Rencontres Chiliennes

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Alex l’intrépide

Sous un soleil au beau fixe et une chaleur accablante, nous empruntons la piste qui mène à San Augustin, puis plus loin, jusqu’à la maison de “hobbit” de Alexander. Au bruit des moteurs de nos Urals, il nous a entendu et nous escorte pour le dernier kilomètre au guidon de son “Ural rétro solo.” Nous franchissons un gué, dernière difficulté du parcours, avant de rejoindre son humble demeure.

Alex est né en Suisse et est installé au Chili depuis de nombreuses années. Cette maison, il l’a faite de ses mains en suivant les plans des maisons « Eco-dome » de l’architecte américano-iranien Nader Khalili. Dans le prolongement de sa maison, trois conteneurs font office d’atelier, d’entrepôt et de garage.

Il est 14h quand nous franchissons le portail de sa propriété. Nous passons alors le restant de l’après-midi et de la soirée à discuter du voyage, des side-cars Ural et de sa vie trépidante ; passant d’un conteneur à un autre puis autour d’un plateau de charcuterie au moment de l’apéro.

Ici, la vie est simple et s’organise autour du soleil et des éléments de la nature. Le réveil se fait au chant des oiseaux, l’électricité est fournie par les panneaux solaires et l’eau provient de la petite rivière qui coule à quelques mètres de là.

Ces quatre jours passés avec lui, ont été dans la lignée de son quotidien. Pas de grands discours, ni de préoccupations, mais plutôt de la spontanéité et des actes. Et c’est ainsi, en sa compagnie, que nous avons fêté le réveillon du Nouvel An avec ses voisins, fait un brin de mécanique le 1er janvier, pour se rendre le lendemain au moto-club de Valparaiso où il nous a invité. Et c’est au moment de quitter cette charmante ville portuaire que nos routes se sont quittées, lui est retourné à San Augustin, tandis que nous prenions la direction de la Patagonie.

Rémy et Morgan, les Frenchiesonwheels

Il est près de 23h30 quand nous quittons le Valparaiso moto-club pour rejoindre notre auberge au guidon de nos side-cars. Après avoir garé nos bolides dans la petite cour de la Villa Kunterbunt, alors que nous nous dirigeons sagement vers nos chambres, Rémy et Morgan, les deux rouennais de « Frenchiesonwheels » nous prennent par les sentiments, et nous proposent de partager avec eux une petite cannette de bière « Escudo ». A chacun son voyage et ses anecdotes, les vannes fusent, l’heure défile aussi vite que les ressources en bières s’amenuisent. Et c’est les paupières lourdes mais les rêves plein la tête que nous rejoignons nos couvertures.

C’est avec un grand enthousiasme que nous les retrouvons le soir suivant, après avoir crapahuté dans Valparaiso, pendant qu’ils s’attelaient à la révision de leur DR, des motos hors d’âge et au look venu d’ailleurs qui les ont propulsés de Paris à Sydney, avant de rejoindre Valparaiso, point de depart de leur conquête de l’Amérique du Sud.

C’est autour d’une excellente « parilla » préparée par le fils de Martina, notre hôte, que nous partageons tous ensemble notre dernière soirée à « Valpo » ; une nouvelle fois arrosée de bières Escudo et de vins chiliens.

Cristian et ses amis du Moto Club de Chillán

Après une grosse journée sur la monotone autoroute de la Ruta 5, nous retrouvons Cristian sur une aire de repos, à quelques kilomètres de Chillán. Il suit nos aventures via les réseaux sociaux. C’est en s’apercevant que nous passions par sa ville qu’il nous a envoyé un message et gouosé de nous rencontrer.

C’est sur la station Petrobras avant Chillán que nous avions convenu de nous retrouver ; et quelle surprise se fut quand quelques minutes après notre arrivée, nous vîmes arriver à toute « berzingue » ce petit side-car BMW jaune poussin. Cristian est accompagné de deux de ses amis du moto-club de la ville.

Les présentations faites, ils nous escortent jusqu’au centre-ville où ils nous offrent la possibilité de découvrir la spécialité culinaire locale : le « mote con huesillo ». Une boisson où  il y a « autant à boire qu’à manger », constituée de pêches, de sirop et de blé. Nous poursuivons cette rencontre en visitant la cathédrale de la ville, à l’architecture moderne et atypique puisqu’elle est en forme d’œuf. Elle n’est pas sans rappeler l’architecture de la ville de Brasilia.

Après nous avoir raccompagné jusqu’à la sortie de la ville, nos chemins se sont séparés. Nous avons repris notre route vers le Sud pendant qu’ils rentraient préparer le trek qui les attendaient le lendemain.

Adrian et la Patagonie à vélo

À notre arrivée à Chaitén, la pluie est incessante. Nous coupons les moteurs devant le petit camping de Tierra Vida, situé au milieu du village. Les propriétaires ont offert la possibilité aux voyageurs de monter le camp dans leur jardin et ont aménagé des sanitaires et une petite cuisine accolée à leur maison. Sous ces grosses gouttes, il faut alors une bonne coordination au sein de l’équipe pour assurer le montage des tentes en évitant au maximum d’humidifier les « chambres ». À l’abri et au chaud, dans la petite pièce de la cuisine, nous partageons la soirée avec les autres backpackers qui parcourent eux aussi la “Carratera Austral”. À chacun son moyen de locomotion (à pieds, en vélo, à moto) et ses anecdotes de voyage.

Adrian notamment sillonne la Patagonie à vélo depuis l’Argentine jusqu’à Puerto Montt avec sa copine. Tous deux professeur d’EPS en Argentine, ils profitent des vacances scolaires pour réaliser ce voyage. Nous échangeons avec eux de précieux conseils autour du maté puis du Pisco. Ces breuvages et cet échange nous réchauffent le corps et le cœur.

Ricardo de la Nutria

Après une journée sur la piste, c’est « lessivés » que nous atteignons le petit village de Puerto Rio Tranquilo. Petite pause, achat de trois bricoles au petit market pour le repas du soir, et il nous faut encore réaliser 20 derniers kilomètres dans la poussière pour rejoindre le camping conseillé par les motards de passage. Mais 20 kilomètres de pistes supplémentaires, après une journée comme celle-ci, cela paraît être l’enfer. Et pourtant c’est un petit coin de paradis qui nous attend là-bas. Béret et petite barbe soignée, Ricardo, nous accueille chaleureusement.

Après cette journée difficile, nous ne sommes pas au bout de nos peines, puisqu’au moment de monter la tente, une de nos sardines vient perforer le tuyau d’alimentation en eau des sanitaires, qui passait à quelques centimètres sous terre. C’est donc sur ce coup du sort que notre amitié se noue avec Ricardo, mains dans la terre à ajuster le raccord du tuyau qui occulte la fuite.

Ricardo est un passionné de deux roues, et c’est un honneur pour lui d’accueillir ces deux équipages d’aventuriers au guidon de side-cars Ural.

Parce qu’il doit partir pour Puerto Rio Tranquilo dans la soirée, il nous propose de partager le lendemain, nos expériences de voyage lors d’une « Pisco Party. »

Après une journée passée sur le Glacier des Exploradores, c’est autour du feu de cheminée et d’une bassine de pop-corn que nous nous retrouvons à la tombée de la nuit. Ricardo nous transmet alors son expérience, ses conseils et ses secrets sur la Patagonie Chilienne et Argentine. Il a parcouru près de 40 000 kilomètres, sur les pistes australes, au guidon de sa vieille motocross KLR. Nous partageons ce moment autour de bières suivi de pâtes au pesto avant de découvrir le Pisco del Carmen.

Au réveil, nous dégustons la délicieuse spécialité de la maison, le Churrasco. Un apport nutritif important avant notre sortie en kayak pour visiter la Capilla de Marmol. Ricardo, « boina » toujours vissée sur la tête, est notre guide. Il nous raconte les légendes de ce lac et la formation géologique de ce lieu unique.

Les kayaks rangés sur la plage, les affaires mises à sécher à l’avant du side-car et la dernière côte gravie pour rejoindre la Carretera Austral, et nos routes se séparent. Ricardo rejoint le camping de la Nutria et nous prenons la direction de Cochrane, toujours vers le sud…