Luang Namtha – 8 jours – 547 mètres d’altitude

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Après 56 heures de voyage, nous voici arrivés sur le continent asiatique après avoir quitté Montevideo et le continent Sud-américain deux jours plus tôt.

C’est à Chiang-Rai que nous débutons ce séjour en Asie du Sud-Est. Nous passons quelques jours dans cette ville du Nord de la Thaïlande, pour nous reposer et nous remettre tranquillement, des 10 heures de décalage horaire ; avant de prendre la direction du Laos, pays dont la frontière est située à 100 kilomètres, plus au nord.

Chiang-Rai est une ville historique, fondée en 1262 par le Roi Mengrai. Lors de notre première journée, nous faisons une petite promenade dans les rues de la ville. Son architecture, n’y est pas extraordinaire, mais nous prenons plaisir à découvrir nos premiers temples bouddhistes et cette atmosphère si différente de celle que nous avons pu connaitre quelques jours plus tôt de l’autre côté du globe. Nous croisons sur notre chemin, l’imposant mémorial en hommage au roi fondateur de la ville. Quelques rues plus loin, nous découvrons le second point d’intérêt du centre-ville, la majestueuse horloge en or qui trône au milieu d’un rond-point autour duquel tourne inlassablement un nombre incalculable de scooters. Dans la soirée, nous accueillons Brigitte et Louis-Marie, les parents de Julien ; ainsi que Ghislaine et Gilles, un couple d’amis de la famille.

Le lendemain, nous visitons le Wat Rong Khun, également appelé « White Temple ». C’est notre première visite d’un temple bouddhiste. Contrairement à ce que nous pensions, ce temple n’est pas un monument à l’architecture traditionnelle. Bien que bâti sur le terrain d’un ancien temple, il s’agit d’une œuvre moderne de l’artiste Chalermchai Kositpipat (créateur également de l’horloge citée plus haut), dont le début de la construction du temple date de 1997. L’architecte a un style facilement identifiable, avec une nette tendance à exagérer et à dramatiser le style thaïlandais traditionnel. Comme son nom l’indique, le temple met à l’honneur cette couleur qui lui donne une allure majestueuse. Pour le rendre plus étincelant encore, des milliers de petits miroirs ont été encastrés sur l’édifice. Pour accéder au bâtiment principal, nous escaladons le grand escalier qui nous permet de traverser les enfers (symbolisé ici par les mains des morts sortant du sol) et enjambe un bassin, dans le fond duquel un énorme poisson en trompe-l’œil tue le temps qui passe. Dans les jardins, des figurines censées éloigner les mauvais esprits sont accrochées aux arbres. Elles représentent des personnages de la “Pop-Culture”, on y retrouve Wolverine, les Tortues Ninja, les personnages d’Avatars, etc. Comble de la finesse asiatique, même le bâtiment des sanitaires mis à disposition du public est couvert d’or, des lavabos jusqu’aux toilettes.

Nous passons la soirée au « night-market », l’un des lieux les plus emblématiques et actifs de la ville, à la nuit tombée. On y retrouve à la fois des échoppes de souvenirs et des stands de restauration. Il est alors possible de déguster les spécialités culinaires locales, avec sur la scène face à nous, un duo de jeunes chanteurs grattants sur leurs guitares une mélodie d’un style que l’on pourrait qualifier de “Folk-asiatique”.

Lors de notre dernier jour à Chiang-Rai, nous partons découvrir les environs de la ville en scooters. Retour au guidon d’un bolide, mais cette fois, à deux roues. Après s’être extirpés de l’intense circulation de l’aire urbaine, nous re-goûtons aux joies de la conduite sur les routes de campagne. Nous apercevons les premières rizières contre les petites montagnes environnantes. Les cultures ne sont pas en terrasse, mais dès les premiers kilomètres la magie opère. En haut d’une côte, nous traversons un premier village fait de maisons en bambou construites sur pilotis. Sur la petite place centrale, les lignes de terrains de sport ont été tracées. Le terrain de foot est bien entendu présent, mais les terrains de badminton lui font concurrence. Dans cette région, les habitants cultivent de petits ananas, sur les pentes abruptes aux alentours des villages. Lors de notre passage, la saison de la récolte bat son plein, les paniers tressés en bambou fleurissent le bord des routes. Et quand ce n’est pas les têtes jaunes des ananas qui viennent colorées les champs, on y aperçoit de gros bœufs, anneaux dans les narines et cornes impressionnantes sur la tête, qui broutent paisiblement.

En début d’après-midi, nous atteignons la cascade de Huay Mae Sai, perdue au bout d’un petit chemin qui s’enfonce dans la forêt. Nous nous y autorisons une petite baignade avant d’y être rejoint par de jeunes Thaïlandais qui, à notre grand étonnement, saute dans l’eau tout habillé depuis les rochers environnants. Sur le chemin du retour vers Chiang Rai, nous effectuons une courte halte devant le temple de Wat Huai Pla Kung, dont le Bouddha blanc de près de 50 mètres de haut (à vue de nez) surplombe toute la vallée.

Nous prenons, le lendemain, la direction de la frontière Laotienne. Afin de faciliter l’obtention de nos futurs visas, nous nous arrêtons en chemin pour réaliser des photos d’identité dans une échoppe du bord de route. Le magasin est très rudimentaire, mais le matériel photographique, lui, semble être de dernière génération. Arrivés au poste de douane, nous clôturons notre visa thaïlandais avant de traverser en bus le pont de l’amitié lao-thaïlandaise qui chevauche le fleuve Mékong (ce pont inauguré en 2013, est le quatrième édifice transfrontalier à être construit au-dessus du fleuve séparant les deux pays, chacun des trois ponts précédents possédant le même nom de “pont de l’amitié”). C’est la première fois que nous côtoyons ce mastodonte, si célèbre, dont la largeur de plus de 400 mètres à cet endroit est déjà impressionnante.

De l’autre côté du fleuve, nous obtenons le visa laotien pour 30 jours, après avoir rempli les formalités administratives et s’être acquittés de $31. Nous passons la soirée sur la rive gauche du Mékong, dans la ville de Huay Xai. Pour nous dégourdir les jambes, nous grimpons jusqu’au vieux fort militaire de la ville. Construit par les français au début du 20ème siècle, le fort Carnot est aujourd’hui abandonné et recouvert de végétation, ce qui lui donne une atmosphère particulière. Pour s’offrir une jolie vue sur le Mékong et les montagnes environnantes, rien de tel qu’un peu d’escalade pour atteindre le sommet de l’ancienne tour de guet. Il nous aura fallu, pour cela, faire abstraction de l’état d’usure des escaliers et planchers, qui lorsque les planches de bois n’étaient pas manquantes, étaient rongées par les mites. Nous redescendons ensuite sur les berges du fleuve pour déguster notre première “Beerlao” ; la douceur houblonnée locale qui accompagne parfaitement le jolie coucher de soleil, rendu si particulier par l’humidité ambiante qui y appose un doux voile poétique sur le relief des montagnes environnantes. Ne pouvant louer des scooters pour l’ensemble de l’équipe dans la ville Houei Xai, nous prenons la décision collégialement de rejoindre la ville de Luang Namtha. Ce périple de 4 heures, dans un bus plein à craquer, nous permet d’atteindre le point de départ de notre aventure en deux roues dans le nord du Laos.

Après avoir passé la soirée à mettre la main sur des scooters et avoir analysé l’itinéraire des prochains jours, nous débutons de bon matin le chargement de tous nos paquetages sur nos deux roues. Nous prenons ensuite la route en direction de Muang Sing, à 10 kilomètres de la frontière chinoise avant de poursuivre notre périple sur une piste qui longe la rivière Nam Ma pour rejoindre la petite ville de Muang Long. Nous traversons de nombreux villages dont les maisons en bois sont sur pilotis. Il s’échappe dans les ruelles d’agréables odeurs de coriandre qui viennent nous chatouiller les narines.

Arrivés à Muang Long, nous trouvons rapidement une auberge appelée ici “guesthouse”, au confort rudimentaire mais tout à fait satisfaisant, et au tarif très intéressant. Je me lance ensuite dans une petite exploration des environs avec l’espoir de trouver un petit lieu de baignade paisible dans les eaux de la rivière Nam Ma. Arrivé sur les berges du cours d’eau, j’emprunte le pont suspendu en bambou qui relie le village aux champs, sur l’autre rive. Un groupe d’enfants y joue fougueusement. Surpris de voir un touriste venir s’aventurer sur leur terrain de jeu, ils se lancent le défi de s’approcher au plus près de moi. Amusé par la situation, j’avance vers eux d’un pas décidé, un large sourire aux lèvres, avant de reculer doucement dès que l’un d’entre eux s’aventure sur le pont. Avec ce jeu, la traversée de cet édifice d’une vingtaine de mètres prendra tout de même plusieurs minutes jusqu’à ce que l’un deux finisse par me tendre sa main pour me saluer. Je finis alors de traverser la rivière, pendant que les enfants eux reprennent la direction du village, tout sourires. La rivière cependant n’offre pas de zone de baignade satisfaisante, et c’est donc sans pause fraîcheur mais avec des souvenirs plein la tête que je retrouve le reste du groupe pour le dîner. Guidé par un groupe d’adolescents à qui nous avons demandé notre chemin, nous finissons par trouver le marché de nuit, coincé au fond d’une petite rue mal éclairée. Nous y dînons sur les petites tables au milieu de la cour. Au menu, nouilles et brochettes de viande, sans trop savoir ce que nous mangeons. Peu habitués à côtoyer des touristes et à échanger en anglais, nous éprouvons des difficultés à nous faire comprendre des commerçants. Mis à part des brochettes aux abats, nous nous régalons de ces spécialités locales, dans une ambiance chaleureuse.

De bon matin, nous enfourchons de nouveau nos bolides à deux roues et poursuivons l’aventure. Julien et Gilles ont repéré, la veille, un chemin qui permet de couper à travers la montagne pour rejoindre Luang Namtha. Après 20 kilomètres d’ascension sur une piste sinueuse et rocailleuse nous atteignons Nambo. A notre arrivée dans ce village au sommet de la montagne, la vie s’arrête pour nous dévisager, tels des extraterrestres. Les poules tournent autour des scooters et les enfants s’arrêtent de courir après leur pneu de scooter, pour nous regarder passer, avec de grands yeux écarquillés. Nous sommes accueillis par Tom-thi, dans le bâtiment qui occupe les fonctions de mairie et d’école. Ce jeune homme d’une trentaine d’années parle un très bon anglais. Il est employé du gouvernement, en mission pour assurer l’éducation et le développement économique du village. Nous échangeons avec lui sur sa vie, le quotidien des habitants et les contraintes liées à leur isolement.

Nous reprenons ensuite la route sur la piste à flanc de montagne. Nous traversons des gués et devons parfois nous frayer un chemin au milieu de champs de pierres. Les paysages dessinés par le relief et la brume sont magnifique. Gilles, fin pilote, et fort d’une grande expérience d’aventures en scooter sur les pistes asiatiques, mène le bal de ce petit convoi. Il avale les kilomètres à un rythme soutenu, ne laissant que peu de répit aux novices du deux roues que certains d’entre nous sommes. Mais on s’accroche jusqu’à la route principale et ne tirons que du positif de cette “trace” à travers la montagne. De retour sur l’asphalte, nous nous accordons une petite pause pour boire un thé glacé et grignoter quelques biscuits dans une échoppe, avant de parcourir les 60 kilomètres et les jolies courbes qui nous séparent de  Luang Namtha.

Notre séjour dans le nord du pays se termine par une journée de “repos”, avec pour principale activité, une petite rando de 6 kilomètres jusqu’à la cascade de Nam Dee. Pour y parvenir nous traversons le joli village de Lao Huay, dont la spécialité est la confection du papier à partir de fibres de bambou. Située 500 mètres après la dernière habitation, la cascade n’a pas un débit très conséquent, en cette période de saison sèche, ce qui lui fait perdre de sa magie ; mais elle permet tout de même d’apprécier une agréable petite pause fraîcheur avec baignade, dans un joli cadre tranquille, au milieu de la jungle.

A notre retour, dernier dîner au “night-market” de Luang Namtha, en compagnie de Dominique et Ghislaine, deux voyageurs en 4×4 aménagé, partis d’Europe il y a cinq ans. Demain nous remontons dans un bus et mettons le cap sur la ville de Luang Prabang, située à 7 heures de route plus au Sud.


NOTRE COUP DE COEUR
Où boire un verre ?

Riverside Café

Une jolie terrasse couverte, en bois, avec vue sur le Mékong. Une adresse paisible, pour apprécier une bière au coucher du soleil.