ville de Russie. Nous nous rendons sur la place principale où un concert est donné en ce jour de fête nationale. La soirée se poursuit par le coucher du soleil sur les rives de la rivière Kama, où nous partageons une flasque de Cognac avec un retraité Russe, fier de nous parler de ses années passées en France. La nuit tombe sur la ville, demain nous parcourrons les 350 kilomètres qui nous séparent de Iekaterinbourg la prochaine étape de notre épisode russe.