Oural – 7 jours – 35 mètres d’altitude

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Notre entrée au Kazakhstan se fait au poste frontière de Ilek. Le contrôle est réalisé en toute simplicité. Côté russe, tout content de parler deux mots de français, le douanier nous indique d’avancer sans prendre le soin de jeter un oeil à nos valises. Même le pochon de thé en vrac, offert par Ivan, s’apparentant pourtant grandement à de l’herbe, passe le checkpoint.

Une fois de l’autre côté du pont pour rejoindre le poste frontière kazakh, même manège. Nos véhicules atypiques intriguent les gardes frontières et le contrôle n’en est pas plus strict. Tant et si bien qu’en moins d’une heure de paperasse, le Kazakhstan nous ouvre ses portes.

La ville la plus proche de ce côté de la frontière est à 150 kilomètres. La route est parfois non pavée, parfois asphaltée, mais le plus souvent constituée de jolis nids-de-poule. Dès les premiers kilomètres le paysage change. Les champs et bosquets russes laissent la place à de grandes étendues de plaine balayée par le vent, sans arbre, ni la moindre verdure à l’horizon. La chaleur a également repris ses droits et les vêtements de moto semblent de plus en plus lourds et irrespirables.

A notre arrivée à Oural, nous commençons par récupérer l’huile moteur réservée pour nous dans la boutique Motul de la ville.

Le moto club, surnommé “Gengis Khan,” est alerté de notre arrivée et deux de ses membres nous rejoignent dans le but de nous rencontrer et nous aider sur quelques sujets. Après un faux-départ, suite à la perte du téléphone de Julien, retrouvé dans le sable à quelques mètres de la boutique d’huile ; les deux motards nous dégotent un bon hôtel avec parking, dans notre budget (grâce à une très bonne négociation de leur part) et dans le centre-ville.

Notre après-midi est consacrée à la recherche d’une assurance pour pouvoir circuler légalement sur les routes du pays. Nous trouverons notre bonheur chez Nomade Assurance. Accueillis chaleureusement dans leur petit bureau avec un verre de jus de pêche, nous signons auprès d’eux un contrat nous couvrant pour les 15 jours suivants, le temps pour nous de rejoindre la mer Caspienne.

Notre seconde journée kazakhe débute par le copieux buffet de petit-déjeuner proposé par l’hôtel. Sur la table trônent oeufs, saucisses et viennoiseries. En même temps que nous prenons des forces pour la journée,  nous sympathisons avec un homme originaire d’Almaty. Au fil de l’échange, il nous bluffe par sa connaissance de la géographie du monde, au point de pouvoir comparer avec une grande précision les superficie en km2 de nombreux pays.

La journée se poursuit en compagnie d’Alex et Sabit, les deux acolytes du moto club. En leur compagnie nous découvrons la ville et son histoire. Comme celle du pays, elle se lie à celle de la dynastie des Khan. Gengis Khan, symbole de l’invasion des mongoles sur les terre d’Asie centrale, est ainsi érigé ici en héros. La ville d’Oural fut construite aux confluences du fleuve du même nom et de la rivière Chagan. Sa localisation, plus proche en kilomètres de Moscou que d’Astana, la capitale kazakhe, résume en partie l’atmosphère qui règne dans la ville. Ainsi dans le centre-ville de Oural, il est à la fois possible de succomber aux charmes de vieilles bâtisses russes du 18e et 19e siècle au mur en bois, ou de celles inspirées à cette même période des influences méditerranéennes ; le tout cohabitant aujourd’hui avec les stigmates de l’architecture soviétique. Pour ce qui est des principaux monuments qui valent le coup d’oeil, nous retiendrons la Cathédrale du Christ Saint-Sauveur dont la construction débuta en 1591 pour s’achever plus de 300 ans plus tard ;  et l’impressionnant mémorial de la seconde Guerre Mondiale, dont les colonnes transpercent le ciel. Là encore, comme chez eux, les soviétiques n’ont pas fait dans l’intime et le fleuri, mais bien dans la démesure.

Après cette étape à Oural, nous prenons de nouveau la route en direction du sud, et la ville de Inderbor. Nous ne rencontrons aucune difficulté sur la route, pas de bosses à l’horizon qui risquerait de contrarier les moteurs et l’asphalte, tant que que nous suivons les routes principales, est en bon état. Nous suivons donc les yeux fermés ces lignes droites tracées à la règle traversant la steppe désertique. Seule originalité, de nombreux troupeaux de vaches et de chevaux sauvages viennent rompre cette monotonie. Sur la route nous recevons de nombreux coups de klaxons de bienvenu ; même les policiers sur la droite de la route nous saluent !  Serions-nous de retours sur les routes colombiennes ?

Nous arrivons en milieu d’après-midi dans la ville d’Inderbor. Les rues sont désertes et le bitume cette fois y est en très mauvais état. Nous nous mettons en quête de quelque chose à nous mettre sous la dent. Mais la ville est vide et les restaurants fermés. La période du Ramadan ne nous facilite pas la tâche pour trouver un restaurant ouvert à 15h. C’est finalement dans un petit café que nous parviendrons à commander une salade et des poivrons farcis, le tout accompagné d’une petite bière. De retour dans les rues de la ville, la vie à repris son cours, les enfants jouent avec ballons et vélos tandis que les adultes s’affairent aux tâches de la vie quotidienne : courses à l’épicerie, réparation de mur, livraison en charrette,… Dans cette ville, les traits du visage des personnes que nous croisons ont changé. Les profiles russes ont laissé la place aux visages d’Asie Centrale. Les habitations ont, elles aussi, évoluées. Dans ces petits villages de la steppe, les maisons en terre et aux toits plats ont remplacé les précédentes habitations en bois ou en parpaing et aux toits inclinés.

Sur les conseils de Sabit de Oural, nous quittons Inderbor et rejoignons Atyraou par une petite route secondaire qui s’avère en bien meilleur état que l’axe principale. Sur cette nouvelle ligne droite, nous croisons notre premier troupeau de chameaux en liberté. Au fil des kilomètres, ces emblèmes du désert se succèderont à multiples reprises, traversant parfois la route juste devant les side-cars.

Une centaine de kilomètres avant Atyraou, nous quittons une nouvelle fois l’axe principal et partons à la découverte des vestiges de l’ancienne ville médiévale de Saraïtchik. La ville était autrefois un important carrefour commercial, sur la Route de la Soie. Mais sur les lieux de ce site historique, nous ne trouvons plus, aujourd’hui, qu’un petit musée et trois pierres, uniques vestiges de cet ancienne cité.

Nous arrivons en fin d’après-midi dans la ville pétrolière de Atyraou, sur les rives du fleuve Oural. Nous sommes hébergés dans une petite auberge de jeunesse, à l’accueil très charmant. Alors qu’innocemment, pour éviter de renouveler nos déboires de la veille, nous nous renseignons pour trouver un endroit où déjeuner à cette heure tardive, la famille se propose de nous offrir le repas. Au menu, une copieuse assiette de poisson accompagné de pâtes et de salades composées kazakhes.

Nous profitons de la fin d’après-midi pour nous promener sur les rives aménagées du fleuve et ainsi découvrir la ville. Ici, comme dans ses consœurs traversées précédemment, se mélangent les cultures. La mosquée côtoie, à quelques centaines de mètres, l’église orthodoxe.

Le jour suivant, nous poursuivons notre périple en prenant la direction de Koulsary à 200 kilomètres de là. La route est bonne, les coups de klaxons se poursuivent et le paysage reste plat. Mais au fil des kilomètres de petites lagunes salées apparaissent, offrant deci delà de jolies couleurs à cette étendue désertique. Quant aux animaux en liberté, ils continuent de partager notre route. Au milieu de la vaste plaine, les chevaux se regroupent pour s’abriter du vent qui souffle de plus en plus fort.

Arrivée à Koulsary, nous déjeunons dans un café de « routards ». Nous y rencontrons deux motards russes qui termine une virée pendant laquelle ils ont sillonné la région. Après un bref échange sur ses trésors et lieux incontournables, ils nous conseillent un hôtel de « motards » à l’entrée de la ville. Nous nous mettons donc en quête du « Uncle Lesha » . Après plusieurs dizaines de minutes à tourner dans les rues de la ville, impossible de mettre la main dessus et les deux autres hôtels que nous croisons sont, eux, hors de prix. Après des recherches approfondies sur l’application iOverlander, pour trouver une alternative pour la nuit, nous y découvrons que l’hôtel de Lesha se trouve en faite dans la ville suivante de Beïnéou, à 200 kilomètres de là. Nous atteignons la ville vers 21h et y faisons la rencontre incongrue de Lesha, un véritable personnage qui nous reçoit comme des « invités de marque, » dans son humble demeure.

Les cents premiers kilomètres après Beïnéou sont similaires à ceux des jours précédents, mais après la petite salade de la pause déjeuner, les première collines apparaissent. Et c’est après une petite côte que s’offre devant nous notre premier canyon. La route emprunte une grande descente au milieu des falaises calcaires, aux couleurs pourpres et blanches, caractéristiques de la péninsule de Mangystaou où nous venons d’entrer.

La pluie nous accompagne depuis maintenant quelques dizaines de kilomètres et mettent un terme à notre projet de rejoindre le lac Tuzbair. Alors que le GPS, indique sa localisation à moins de 10 kilomètres, nous n’en ferons que trois ; la pluie ayant rendu la piste trop boueuse pour nous permettre de progresser dans cette direction. En regardant le ciel, nous comprenons rapidement que l’orage ne tardera pas et qu’il nous faut rapidement atteindre la petite ville de Shetpe pour y trouver un toit où nous abriter.

Toute la nuit, la pluie s’abattra sur la région, la première sur la péninsule, la dernière avant Aktaou notre prochaine ville étape.


NOS COUPS DE COEUR
Où manger ?

Toykhana Na Malibu
улица Пугачева 38, Oural

Une adresse traditionnelle, sur les bords du fleuve Oural, réputée pour les banquets familiaux comme pour les dîners en plus petit groupe. En comité restreint, il est possible de partager le repas dans une petite pièce isolée, assis en tailleur autour d’une table basse. Sur les cartes, sont présents les plats traditionnels kazakhs. Nous y avons savouré un excellent Beshbarmak, un plat de viande de cheval bouillie, dont le nom signifie « cinq doigts », parce que le plat se mange avec les mains !

Où dormir ?

Hostel Keruen
Карымсакова 3а, Atyrau

Auberge de jeunesse sans prétention, mais jolies aménagements, des dortoirs avec lit superposés en bois et un accueil des plus chaleureux. La cerise sur le gâteau : un copieux petit-déjeuner.

Uncle Lesha
45.34669796,55.17394619
Beïnéou

Cette adresse n’est en aucun cas un hôtel, mais bien un repère pour baroudeur à deux ou trois roues, souhaitant faire une rencontre incongrue entre Atyraou et Aktaou. Lesha est un personnage qui mérite à lui seul une étape. Son atelier mécanique pourrait être d’un grand secours en cas de coup dur pour vos fidèles destriers.