La Patagonie Chilienne par la Carretera Austral – 10 jours – 147 mètres d’altitude

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Le 10 janvier 2019, nous faisons nos premiers kilomètres sur la Carretera 7 aussi appelée Carretera Austral. Et déjà, on en prend plein les mirettes : traversée en bac entre la Caleta La Arena et la Caleta Puelche, route qui longe le Seno Reloncavi (plus communément connue sous le nom du Golf de Puerto Montt), et en arrière-plan les premiers sommets montagneux.

La route connaît actuellement quelques portions de travaux et nous oblige à emprunter nos premiers kilomètres de piste pour rejoindre le petit village d’Hornopiren. Ce village de pêcheurs, où les maisons sont de jolis chalets en bois, est également le départ des ferries pour rejoindre Chaitén. En effet la route s’arrête ici et c’est donc par bateau que nous rejoignons plus au sud, la suite de la Carretera 7.

Arrivés dans le village, nous réservons nos billets à l’embarcadère, pour la traversée du lendemain matin. Billets en poche, nous empruntons le petit pont qui enjambe la rivière et suivons le chemin qui la longe jusqu’à une petite clairière où nous dressons le campement pour la nuit.

Le lendemain, une fois les tentes pliées, nous prenons place dans la file d’attente qui précède la montée sur le ferry. Une fois à bord, il nous faut patienter, le départ du bateau étant retardé de près d’une heure trente.

Lors de la traversée, la météo est pluvieuse, mais cela n’enlève rien à la beauté des paysages. Le ferry navigue au milieu du fjord avant d’accoster sur un petit bras de terre d’une dizaine de kilomètres. Nous les parcourons sous la pluie avant de grimper sur un nouveau traversier pour rejoindre la suite de la Carretera Austral. Après 50 kilomètres de piste, appelé ici “ripio”, parcourues sous une pluie battante, nous arrivons à un nouveau petit village de pêcheurs, Chaitén. Nous dressons le campement sous la pluie ; avant de partager la soirée, dans la petite cuisine du camping avec six autres backpackers qui parcourent la Patagonie à pied ou à vélo.

Les journées sur la Carretera 7 se poursuivent. Les paysages magnifiques s’enchaînent, sommets enneigés, rivières avec de joli ponts, lacs. Nous longeons pendants de nombreux kilomètres le Rio Trio puis le Rio Palena. Arrivés à Puyuhuapi, nous montons les tentes dans le camping situé les pieds dans le fjord. Nous nous autorisons un petit apéro sur le ponton, avant de dîner avec quatre baroudeurs chiliens qui descendent vers Ushuaïa en stop.

Alors que nous nous rendons au Parc National de Quelat, sur le bord de la route est arrêté une voiture. Dans le fjord, à quelques mètres de nous, deux dauphins chassent le poisson. Arrivés à l’entrée du parc, nous enfilons nos chaussures de randonnée pour la petite marche de 6 kilomètres qui nous attend. Après un pont de singe puis une jolie grimpette jusqu’au mirador, le Glacier Quelat se révèle à nous. Suspendu à la falaise, sa fonte forme une cascade impressionnante qui se jette dans la rivière traversée précédemment.

Pour rejoindre Puerto Rio Tranquilo, la portion de la « Carretera » est faite de trous et de tole ondulée, les motos et les pilotes souffrent. Nous passons la nuit au camping La Nutria. Nous y sommes accueillis de la plus belle des manières par Ricardo et sa famille. Le village de Puerto Rio Tranquilo est un lieu de villégiature privilégié pour partir ensuite à l’aventure, sur le glacier des explorateurs, ou se rendre en kayak à la cathédrale de Marbre. La location de ces embarcations est d’ailleurs à quelques kilomètres du village. Pour s’y rendre, la piste offre une vue incroyable sur le lac du General Carrera, avant de laisser place à la descente d’une pente vertigineuse jusqu’à la plage. Sur l’eau, le spectacle est saisissant, tant par les formes créées par l’érosion de la roche que par les teintes de couleurs du marbre, allant du bleu au gris en passant par le vert.

Sur les conseils de Ricardo, nous quittons la Carretera Austral à hauteur du petit village de El Manzano, pour traverser le « Rio Baker » sur un joli pont en bois.

Nous retrouvons le cours d’eau quelques kilomètres avant Cochrane. Nous le traversons cette fois à l’aide d’un vieux bac tiré par un câble. Après une nouvelle nuit de camping sauvage sur les hauteurs de cette petite ville isolée, nous buvons notre premier maté au petit-déjeuner. La veille, nous nous étions procuré au supermarché, la paille spécifique « bombilla » à la dégustation de cette boisson traditionnelle. Nous appliquons à la lettre les conseils délivrés précédemment par le gérant d’un camping, qui nous a dévoilé ses deux secrets : le choix de l’herbe, qui ne doit pas être hachée trop finement et la température de l’eau qui doit être chaude mais pas bouillante. Il ne faut pas non plus mélanger l’herbe avec sa paille et si possible, privilégier un récipient en argile (mais pour nous le mug en aluminium de voyage fera l’affaire).

Vent et poussière sont toujours au rendez-vous sur la piste qui mène à Tortel. Lors des 10 derniers kilomètres, Émilie constate une fissure sur l’aile du panier de notre side-car. Même remarque sur celui de Marie et Julien. Nous arrivons péniblement  jusqu’au village et nous mettons en quête d’un soudeur pour réparer les dégâts. Un papi d’une supérette de la place principale du village, intrigué par les side-cars, nous met en contact avec Fabian, un mécano qui possède un vieux poste à souder. Faisant du mieux qu’il peut, il réalise des points sur les fissures, une réparation de fortune, qui, nous l’espérons, nous laissera un peu de répit jusqu’à ce que l’on trouve un meilleur poste à souder. Une fois les gardes-boue remontés, nous partons à la découverte du charmant petit village de Tortel. Les rues habituellement en terre battue dans la région, sont ici remplacées par des passerelles en bois sur pilotis. Tous les véhicules sont donc priés de se garer à l’entrée du village. Le camion de pompiers est remplacé par un petit bateau, et toute la vie du village est organisée autour de ces passerelles. Il est 20h30 quand le soleil se couche sur le fjord, après une dernière petite bière dans la brasserie artisanale du village, nous rejoignons nos tentes, plantées ce soir sur un petit ponton au cœur du village.

Nous quittons Tortel de  bon matin pour attraper le bac qui traverse le fleuve Rio Bravo en direction de Villa O’Higgins. Les réparations de la veille ayant lâchées dès les premiers kilomètres ; à la descente du ferry nous démontons les ailes des side-cars et les accrochons sur le coffre du panier, pour éviter que cela s’aggrave. En début d’après-midi nous parvenons à l’embarcadère de Bahia Bombadorez, qui symbolise la fin de la Carretera Austral. En guise de récompense face à cet exploit, nous dégustons de petites empanadas au saumon et au fromage.

Après avoir repris la piste en sens inverse jusqu’à Cochrane, nous passons notre dernière nuit sur la Carretera Austral. Au matin, nous prenons la direction de l’Argentine, nous traversons le parc Patagonie. Un joli relief qui rappel le paysage décrit par Tolkien dans le seigneur des anneaux. Sur les plateaux, des vicunas s’hydratent le long des petits cours d’eau. Au loin, le petit poste frontière des “Carabineros” chiliens nous annonce la fin de notre aventure sur la côte Pacifique…


NOS COUPS DE COEUR
Où dormir ?

Camping La Nutria
Valle exploradores, km 20, Puerto Rio Tranquilo

Certes après le village de Puerto Rio Tranquillo, il vous faudra faire encore 20 kilomètres de plus sur la piste ; mais l’adresse en vaut la chandelle. Nous y sommes reçus avec beaucoup d’affection par Ricardo et sa famille. Le camping possède un joli espace de verdure ombragé, des salles de bain privatives, et met une pièce commune ouverte avec table et cheminée, à la disposition des voyageurs. Au réveil, ne pas manquer le café-churasco du petit-déjeuner, avant de se lancer dans les activités sportives proposées dans les alentours (kayak, exploration des glaciers).

Camping Los Pioneros
50 Camino Cementerio, Villa O’Higgins

Petit camping sans prétention au milieu des arbres, tout au bout de la Carretera Austral. Pour se réchauffer après une journée sur la piste, rien de tel qu’un maté dans la salle commune du chalet, devant le petit poêle à bois.

Où boire un verre ?

Cerveceria El Mirador
Tortel

Une ambiance chaleureuse, une vue magnifique sur la baie de Tortel, et une très bonne bière maison servie par un staff de passionnés. La brasserie artisanale du Mirador à tous les atouts pour vous séduire.