Luang Prabang – 10 jours – 305 mètres d’altitude

English version available here.


C’est en mini-van Toyota privatisé et climatisé, que nous rejoignons Luang-Prabang. 7 heures de trajet, dans ce qui aurait pu s’apparenter à du grand luxe mais qui finalement nous offrira un confort, somme toute, sommaire, au vu des travaux sur la route. En effet, les Chinois investissent, au cœur des montagnes laotiennes, en construisant barrages et lignes de chemin de fer qui induisent de gros travaux et donc quelques portions non-asphaltées et riches de nombreux nids-de-poule. Luang Prabang est une ville bâtie dans la région montagneuse du nord Laos, sur les rives des eaux du Mékong. Elle est classée depuis 1995 au patrimoine de l’humanité pour son architecture exceptionnelle. En effet, de par son histoire, il se côtoie dans ces rues, de nombreux temples bouddhistes et des bâtiments construits pendant l’époque coloniale européenne.

Mais la découverte de ces trésors n’est pour l’instant pas au programme. Notre vadrouille dans les rues de la ville consiste davantage en une quête du meilleur loueur de scooters et vendeur de hamacs, pour nos futures escapades en deux roues dans les montagnes laotiennes. C’est avec des clés en poche, mais sans toile à tendre, que nous rencontrons Marion et Jérémy, dans le bar Le Popolo. Ce couple de français, installé au Laos depuis deux ans, projette d’effectuer un voyage en Ural depuis la France vers la Mongolie en traversant tous les pays en “-stan” qui sonnent bon l’aventure.

Après une douce nuit de sommeil, nous récupérons de bon matin nos scooters dans la boutique de location. Avant de prendre le départ, nous faisons une vérification visuelle des bolides et demandons le changement de pneus sur trois d’entre eux. Un des employés part alors en urgence pour les acheter dans une boutique voisine. Il revient quelques minutes plus tard avec ce qui s’apparente à trois cerceaux de hula-hoop. Au vu du nombre important de deux roues sur les routes laotiennes, les pneus neufs peuvent se trouver partout. Ils sont vendus dans de petites boutiques de mécanique, emballés dans de jolis papiers brillants et colorés. Notre départ pour Vang Vieng n’est décalé que d’une vingtaine de minutes, un retard qui nous permet surtout de prendre la route sereinement pour quitter l’agglomération et son important trafic. Passer le village de Sandkalok, où nous effectuons une courte pause déjeuner, nous poursuivons notre périple sur une piste technique qui longe le fleuve Mékong sur près de 80 kilomètres. Nous y enchaînons des traversées de pierriers et des passages à gué, sous les yeux amusés des zébus, qui, bien souvent, aiment se positionner en travers de notre chemin. Alors que nous nous offrons un instant de répit pour reprendre des forces, une charmante dame s’approche pour nous offrir quelques bananes. C’est avec grand plaisir que nous recevons ce cadeau ; mais malheureusement notre enthousiasme s’estompera dès la première bouchée. Les fruits ne sont en réalité pas encore mûrs ; mais nous apprécions beaucoup ce grand geste de gentillesse. En fin de journée, nous atteignons la petite ville de Muang Na, qui ne présente comme intérêt que la bonne douche chaude sous laquelle nous nous glissons après cette journée riche de poussière.

L’étape suivante nous conduit à Kasi. Sur la route, nous croisons régulièrement des troupeaux de trois ou quatre vaches en liberté, au milieu de zones dénuées de toutes habitations. Le paysage, lui, est magnifique. Les silhouettes des montagnes sont parfaitement dessinées par le léger voile brumeux environnant. La pente s’élève progressivement sur des dizaines de kilomètres.

Elle révèle les disparités de puissance entre les différents scooters. Bien qu’en bonne position au début de la première côte ; rapidement, les amis me dépassent n’hésitant pas à adresser une petite moquerie à mon fidèle destrier. C’est finalement dans le « grupetto », formé en binôme avec Louis-Marie, que je bascule au sommet du col. Mais dans la descente, les compétences de pilotage de mon compagnon lui permettent de refaire son retard, pendant que je fais chauffer mes freins entre chaque courbe. La pluie et l’orage se sont abattus toute la nuit sur Kasi. Au petit-déjeuner, nous assistons à un étonnant ballet d’écoliers qui se rendent à l’école à vélo. Petits et grands, en fratries ou entre amis, ce sont des centaines de jeunes laotiens qui rejoignent les bancs de leur classe au guidon de leur deux roues à pédales. A notre départ de la ville, nous passons devant l’entrée de l’école. Sur son parvis, les bicyclettes sont rangées dans un beau bazar organisé.

Pour rejoindre Vang Vieng, l’itinéraire du jour emprunte une route humide. Le long des champs, avant de suivre la vallée de la rivière Nam Song, qui serpente entre de magnifiques montagnes au relief aquilin jusqu’à notre ville étape. Vang Vieng est une ville, réputée des guides de voyage pour son caractère festif et ses nombreuses activités touristiques. Mais c’est aussi une région aux paysages calcaires, entre champs, pains de sucre et montagnes. A notre arrivée, nous avalons un ananas en guise de déjeuner et décidons de quitter au plus vite la ville inondée d’agences de voyage, pour partir à pied à la découverte de ses alentours. Après avoir traversé un pont de bambou, emprunté une étroite rue entre les maisons sur pilotis et suivi un chemin qui slalomait entre les champs, nous parvenons à l’orée de la forêt. Le GPS est formel pour atteindre la grotte Lusy que nous souhaitons explorer, il nous faut suivre le petit sentier qui s’aventure dans la jungle.

Au pied de la montagne, nous payons le droit d’entrer dans la grotte à un jeune homme avant de grimper à l’aide d’une échelle jusqu’à son entrée. Les faisceaux lumineux de nos lampes frontales et téléphones révèlent de magnifiques stalactites et stalagmites. La grotte n’est pas du tout aménagé, et c’est tels de vrais spéléologues que nous nous enfonçons dans ces galeries sur des centaines de mètres. Après avoir retrouvé la sortie et la lumière naturelle, nous nous dirigeons vers l’entrée de la grotte de Tham Chang. Une fois à ses pieds, du fait de l’heure tardive, nous faisons face à une porte close. Nous optons donc pour une baignade dans les piscines situées à quelques mètres de là. L’eau sort, d’ailleurs des profondeurs de la terre, pour alimenter les bassins présents à la sortie de la grotte. Je me rafraîchis dans ces eaux fraîches en compagnie d’enfants, qui eux prennent leur douche. Les plus âgés savonnent le dos des cadets, avant de s’adonner à un concours de plongeon.

Le lendemain nous prenons de nouveau la direction de Luang Prabang. La journée débute, au départ de Vang Vieng, par la traversée d’un étroit pont en bambou qui surplombe la rivière Nam Song. À tour de rôle, inspirés par deux jeunes laotiens au guidon de leur deux roues, nous nous aventurons en file indienne sur cet étroit pont suspendu. Quelques kilomètres plus loin, nous faisons une courte pause à Phatang, petit village coincé dans un canyon entre deux montagnes de calcaire, pour goûter, dans une échoppe de bord de route, du whisky infusé aux frelons.

Sur les 60 derniers kilomètres avant Luang Prabang, nous longeons la rivière Nam Sana qui irrigue dans la vallée, de belles rizières. À hauteur du village de Silalek, nous nous offrons une baignade rafraîchissante dans les piscines de la petite cascade Kacham. La fin d’après-midi est également consacrée aux chutes d’eau, celles impressionnantes des cascades de Kuang Si. Située à une petite trentaine de kilomètres de la ville de Luang Prabang, nous atteignons le site en scooter par une petite route bucolique. Dès les premiers mètres sur le site, après s’être affranchis du droit d’entrée, nous découvrons le “Bear Rescue Center”, un refuge qui assure la protection des ours noirs d’Asie. Sauvés du braconnage, ils passent dorénavant leurs journées, affalés dans des hamacs, ou à jouer ensemble avec de vieux ballons. La balade se poursuit en montant les 500 mètres de sentier qui mènent à la cascade principale de Tad Kuang Si. La rivière se faufile, 60 mètres plus haut, au milieu de la jungle environnante avant de se jeter dans le vide face à nous et d’alimenter les piscines situées en contrebas. La promenade se poursuit en rebroussant chemin. Nous longeons la rivière alimentée par la cascade et repassons devant les petites chutes d’eau et piscines naturelles aux couleurs turquoises. Nous avions repéré à l’aller qu’il était possible de se baigner dans les premiers bassins. Au retour, impossible de résister à la tentation d’un petit bain ! De plus qu’en cet fin d’après-midi, la fermeture du parc approchant, l’ensemble des mini-vans acheminant la majorité des touristes ont quitté les lieux, nous permettant de profiter, seuls, de ce lieu enchanté.

La journée suivante est consacrée aux pérégrinations dans la ville de Luang Prabang. Comme évoqué en début de cet article, nous entreprenons donc de partir à la découverte des nombreux temples bouddhistes de la ville. Ces nombreuses pagodes, appelées ici des “Vat”, sont richement décorées. Après s’être faufilés derrière les immenses portes en bois entrouvertes ; l’effervescence de la rue s’estompe laissant le champ libre à la tranquillité des lieux, propice à la méditation. Dans la salle principale, derrière les imposants piliers dorés, un Bouddha, souvent imposant, trône assis derrière un nombre important d’offrandes. Impressionnés par sa majesté, on se fait tout petit, de peur de le déranger. La découverte du centre historique se poursuit avec la visite de l’ancien Palais Royal, érigé en 1904 lorsque la ville était sous protectorat français, en lieu et place du précédent palais à l’architecture traditionnelle. Dans ces jardins, nous nous arrêtons quelques instants, subjugués par la majesté du temple Haw Pha Bang, un sanctuaire achevé en 2006, richement orné, qui renferme un Bouddha d’or de 83 centimètres de hauteur, qui a l’honneur de donner son nom à la ville. La fin de journée approchant, nous prenons place sur une large embarcation qui vogue sur les eaux troubles du Mékong, à l’heure du coucher du soleil.

Pendant cette croisière d’une heure, nous apprécions le soleil, qui progressivement descend se cacher derrière la végétation touffue des montagnes environnantes ; laissant alors la place, dans le ciel, à une chaude couleur orangée. Sur l’eau, quelques pêcheurs lancent des filets depuis leurs pirogues quand d’autres embarcations assurent l’acheminement de passagers et véhicules, d’une rive à l’autre. Un paysage digne d’un tableau d’un peintre impressionniste, accompagné sur l’eau, des douces notes de Donny Hathaway dont la musique se fond parfaitement au décor.

Réveil à 5 heures du matin le lendemain, pour assister au ballet des moines. En effet, tous les jours, aux aurores, ils quittent leur temple pour arpenter en silence les rues de la ville. Pieds nus et vêtus de leur tenue traditionnelle orange, ils avancent, présentant dans un mouvement très ritualisé, leur “bol d’aumône”. Devant leur maison, les habitants attendent le passage des “bonzes.” Ils ont pris place, à genoux, assis en tailleur ou sur de petits tabourets, pour leur offrir principalement du riz gluant mais aussi des plats cuisinés, des fruits et des gâteaux. Une fois les offrandes récoltées, les moines partagent entre eux, la nourriture et prient ensemble pour les fidèles donateurs.

Après Luang Prabang, nous remontons dans un bus pour rejoindre Nong Khiaw, village qui borde la rivière Nam Ou, et point de départ pour rejoindre Muang Ngoy, ville accessible uniquement en bateau. Les quatre heures de trajet sont, une nouvelle fois, épiques. Les routes laotiennes sont là encore riches en trous et en travaux. Le départ pour la ville « perdue » ne se fera que le lendemain, en compagnie de Nudo, notre guide. Depuis l’embarcadère de Nong Khiaw, au milieu des nombreuses autres embarcations de toutes les couleurs, nous prenons place à bord de notre “Sampan,” la barque en bois traditionnelle dit « à longue queue, » du fait de sa taille fine et longue. À son bord, nous posons nos doux fessiers sur des sièges de voiture avant de remonter la rivière Nam Ou jusqu’au village de Muang Ngoy.

Nous effectuons en chemin un premier arrêt au petit village « des escargots », où nous visitons un “chantier naval” de Sampan, taillés d’une seule pièce dans d’imposants troncs. Au cœur du village, Nudo nous présente les richesses de l’artisanat local, dont les métiers à tisser permettent de concevoir des écharpes de soie, portées lors de la cérémonie des offrandes. A l’autre bout du village, il nous montre également la culture du tabac, réalisée sur de petites parcelles à flanc de colline. Sur l’eau, nous croisons souvent d’autres embarcations de toutes tailles, d’autres Sampan conduisent les habitants vers Nong Khiaw, de petites barques de pêcheurs solitaires dérivent également sur la rivière. Le tout, sous les yeux d’enfants qui sautent dans l’eau depuis des branches d’arbres. Nous remontons la rivière jusqu’à la grotte de Phanoi, qui, cachée dans la falaise, servie de refuge à une centaine de personnes pendant la guerre d’Indochine. Nous grimpons par un petit sentier, au sommet de cette falaise, jusqu’à un poste d’observation qui révèle un beau point de vue sur l’ensemble de la ville de Muang Ngoy. En redescendant, nous traversons le temple Wat Okad Sayaram avant de traverser les petites rues de la ville puis de reprendre place sur notre embarcation. Nous redescendons la rivière jusqu’au village de Sop Keng, lieu de résidence de notre guide. Nous déjeunons sur la terrasse de son humble demeure du riz-curry, servi dans une feuille de bananier. De là, nous marchons au milieu des rizières, sur près de deux kilomètres, pour atteindre la cascade de Tad Mok, où nous nous autorisons une petite baignade. Sur le chemin du retour, à l’heure du goûter, nous nous accordons une petite pause dans une ferme, à l’ombre d’une paillasse, pour déguster un excellent café Lao pour les uns, ou un traditionnel thé à la citronnelle pour les autres.

Après avoir passé la nuit à Nong Khiaw, nous retrouvons en bus, le lendemain, Luang Prabang. Pour notre dernière soirée au Laos, nous grimpons en haut du mont Phou Si, au coeur de la ville, pour y apprécier l’un des plus célèbres coucher de soleil sur le Mékong. La nuit tombe sur le Laos, et  demain c’est le Vietnam qui nous ouvrira ses bras (non sans quelques galères de visas)…


NOS COUPS DE COEUR

Le projet Uralistan de Marion et Jérémy

Parce qu’après une aventure de plus de deux ans au Laos, leur nouveau projet est de prendre la direction de la Mongolie en side-car Ural. Leur site www.uralistan.fr vaut le détour. Vous y découvrirez les coulisses de leur voyage mais aussi de précieux conseils pour tous les voyageurs à moto et de jolis road-books sur leurs précédentes escapades.

Où manger ?

Mama Alex Restaurant
Ban Sop Houn village Nong Khiaw

Adresse simple où l’on peut déguster, assis en tailleur sur de petites tables basses, un très bon Laap Kai : une spécialité laotienne généralement à base de poulet (mais également de bœuf, poisson ou végétarienne), servie pour les grandes occasions.

Où boire un verre ? 

Bar le Popolo
102/3 Kounxoau Road, Luang Prabang

Une belle ambiance pour ce bar cosy doté d’une agréable terrasse où il fait bon de déguster une bière ou un cocktail en fin de journée. Nous ne sommes pas, ici, dans le bar traditionnel laotien et ses habitués, mais retrouver parfois un peu de confort, avec un accueil chaleureux, c’est tout aussi agréable.