Saint-Pétersbourg – 3 jours – 3 mètres d’altitude

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Il est 9h du matin quand nous nous présentons au poste de frontière estonien sur les rives de la Narva. Il nous faudra plus de quatre heures pour traverser le pont qui enjambe le fleuve et ainsi effectuer nos premiers tours de roue en Russie. En guise de trophée, nous nous offrons un premier pique-nique soviétique avec pour décor, un dernier panorama sur le château de Narva, sur l’Estonie et sur l’union Européenne.

Nous enfourchons de nouveau nos bécanes, pour rejoindre Saint Pétersbourg, à 157 kilomètres de là.

La route est droite et bordée de nombreux sapins. Alors que le GPS nous indique être à 30 kilomètres de notre point d’arrivée, un panneau de signalisation nous indique notre entrée dans la ville de Saint-Pétersbourg. La route s’élargie passant, en quelques kilomètres, de deux à six voies. Nous nous frayons un chemin au coeur de l’important trafic de la ville pour rejoindre la boutique de moto, située au centre de l’agglomération, à proximité de la “gare de Finlande”. Nous garons les sides à proximité d’un parc de jeux pour enfants et nous nous mettons en quête du magasin. Les pneus ont été précédemment commandés auprès de l’importateur Ural Russie et livrés à cette adresse. Dans la rue, à hauteur de ce qui aurait dû être notre caverne d’Ali Baba, rien ! Et c’est en levant la tête que nous apercevons notre enseigne et l’indication qui nous indique de monter au second étage de l’immeuble. Nous tombons sur un superbe espace dédié à la moto BMW, au style industriel fait de briques et de métal. Nous en ressortons avec 5 nouveaux pneus Duro sous le bras.

C’est d’un bon pied que nous entamons, au petit matin, notre visite de la célèbre cité russe. Elle a vu le jour en 1703 quand Pierre de Grand, Tsar de Russie, entame son grand projet d’urbanisme dont les influences architecturales résultent aussi bien de l’influence des ingénieurs allemands que de l’architecture italienne ; de l’inspiration des grands maîtres hollandais que de l’étroite relation avec la France et sa langue de Molière. Ainsi Saint-Pétersbourg est souvent décrite comme une véritable fenêtre sur l’Europe. Sur les trottoirs de la ville, nous nous sentons comme les lilliputiens de Gulliver. De par son architecture démesurée, ses larges avenues et ses églises orthodoxes monumentales, la ville semble inadaptée à notre taille.

Pour rejoindre le coeur historique, nous empruntons les berges de la Neva. Ce fleuve serpente, au milieu de l’imposante architecture du centre-ville, propageant cet atmosphère maritime et portuaire si emblématique. Sur ces quais, sont accostés de vieux vaisseaux, anciens fleurons de l’armada impériale.

Nous traversons ensuite le Champs de Mars, lieu précédemment réservé aux parades militaires. En son coeur se situe le monument des “Combattants de la Révolution” (1917-1919), ainsi que la “Flamme Eternelle” qui commémore les victimes de la “Grande Guerre Patriotique” contre l’envahisseur nazi. La date du 9 mai approchant, jour de commémoration de la victoire (célébré avec un jour de décalage par rapport aux autres pays alliés, de par une différence de décalage horaire) ; les préparatifs pour la grande parade militaire ont déjà débutés. Ainsi, nous découvrons deux vieux side-cars Ural, le fusil mitrailleur à l’avant du panier, garés sur l’esplanade.

Quelques pas plus loin, nous apercevons pour la première fois la magnifique cathédrale « Saint Sauveur sur le Sang Versé ».  Ce magistral édifice construit dans la plus pure tradition des cathédrales orthodoxes est un hommage au Tsar Alexandre II, assassiné à cet endroit, en 1881. Entre les autres visiteurs, nous avons passé un long moment à observer les détails de ses façades et la somptuosité de ses coupoles colorées, malheureusement, lors de notre visite, sa flèche était en restauration. Une fois son architecture extérieure passée au peigne fin, nous portons toute notre attention sur son intérieur. Au premier abord, c’est l’absence de bancs qui me surprend, avant d’être envoûté par les couleurs des mosaïques des icônes qui recouvrent chaque recoin de ses murs, du sol au plafond.

A la sortie de la cathédrale nous assistons sur l’avenue Nevski, l’artère principale de la ville, au défilé du 1er mai. Pendant près d’une heure, et bien que nous arrivions en cours de route, nous avons assisté à la parade du parti politique de Poutine, venu célébrer à leur manière, la fête du travail. Les drapeaux ours et les couleurs de la Russie virevoltent au son des tambours et percussionnistes. En fin de cortège, le parti communiste défile une petite vingtaine de minutes en faisant danser ses drapeaux rouges. Un cortège composé essentiellement de retraités venus distribuer tracts et journaux tout en donnant de la voix sur les notes des chants de la révolution bolchevique. En fin de cortège nous furent étonnés de voir défiler les représentants antifascistes et les vegans, devançant de peu les groupuscules d’extrême droite. L’ensemble du cortège s’est déplacé sans violence, encadré par un important contingent militaire.

Quelques minutes plus tard, le temps pour nous de tourner les pages de quelques ouvrages de “la maison du livre », l’avenue Nevski à retrouvé son traditionnel train-train quotidien. Nous remontons l’artère et bifurquons sur la gauche au détour d’un canal pour rejoindre l’impressionnante “Place du Palais”, bordée au nord par le Palais de l’Ermitage. Une place qui reflète assez bien le côté grandiose et monumental de la ville et qui voit s’ériger en son centre, la colonne d’Alexandre, qui commémore la victoire d’Alexandre 1er sur Napoléon. Nous déambulons jusqu’au pied de la cathédrale Isaac avant de profiter de l’espace de verdure qu’offre le jardin d’Alexandre pour une pause sandwich aux côtés du groupe antifasciste.

Une fois revigoré, nous empruntons le pont Dvortsovy Most qui enjambe la Neva pour rejoindre, l’île Vassilevski et plus précisément, le Square de la Bourse. Cette esplanade, située à l’endroit où le fleuve se sépare en deux bras, offre cet après-midi là un joli panorama sur le centre historique de Saint Pétersbourg, illuminée par les doux reflets du soleil dans la Neva. Nous poursuivons nos pérégrinations en atteignant la forteresse de Pierre et Paul par la petite plage qui borde ses remparts. Dans ses jardins on observe des familles jouer à un jeu traditionnel avec des quilles en bois qu’ils dégomment avec un manche en bois plus long. La petite marche se termine dans la belle et sans prétention Cathédrale Saint Vladimir et ses coupoles aux douces couleurs bleus-ciel. La couleur de notre journée ensoleillée qui se termine en arpentant les dernières rues jusqu’à notre appartement, sous les chaudes couleurs du crépuscule.

Mais Saint-Pétersbourg ne connait que 35 jours d’ensoleillement par an, et c’est sans grand étonnement au son des gouttes que nous nous réveillons pour notre seconde journée dans la ville. Une météo propice à la visite du célèbre Musée de l’Ermitage. Un musée démesurément grand, qui regorge de trésors artistiques et mythologiques. Pour optimiser notre visite, nous avions priorisé la collection des grands maîtres impressionnistes. Nous nous sommes alors lancés au pas de course dans la traversée des salles, avons gravi le grand escalier du Palais d’Hiver avant de nous rendre compte, en interrogeant un gardien, que les oeuvres des impressionnistes étaient hébergées de l’autre côté de la grande place, dans le palais de l’Etat-Major. Ni une ni deux, nous dévalons le grand escalier en contre-sens des groupes de touristes et contournons la colonne d’Alexandre. Une fois devant la large collection de Matisse, Gauguin, Picasso, Renoir, Monet, nous sommes surpris du peu de personnes autour des oeuvres, un régal pour nos pupilles. Nous découvrons avec un grand intérêt les toiles de l’artiste américain Rockwell Kent, qui révèlent un très beau travail sur les couleurs et les lumières.

En milieu d’après-midi, il nous faut quitter Saint Pétersbourg. Nous poursuivons notre périple vers l’Est et atteignons sous la pluie et le froid, le petit village de Andreyevshchina.

Nous passons la nuit dans une petite auberge familiale du bord de route. Le village se trouve au bout d’un chemin de terre. Nous éprouvons quelques difficultés pour se comprendre avec les propriétaires des lieux, mais nous finissons par prendre nos quartiers dans deux chambres et à partager un coin de la cuisine avec la famille pour le dîner.

Il est alors grand temps de rejoindre nos quartiers pour une bonne nuit de sommeil, demain place aux lignes droites de la Taïga russe.