Sur les routes Laotiennes

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Loin de nos side-cars, nous ne pouvons comparer nos expériences sur les routes asiatiques avec celles vécues au guidon de nos fidèles Ural sur les routes sud-américaines. Notre séjour au Laos fut tout de même riche d’aventures sur les différentes routes et pistes de ce pays.

Notre première tentative, pour apprivoiser l’asphalte laotien, s’est présentée dès notre deuxième journée dans le pays. Une expédition en bus, au départ de la gare routière de la ville de Houei Sai, pour rejoindre la ville de Luang Namtha, à 170 km de là.

Avec Emilie, c’est en dernière position que nous grimpons dans le bus d’une trentaine de places. Malgré la persévérance du reste du groupe pour essayer de nous garder une petite place dans le fond du bus, il s’avère que celui-ci est complet. C’est donc sur les strapontins dans l’allée du bus que nous nous installons, tout comme deux autres voyageurs devant nous. Un périple, de 4 heures, réalisé sur un asphalte irrégulier constitué de quelques jolis nids de poule qui arpentent le bitume, pour la plus grande joie de notre dos. L’étroite route serpente au milieu des montagnes, la forêt sur le bas côté est dense ; pas de doute, la jungle nous entoure. Le vieux bus Hyundai, qui n’importe où ailleurs, aurait sans doute l’âge de la retraite, « galère » dès que la route s’élève. Mais pour autant, il assurera le trajet comme un chef, sans nous faire le coup de la panne, pourtant réputé dans le pays !

Luang Namtha est le point de départ de notre aventure en deux roues dans le nord du Laos. Après avoir fait des pieds et des mains pour trouver une échoppe qui accepte de louer des scooters pour plusieurs jours ; nous lançons nos bolides sur la route en direction de Muang Sing à 10 kilomètres de la frontière chinoise. Les 8 scooters se suivent en file indienne. Le cortège m’offre une belle représentation, de ce que j’imagine être, le ballet du moto-club de Provins décrit par Jean-Luc lors de notre rencontre en Amérique du Sud. La route, peu fréquentée, serpente (comme toujours) au milieu d’une forêt dense de mille feuilles et connaît quelques portions de travaux qui viennent entacher sa qualité. Une fois passé Muang Sing, nous faisons nos premiers kilomètres de piste pour atteindre la petite ville de Muang-Long, au guidon de nos Honda Wave 100, les modèles de scooters semi-automatiques les plus répandues ici. Un véritable slalom continu pour éviter les trous, la boue et les cailloux… Le placement au sein de cette guirlande de scooters a, à ce moment, toute son importance. En effet, si les premiers, sur cette piste, mordent un peu de poussière, les derniers eux naviguent au cœur d’un véritable nuage ocre. A chaque pause, il est alors facile de constater que les vêtements s’imprègnent d’une nouvelle teinte aux reflets crème ; qui en fin de journée recouvrent entièrement corps et visages.

À l’approche de chaque village, cochons, poules ou chèvres nous accueillent. Laissés en liberté, ils aiment se mettre en travers de la route, nous obligeant à jouer du « puissant » klaxon de nos pétrolettes pour se frayer un chemin.  Avec nos casques sur la tête, tels les extraterrestres de Mars Attacks, les regards des habitants se portent sur nous avec insistance dès le passage devant la première maison. Mais, une fois le pied posé à terre et le visage découvert, les enfants intrigués, et les adultes viennent vers nous, nous proposant quelques fois des fruits.

Au cœur de la montagne, dans un des villages les plus reculés de notre périple, nous arrivions presque à ce que redoute la plupart des voyageurs en roadtrip : la panne d’essence ! Gilles, fin baroudeur en moto et possédant une importante expérience dans ces contrées éloignées, nous garantit que nous pourrons nous procurer de l’essence dans n’importe quel village que nous traverserons. Quelques centaines de mètres plus loins, les habitations de Namhi s’extirpent du décor champêtre qui nous semblait pourtant être le milieu de nulle part. Dans les rues, pour une fois, personne. C’est finalement à l’ombre d’une terrasse de maison que nous découvrons la présence d’un monsieur. En lui mimant notre requête, il nous indique de la pointe de son index, une maison située plus haut dans la rue « principale ». Cette habitation, qui n’a d’extérieur rien d’une boutique, est en fait la petite échoppe du village. Nous interrompons les gérants, dans la préparation du poulet au menu de leur déjeuner. De nouveau avec nos mains, nous leur indiquons que nous avons besoin d’essence pour nos scooters. Possédant une petite cuve d’essence sous la maison, c’est dans de vieilles bouteilles de bières vides que nous récupérons notre trésor, et faisons le plein de nos réservoirs.

La piste nous réserve bien d’autres surprises, et après avoir traversé pierriers et gués, c’est un cours d’eau d’une largeur bien plus importante qui nous fait face. Deux solutions sont alors envisageables, un pont en bambou fin et à l’architecture douteuse ou la traversée pure et simple de la rivière. Alors que l’ensemble du groupe analyse la meilleure solution pour traverser, y allant de son estimation sur la solidité de l’édifice et sur celle de la profondeur de l’eau ; deux jeunes filles, sur leur « Wave 100 » nous doublent et déboulent à toute allure sur la structure en bambou, qui tangue, sans fléchir sous leur poids. Puis vient notre tour, chacun optant pour la solution de son choix. Bien qu’étroit et peu stable, les traversées par le pont s’effectuèrent sans encombre ;  ce qui n’est pas tout à fait le cas des aventures humides de la traversée du cours d’eau. Alors que Gilles ouvrit le bal, se jouant facilement des cailloux dans le lit de la rivière, la réussite de cette épreuve ne put atteindre les 100%, après une chute sans gravité à la sortie de l’eau.

Ces ponts en bambou sont d’ailleurs légions dans le pays, permettant la traversée des rivières aux piétons et scooters sans avoir la nécessité, pour les autorités, de financer des édifices coûteux. Ainsi à Vang Vieng, nous avons entrepris la traversée de la rivière Nam Song sur un pont en bambou de plusieurs dizaines de mètres, pour ainsi rejoindre la rive ouest de la ville, plus champêtre. C’est d’ailleurs au milieu de ces terres de cultures qu’intervient notre première rencontre avec ce que nous avons surnommés les “choppers motoculteurs” ; à savoir de magnifiques véhicules construits à partir d’un moteur de motoculteur équipé de deux petites roues de tracteur. Une remorque a été attelée sur laquelle prend place le pilote qui dirige son engin à l’aide d’un long guidon courbé qui ferait pâlir tout amateur de moto choppers. Ces bolides nous les avons croisés sur toutes les routes isolées du pays, dans des états plus ou moins neufs, en fonction de leur utilisation et des pistes empruntées.

Autre star des routes laotiennes, nous avons, après les tuk-tuks péruviens, côtoyés pour la première fois, ceux qui se font appeler ici les Jumbo. Ces tricycles motorisés, principalement développés en ville, font à la fois office de taxi, pour de courtes courses à la demande, et de bus collectif, du fait de son espace à l’arrière pouvant accueillir une dizaine de passagers. Après avoir négocié le prix de la course et pris place à l’arrière de son carrosse, les rues défilent. Le pilote slalome entre les scooters et les autres Jumbo, dans un joli panaché de couleurs. En effet, la tradition, ici aussi, est de décorer son tuk-tuk avec la plus grande frénésie, offrant ainsi à certains carrefours, un festival de couleurs vives.

Une ambiance chaleureuse qui résume, à elle seule, l’état d’esprit de notre road-trip au Laos, qui malgré certaines difficultés techniques occasionnées par l’état de certaines routes, c’est toujours conclu par de savoureux moments faisant la richesse de cette aventure.