Sur les routes Lettones

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Notre aventure sur les routes lettonnes débute par la récupération de nos side-cars au port de Riga.

Pour nous aider dans cette mission, Mikhail, l’agent mandaté par la société de transport, nous donne rendez-vous de bon matin dans un café du centre-ville.
Les premiers signes d’inquiétude apparaissent quand, à notre grand étonnement, en ouvrant la porte de ce lieu guindé, nous faisons face à une salle vide. Pour patienter nous commandons l’un des expressos les plus chers du voyage. C’est finalement avec une petite demi-heure de retard que Mikhail prendra place à nos côtés, sur la banquette de notre table.
Les présentations faites en quelques minutes, Mikhail se dirige vers la sortie, suivi dans son sillage pa Julien et Emilie. Le trio prend place dans la grosse Dodge Challenger blanche de notre intermédiaire, garée de l’autre côté de la rue. À son démarrage, le moteur ronronne ; avant de rugir sur les premiers mètres de la large avenue. Tous trois prennent la direction du port, laissant Marie et moi, seuls avec nos sacs à dos. Une nouvelle fois, il nous est impossible en tant que « seconds conducteurs » de participer à la sortie des véhicules du conteneur et à leur importation sur le territoire. Nous regardons donc le monstre d’acier s’éloigner, derrière la vitre du café ; espérant revoir ce soir, Emilie et Julien au guidon de nos fidèles destriers. Pour eux, la journée marathon des démarches administratives débuta au bureau des douanes avant de se poursuivre au port. La frayeur la plus importante est survenue lorsque les autorités douanières sollicitèrent, le passage du conteneur aux rayons X. Provenant d’Amérique du Sud, ils souhaitaient ainsi vérifier son contenu, avant son entrée sur le territoire européen. Une étape que Mikhail réussira, par sa force de persuasion, à nous faire exempter. Une chance au vu des difficultés logistiques auxquelles il aurait fallu faire face et aux coûts engendrés par cette organisation. Une nouvelle fois il aura fallu nous armer de patience pour revoir nos motos. Mais rien d’insurmontable puisque finalement seules quelques heures auront été mobilisées pour leur libération ; un laps de temps très court en comparaison avec la petite semaine passée à Carthagène en Colombie, lors de leur arrivée en Amérique du Sud.

Quel plaisir de retrouver nos bolides et de retrouver le goût de l’asphalte au guidon de nos trois roues. Rien d’extraordinaire pourtant que de réaliser les premiers kilomètres dans la capitale lettonne. Mais son atmosphère légère et son doux trafic, en comparaison aux précédentes capitales traversées est en harmonie avec notre conduite. Pour la première fois du voyage, j’ai le sentiment que l’Ural a toute sa place dans ce décor. Il est loin le temps où notre destrier était en parfaite opposition avec ceux de nos amis sud-américains qui chevauchaient fièrement nos amis équidés ou de puissants véhicules tout droit venus des États-Unis ou du Japon. Ici nous passerions presque inaperçus sur ces immenses avenues le long des rails des vieux « tram » bleus et blancs de l’ère soviétique.

Après un voyage de 40 jours sur les eaux tumultueuses de l’Océan Atlantique, celles de la Manche, de la Mer du Nord puis de la Mer Baltique, il nous faut commencer par une petite journée de maintenance, pour nous relancer sereinement dans notre périple vers l’Est. Dans les rues de Riga, nous nous mettons tout d’abord en quête de 2 litres d’huile moteur (une des recherches les plus rapides du voyage, grâce à l’aide de Mikhail) avant d’entamer nos vidanges du moteur, de la boite de vitesse et du pont. Un petit contrôle des serrages, une session graissage au WD40 et voilà les bolides fin prêts à reprendre la route.

En fin d’après-midi, Mikhail nous rejoint pour la première virée au guidon des side-cars. Il est fier de nous montrer sa moto Victory blanche. Accompagné de son pote Vitalys qui conduit, lui, un BMW 1600 cm³ bleue marine, nous prenons la direction du Nord-Est, pour rejoindre le Parc National de Gauja.

Ce parc sera notre terrain de jeu pendant les prochains jours le temps de recevoir nos visas pour la Russie. Nous y visiterons la piste nationale de Bobsleigh à proximité de la petite ville de Sigulda. En haut de cette infrastructure métallique, nous y découvrons une vue imprenable sur les lacets de la rivière Gauja.

Les petites routes du parc offrent un cadre extraordinaire pour tous les adeptes de petites sorties en deux ou trois roues. Un enchaînement de virages débouchant sur des cours d’eau, des lacs ou traversant de jolies forêts de pins. Nous pique-niquons sur les rives de la Vaire à proximité d’une belle bâtisse désaffectée, avant de nous lancer dans une course aux cascades. Réparties aux quatre coins du parc, elles sont un excellent prétexte à de petites pauses rafraîchissantes.

On y a ainsi découvert la cascade de Davida Dzirnavu Avoti et celle de Daudas Üdenskritums ; 3ème chute d’eau la plus haute de Lettonie, du haut de ses 2 mètres environ. Je vous l’accorde, sa dimension est à relativiser en comparaison avec les impressionnantes cascades de la jungle asiatique.
Sur le bord des routes, au cœur de la forêt, loin de tous villages, nous sommes également surpris d’apercevoir de nombreux cimetières orthodoxes. Ils ont l’étrange particularité d’être nichés au cœur de la forêt. Les pierres tombales y sont clairsemées sous les arbres, et y règne une atmosphère paisible, propice à la méditation et au recueillement. Un décor étrangement beau et tellement moins pesant que nos grands quadrillages bétonnés.

Ces premiers beaux jours correspondent en Lettonie à l’ouverture de la saison des motards. Ici, comme pour la pêche ou la chasse, les motos ont donc une période privilégiée pour rouler. Ce premier week-end ensoleillé est l’occasion de sortir les chevaux. Nous croisons de nombreux motards au guidon de grosses motos souvent typées « Gold Wing ».

Au petit matin et avant de passer rechercher nos visas russes à Riga, nous profitons d’une clairière pour procéder au changement de nos pneus de roues arrières. Armés de nouvelles gommes, les bolides sont fin prêts à reprendre l’aventure en direction de l’Est. L’asphalte russe se rapproche et avec lui le lieu de naissance des Urals. Mais pour cela il faudra encore patienter quelques kilomètres, la traversée de l’Estonie et celle de la Narva, rivière faisant office de frontière entre l’Union Européenne et la République Fédérale de Russie…