Night Spots dans les Balkans

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Jalaë et la plage de Gjiri i Akuariumit

La première journée sur les routes albanaises nous permet d’atteindre en fin d’après-midi, sa “Riviera.” Dans le sud du pays, du matin au soir, la pluie a dicté ses règles à coup de grosses gouttes. Après de nombreuses semaines d’une météo estivale, la route en est devenue glissante, l’air s’est rafraîchi et un doux parfum de bitume mouillé est venu nous titiller les narines au détour de nombreux virages.

Nous longeons la côte adriatique sur 60 kilomètres, puis quittons l’axe principal de la route SH8 et bifurquons vers la petite ville balnéaire de Jalë. Nous laissons sur notre gauche sa plage de sable fin et lançons nos engins sur un chemin rendu très boueux par les précédentes averses. À mesure que nous avançons, le doute s’installe. Serons-nous en capacité de pouvoir revenir sur l’axe principal tant le terrain est à la fois glissant et accidenté ? Nous décidons de persévérer et de repousser à demain nos préoccupations.

L’effort du soir est récompensé, lorsque nous atteignons la petite plage de Gjiri i Akuariumit, enlacée par les rochers de cette petite crique restée sauvage.

Comme la tradition le veut, nous concluons cette journée de “ride” en partageant une petite bière sur les rochers, le regard tourné vers la mer et le ciel indigo. Ce soir il est chargée d’une pluie cotonneuse et ne cesse d’être menaçant.

Le montage du campement se fera un peu en retrait de la plage de galet, sur un espace plat et dépourvu de cailloux, les pieds dans la glaise.

Au réveil il nous faut démonter le campement avec précaution pour ne pas salir, plus que de raison, les différents équipements. S’ensuit une baignade dans les eaux cristallines de l’Adriatique, pour se débarbouiller et ôter un maximum cette terre qui se sera logée dans le moindre interstice accessible.

Le soleil est de retour depuis le début de la matinée, séchant en partie le chemin et facilitant notre retour vers la route principale et la poursuite de notre périple vers le nord.

Sur les berges de la rivière Drini à Shkoder

Nous atteignons la ville frontalière de Shkoder en fin d’après-midi. En amont de la ville, nous avions repéré sur le GPS un espace de verdure sur les bords de la rivière Drini. Mais lors de notre premier passage, impossible d’identifier le chemin qui rejoint ses rives. En effet ce n’est qu’après avoir fait demi-tour que nous identifions sa petite intersection coincée entre deux petites échoppes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, alors que nous avions l’impression d’être entré dans l’agglomération de Shkoder ; derrière deux rangées d’habitations s’étend des champs de céréales et de maïs à perte de vue. En suivant le chemin cabossé, nous atteignons une petite clairière où nous dressons le campement sur les rives de la Drini. Le paysage est un décor de carte postale. Au coucher du soleil la rivière Drini s’échappe en lacets vers les pieds de la Citadelle Rozafa, symbole historique découpant le ciel et ses couleurs rosées.

Après une nuit sous de fraîches températures, la rivière à proximité de la tente offre une parfaite salle de bain. Sous le lever soleil, la douche est des plus revigorantes.

Au petit déjeuner, alors que la cafetière frémit sur le réchaud ; un paysan qui promène sa vache vient nous rendre visite. Comme trop souvent pendant ce voyage, la discussion est impossible, nous essayons bien quelques gestes mais rapidement le silence prend le dessus. L’homme est étonné de notre présence et de celles des side-cars sur son lieu de promenade. Nous sommes touchés par la poésie qui transparaît de cette homme marqué par la vie promenant sa fidèle amie jusqu’à la rivière. Un quotidien aujourd’hui bouleversé par quatre jeunes en voyage, dont résultera très certainement une discussion improbable, lorsqu’il racontera sa journée à ses proches. 

Mais nous n’en saurons rien, ne pouvant que laisser divaguer notre imagination à la reprise du guidon, poursuivant notre voyage vers le nord.