Sur les routes autrichiennes

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Notre périple sur les routes autrichiennes débute par un premier arrêt dans le village après la frontière. Nous entrons dans le seul petit café de sa rue principale, pour y acheter la vignette qui nous permettra d’emprunter les autoroutes du pays.

La campagne défile au rythme des bolides. Le trait d’asphalte suit le relief des douces collines autrichiennes. Au cœur des vastes champs, le paysage bucolique est agrémenté de jolis corps de ferme aux pignons en bois, si emblématique de la région. Nous sommes en revanche surpris, à la suite d’un virage, de découvrir plusieurs champs de vignes à flanc de collines. L’Est de l’Autriche, connaissant en effet sur ces terres, un vignoble réputé pour son vin blanc, qu’il nous reste à découvrir.

Les belles courbes s’enchaînent jusqu’à une nouvelle panne survenue 30 kilomètres avant Prigglitz, l’une de nos villes étapes autrichiennes. Sur le bord de la route, il nous faut changer l’engrenage de la roue arrière de l’un des side-cars dont les dents sont totalement limées par les kilomètres parcourus depuis la Colombie. N’ayant pas cette pièce de rechange, Julien opte pour une solution temporaire, en inversant l’engrenage de la roue du side avec celui de la roue arrière, afin d’atteindre l’atelier de l’importateur Ural de Linz à 300 km de là. Une petite heure plus tard, le moteur ronfle de nouveau et c’est avec deux petites heures de retard sur l’horaire espéré que nous arrivons à Prigglitz.

C’est par l’autoroute monotone que nous parcourons les 200 km qui nous séparent de la ville de Welz, en périphérie de Linz. Pas de fioritures, l’objectif est de rallier au plus vite et sans complications mécaniques, les ateliers de Ural où nous devrions trouver de nombreuses pièces de rechange nécessaires à la remise sur pied des bolides.

Nous atteignons notre lieu d’arrivée à l’heure de la fermeture du showroom. Magdalena, l’une des responsables de l’entreprise, nous y accueille à bras ouvert. Nous entamons une visite des locaux, dans la pièce principale de nombreux Urals sont exposés, accompagnés de motos Royal Enfield et Norton. Nous sommes particulièrement surpris de découvrir l’existence d’une “mini-caravane,” adaptée pour être attelée à nos engins à trois roues.

Le lendemain, en milieu de matinée, alors que Harry et Magdalena ont déjà pris place dans leurs bureaux respectifs ; c’est avec un client qui roule en “Norton” que nous partageons le café sur la table de pique-nique devant l’entrée du showroom. L’expresso terminé, nous débutons notre session mécanique. Nous avons le privilège de pouvoir stationner les deux engins dans l’entrepôt. Rongés par l’usure dû aux 30 000 kilomètres du voyage, nous nous lançons dans le remplacement des engrenages assurant la transmission entre le pont et la roue ; sous le regard attentif de Günter, le mécano de l’atelier, qui s’occupe lui d’une vidange sur le side-car d’un client. Le remplacement de la pièce côté roue se fait sans encombre, mais celle côté pont nous donne du fil à retordre. Pour extraire la pièce, Günter nous donne un petit coup de main et un précieux conseil, celui de ne pas hésiter à employer les grand-moyens. C’est donc à grand renfort de l’une de ses machines que nous extrayons la pièce.

Nous profitons de cette session mécanique pour également remplacer joints et caoutchoucs en tout genre qui ont eux aussi bien vécus. Pour ne pas perdre de temps, nous effectuons une courte pause pique-nique dans l’entrepôt. On y sort une table et des chaises qui serviront ensuite de zone de coloriage pour les enfants. L’après-midi est consacré aux réglages des soupapes et au changement de pneu arrière, avec pour objectif de réaliser cette opération pour la dernière fois du voyage.

Le lendemain et après une journée de mécanique rondement menée, les Urals ronronnent à nouveau au départ de l’entrepôt. Cette fois-ci, direction l’Ouest du pays et la région des Tyrols dans les Alpes Autrichiennes.

Le début de l’itinéraire traverse de grandes plaines. Sur ces axes secondaires, nous partageons la route avec de nombreux cyclistes. Nous empruntons de jolies petites routes qui traversent de nombreux villages. On y admire de nouveau, leurs beaux clochers et leurs belles demeures à l’architecture typique des bâtisses austro-hongroises : devantures colorées et tours de fenêtres possédant de jolis ornements.

Nous longeons les rives du lac Attersee, et ses eaux claires, avec en arrière-plan les premiers sommets alpins. Nous suivons la vallée creusée par la rivière Gasteiner Ache. Sur les premières hauteurs de ces vastes gorges verdoyantes, de nombreux châteaux sont accrochés aux pitons rocheux, tels que le Burg Klammstein.

En nous rapprochant des montagnes, la pluie est de retour. Nous trouvons refuge dans un supermarché à hauteur de Bad Hofgastein et en profitons pour faire quelques courses en espérant que les nuages se retirent. Mais à la fin du déjeuner il faut se faire une raison et accepter de reprendre la route sous la pluie. Le soleil italien se mérite !

Une centaine de  kilomètres plus loin, et le passage du col de Brenner sous un épais brouillard, nous redescendons vers “La Botte” et ses saveurs méditerranéennes…