La Patagonie Argentine de Bajo Caracoles à Ushuaïa – 11 jours – 613 mètres d’altitude

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Après avoir traversé le Parc National Patagonia et quitté le poste frontière des “carabineros” chilien, c’est sur une piste qui se faufile au milieu des montagnes que nous atteignons le poste frontière argentin du “Paso Rodolfo Roballos”. Nous y patientons, en compagnie d’un couple belge qui parcourt le monde au volant de leur “Fiat Ducato 4×4 Expédition” ; en attendant que deux motards anglais en DR remplissent leurs formalités administratives. Ici pas d’ordinateurs, tous les papiers sont remplis à la main.

Une fois à jour de nos obligations, nous reprenons la piste ; 70 kilomètres faits de pierriers et de tôle ondulée. Au loin, les cow-boys argentins mènent leur troupeau de taureaux au milieu de ce décor digne des plus belles images “des plaines du Rohan » (référence au Seigneur des Anneaux). Après 3 heures sur ce chemin sportif, nous parvenons à rejoindre la Ruta 40 et le petit village de Bajo-Caracoles. Quinze âmes vivent à l’année dans la poignée d’humbles demeures constituant ce petit village balayé chaque jour par un vent puissant.

Nous y trouvons refuge pour passer la nuit, accueilli par Juan-Carlos dans son petit hôpital. Juan-Carlos est le seul médecin, sur un périmètre de 200 kilomètres à la ronde, il y dispense les premiers soins.

Le lendemain, nous faisons notre première étape sur le bitume argentin. Nous retrouvons l’asphalte, quitté il y a maintenant plusieurs semaines et des centaines de kilomètres. La journée est rythmée par le vent et les lignes droites jusqu’à Gobernador Gregores.

Pour rejoindre, El Chalten nous poursuivons notre itinéraire sur la Ruta 40. Quelques kilomètres après avoir quitté « Gobernador » nous empruntons une dernière piste de 70 kilomètres. Sur ce tronçon, et pour la première fois depuis le début du voyage, nous sommes les véhicules les plus rapides ! Avec notre vitesse moyenne de 70 kilomètres/heure, sur cette portion rocailleuse et argileuse, nous dépassons voitures et motos « solo ». Mais dès l’asphalte retrouvé, quatre roues et deux roues ne manquent pas de nous rappeler que ce n’était qu’une exception.

À 50 kilomètres de notre arrivée à El Chalten, nous devons ajouter de manière imprévue, notre dernier bidon d’essence dans les réservoirs. Avec le vent de face sur ces derniers kilomètres, les Urals consomment plus qu’à l’accoutumée. Le side-car de Julien et Marie sera finalement en panne sèche à quelques centaines de mètres de l’entrée du village. Avec Émilie, nous faisons un aller-retour à la seule station essence des environs pour y remplir un bidon. La station YPF est étonnante, la pompe est positionnée à l’intérieur d’un conteneur pour la protéger du vent ; cet élément naturel est en effet très présent dans cette région et oblige certains aménagements.

À El Chalten, en pleine saison et sans avoir de réservation, difficile de trouver une bonne adresse à un prix raisonnable dans cette ville touristique. Mais après recherches et patience, nous planterons finalement nos tentes dans le jardin d’une auberge de jeunesse tenue par un charmant papi. La nuit, comme vous pouvez vous l’imaginer est venteuse, au point de faire plier nos tentes. Mais elles ne céderont pas, contrairement à celles de certains voisins, qui sont contraints de terminer leur nuit dans la salle commune de l’auberge.

La station touristique est réputée pour la pratique des sports « outdoor » sur les montagnes environnantes. Autour du pic du Fitz Roy, de jolis terrains de jeux attendent patiemment les amateurs d’escalade, de trek et de « fast-hiking ». Nous croisons d’ailleurs sur notre chemin plusieurs groupes pratiquant ce nouveau concept de randonnée à un rythme « soutenu ». Notre allure de marche sera, quant à nous, « plus classique », sur la vingtaine de kilomètres que nous parcourons pour atteindre la “laguna Torre” et son glacier du même nom.

Une fois arrivé au premier mirador, le vent se lève de nouveau, et rend même dangereux notre progression vers le point de vue suivant. Nous optons pour le choix de la raison, et rebroussons chemin pour rejoindre la station.

Après cette petite promenade, nous enfourchons nos engins avec pour objectif de rejoindre la ville de El Calafate. Mais face à la pénurie d’essence à la station YPF, nous devons nous résigner à passer une nouvelle nuit à El Chalten. Les prévisions météo annonçant une tempête avec de fortes rafales de vent pendant cette deuxième nuit, nous renonçons à planter les tentes et optons pour un nouveau style d’hébergement : la caravane ! La station ayant reçue la livraison d’essence au petit matin, nous parvenons à faire le plein et à prendre la direction du sud.

Nous profitons de notre arrivée dans la grande ville de El Calafate pour faire une petite révision mécanique des side-cars. Après avoir parcouru ses rues de long en large pour mettre la main sur un soudeur, nous parvenons à faire réparer les fissures présentes sur les ailes de nos deux side-cars (séquelles de la Carretera Austral Chilienne). Cette étape mécanique achevée, nous prenons la direction du Glacier du Perito Moreno de bon matin. Nous espérons ainsi y arriver avant les bus des tours opérateurs.

Les 30 derniers kilomètres offrent un incroyable tracé pour les motards. De jolies courbes se dessinent, l’asphalte y est irréprochable, longe le lac Argentino et offre les premiers points de vues sur le glacier. Nous prenons le petit déjeuner face à ce trésor blanc, rythmé par les déflagrations des blocs de glace qui tombent dans les eaux du lac. Nous réalisons ensuite une marche de deux heures sur le chemin vallonné qui offre d’incroyables points de vue sur le glacier. C’est à celui qui apercevra en premier un bloc tomber du glacier.

Nous quittons ce bijou de la nature pour revenir sur la monotone Ruta 40. Nous parcourons cette après-midi là, plus de 200 kilomètres jusqu’au petit village isolé de La Esperanza. Nous dormons pour la première fois sur la pelouse d’une station essence YPF. Nous y rencontrons un couple de jeune retraité argentins et leur petit chien. Ils parcourent le pays au volant d’un vieux Trafic aménagé. Nous échangeons avec eux quelques mots sur leur pays, les bonnes adresses et l’importance de la guerre des malouines aux yeux de nombreux argentins. La soirée se ponctuera par la dégustation d’un délicieux « Choripan » (burger local) préparé à la parilla (barbecue local prononcé ici “paricha”) par un papi du coin, coiffé de son béret et vêtu de sa chemise traditionnelle à carreaux.

Les lignes droites de la route 40 se poursuivent, des troupeaux de guanacos viennent rompre la monotonie du paysage. Sur le bord de la route, on peut également apercevoir de nombreux troupeaux de moutons. Le mouton est en effet une spécialité culinaire de la Patagonie Argentine, cuit à la braise. La seule route pour atteindre Ushuaïa nous oblige à passer de nouveau par le Chili. Ce passage de frontière reste à ce jour celui qui nous aura condamné à la plus longue attente, du fait de son importante fréquentation.

Ushuaïa se rapproche et le passage du détroit de Magellan en ferry sonne pour nous l’arrivée en Terre de Feu. Au village de Cerro Sombrero, nous faisons quelques provisions dans une petite “tienda” pour le soir. Le papi qui tient la boutique regarde un match de football du championnat chilien sur sa vieille télé cathodique en noir et blanc. Nous passons la nuit dans un petit refuge créé par la municipalité pour abriter les voyageurs du froid et du vent. Le confort peut paraître rudimentaire, mais on y trouve tout de même un lit superposé, une table et un poêle à bois. Une fois, un petit coup de balayette donné et le bois débité en bûchettes, on s’y sent comme à la maison.

Au programme le lendemain, nouveau passage de frontière pour retourner en Argentine. Le douanier se moque de notre coiffure, qui, il faut le reconnaître, après trois jours sans douche, n’est pas optimale. Nous retrouvons les montagnes pour les 100 derniers kilomètres avant Ushuaïa.

La ville du bout du monde nous ouvre ses portes. On y pensait pas vraiment au début du voyage, et puis au fil des rencontres c’est devenu un véritable objectif. Maintenant qu’il est atteint, nous retrouvons Jean-Luc et Nelly, deux amis motards rencontrés à plusieurs reprises sur la route 40, au pub Dublin, pour partager une « Beagle », la bière de la “fin del mundo”. Cette étape sera aussi l’occasion de recharger les batteries, de tamponner les passeports d’un joli pingouin et de faire un brin de mécanique.

Une petite vidange plus tard, nous entamons la remontée vers Buenos Aires. Pour la première fois du voyage, nous nous dirigeons vers le nord…