Rencontre uruguayenne

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Jorge et ses noeuds marins

Après avoir visité la ville historique de Colonia de Sacramento, nous longeons les platanes de l’ancienne route qui mène à Montevideo. Quelques kilomètres après la sortie de « Colonia », nous bifurquons à gauche, après le village de Riachuelo, pour s’engager, sur une plus petite route encore, qui mène chez Jorge. Ce vieux loup de mer solitaire, vieil ami de Ricardo (notre ami motard de Buenos Aires) nous accueille pour la soirée. Les premiers échanges sont très réservés. Ébéniste de métier et de passion, c’est en discutant du travail du bois, que la relation de confiance se créée. Tout en nous contant son histoire, qui le conduisit du Lycée Français de Buenos Aires à l’Uruguay ; il nous mena au fond de son jardin, nous présentant chaque arbre et ses essences, jusqu’à son bel atelier. Il y règne une douce odeur de bois coupé. Entre les copeaux et les planches brutes se cachent de jolies pièces de mobilier façonnées par les mains de l’artiste.

Nous rebroussons ensuite chemin jusqu’à son antre. Nous y découvrons une jolie pièce de vie, à la décoration simple et cosy. Le bois y est bien-sûr très présent, et de nombreux objets maritimes ornent les murs.

Jorge voue également une véritable passion pour la mer et les océans. Marin aguerri, il tira de nombreux bords sur le Rio de la Plata, avec Ricardo, dans sa jeunesse.
Nous passons la soirée autour d’un agréable apéro-dinatoire, accompagné en fond sonore du jazz de Claude Nougaro. Les discussions dérivent au gré des vents, entre les thématiques de la mer, du voyage et de l’aventure.

En découvrant un joli bouquin sur les nœuds de marin, la conversation glisse sur ce sujet. Jorge nous raconte alors ses déboires avec les nœuds, qui l’incita à se replonger dans cette bible. Dans sa jeunesse, par exemple, alors qu’il quittait le port de Buenos Aires avec son ami Ricardo, il lui demanda d’accrocher l’annexe du voilier au taquet du pont arrière. Mais après quelques miles, ils s’aperçurent que la petite barque ne suivait plus le sillon du voilier. Ne voulant pas incriminer son compagnon d’équipage, nous ne saurons jamais avec certitude, et ce malgré un fin sourire malicieux, qui du boute ou du nœud fut défaillant, mais une chose est sûre, l’annexe fut perdue. Quelques années plus tard, c’est en grimpant sur un toit, assuré par une corde, qu’une erreur de nœud aurait pu lui coûter la vie. Il lui fallu alors plusieurs jours de convalescence pour se remettre de cette chute de plusieurs mètres. C’est à la suite de cette mésaventure qu’il se jura de réviser et de poursuivre son apprentissage des nœuds ; avec pour objectif d’employer la technique la plus adaptée à chacune des situations du quotidien.

Au réveil, le temps que les tentes sèchent après la rosée du matin, nous rejoignons Jorge pour partager un petit-déjeuner fait de maté et de nœuds de marins. C’est par cette tradition qu’il entame chaque journée, et c’est avec grand plaisir que nous nous pliâmes à cette coutume ; apprenant, paille à la bouche, à réaliser les zigzags du nœud « jambe-de-chien » avant de reprendre notre périple vers Montevideo.