Night spot turc

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Alçitepe

Notre traversée de la Turquie d’Est en Ouest représente 15 jours de voyage lors desquels nous avons planté 12 fois la tente. Les montagnes, les volcans, la côte méditerranéenne, autant de paysages que de décors pour notre jardin d’un soir. Mais le camping sauvage qui marqua davantage nos esprits reste la soirée passée sur le péninsule de Gallipoli.

Pour nous y rendre, une fois traversé le détroit des Dardanelles, nous quittons le petit port de pêche de Kilitbahir et mettons le cap sur le sud de la péninsule. Nous longeons la côte sur une petite route sinueuse. A notre gauche, les petites embarcations de pêcheurs se fraient un chemin entre les gros porte-conteneurs au milieu du chenal.

Arrivés dans le petit village d’Alçitepe, nous effectuons une pause ravitaillement, nous y achetons quelques victuailles et y remplissons nos bidons d’eau en perspective du bivouac. Après avoir traversé le village, sous les regards éberlués de ses habitants, nous empruntons un petit chemin qui descend sur 5 kilomètres vers la plage.

Les coups de 16h viennent de retentir lorsque les side-cars sont garés côte à côte, sur le toit d’un vieux bunker qui surplombe la plage. Mais à cet endroit précis, pas un brin d’ombre pour se protéger du soleil et de ses ardents rayons. Pour seule solution, nous tendons une bâche entre les deux bolides pour s’y abriter tout en appréciant la vue sur le large. Nous profitons de la fin d’après-midi en s’adonnant aux joies de la baignade et à l’écriture dans le petit carnet de voyage qui alimente aujourd’hui cet article. Après ce temps de farniente et un temps de bricolage passé à recoller les chaussures de rando fatiguées par les kilomètres avalés ; vient l’heure de la bière de fin de journée. Nous faisons alors la rencontre de Izmet et son ami. Dans un turc presque parfait, nous comprenons qu’ils descendent chaque soir sur la plage, sur ce vieux tracteur qu’ils ont retapé. L’un au volant du vieil engin, l’autre, assis dans un gros fauteuil de salon installé dans sa benne.

Alors que j’avais espoir que la dernière baignade de la journée se fasse au coucher du soleil, ce dernier a finalement décidé de se cacher plus vite que prévu derrière le nuage qui survole l’île turque d’Imbros. L’eau était des plus claires dans l’après-midi et nous permettait de voir à plusieurs dizaines de mètres. Mais, sous l’eau, le ciel violet et sombre ne nous permet plus de voir plus loin que le bout de ses doigts. Une situation qui accroît l’ambiance oppressante des profondeurs.

Le lendemain, le réveil sonne à 5h. Des plongeurs palmes-harpons sont présents sur la petite plage en contrebas, déjà équipés pour la pêche. Nous les observons du haut du bunker, où nous prenons notre petit dej’ au crépuscule, avant de reprendre la route vers le nord et la frontière grecque.