Iekaterinbourg & les montagnes de l’Oural – 11 jours – 237 mètres d’altitude

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Après 350 kilomètres, sur l’important axe routier qui sépare Perm de Iekaterinbourg, nous franchissons la ligne symbolique qui sépare l’Europe de l’Asie, une démarcation qui marque également notre entrée en Sibérie.

Avec surprise nous constatons ne plus être en adéquation avec les horaires indiqués de-ci de-là. Après vérification, il nous faut ajuster  nos montres. Nous apprenons en effet que bien qu’elles soient limitrophes, il existe un décalage horaire de deux heures entre les « oblasts » (équivalent de nos régions), de Perm et Iekaterinbourg. Quelques kilomètres après avoir fait notre entrée en Asie, nous atteignons la capitale de l’Oural qui est aussi la 4ème ville la plus peuplée du pays. Malgré sa taille importante, nous n’avons aucune difficulté pour rejoindre son centre-ville.

Le soir de notre arrivée nous sommes invités à dîner par Marina, au « Double Grill and Bar ». Autour d’un copieux burger nous discutons de nos différents quotidiens et du cadre de vie russe. Une fois notre périple décrit sous toutes ses coutures, elle se propose de relayer notre voyage dans la presse. Un article paraît alors le soir même et déclenche à notre étonnement une pluie de « likes » sur notre compte Instagram. Après un dernier verre de vin, nous regagnons notre logement en empruntant les quais animés des rives de l’Isset. Sur les quelques marches qui remontent vers l’Avenue Lénine, nous assistons à l’incroyable show d’un guitariste et d’un batteur qui mettent le feu à la foule de passants réunis autour d’eux.

C’est après une belle grasse matinée, et alertes, que nous rejoignons au pied de notre immeuble Lubov, qui nous guidera à pied à la découverte des secrets de la ville.

Iekaterinbourg, de par sa position géographique stratégique est devenu au fil des siècles un pôle commercial important. Véritable carrefour des lignes ferroviaires entre l’Est et l’Ouest, elle a connu un essor économique sans précédent avec l’exploitation des grandes mines de l’Oural.

La ville aujourd’hui est teintée par cette histoire, mais aussi tournée vers l’avenir ; en témoigne son important centre de recherche scientifique et ces projets architecturaux innovants. Une chose est certaine, notre pérégrination dans ses rues est très agréable. De nombreuses zones piétonnes ont été identifiées, la trottinette est, ici aussi, le moyen de locomotion privilégié de la jeune génération, et sur de nombreuses places, le mobilier urbain sert de terrain de jeu aux skateurs. Cette déambulation nous conduit successivement sur la place de l’opéra, puis dans l’ancien quartier du KGB ; Lubov nous y raconte le quotidien de ces familles isolées, qui n’espéraient qu’une chose, pouvoir revoir leur conjoint(e) chaque soir. Nous poursuivons notre découverte de la ville par la visite de  l’Eglise de tous les Saints. Construite en 2000, en hommage au Tsar Nicolas 2, assassiné en lieu et place du monument en 1918. Ainsi tout au long de ce parcours de près de 4h, notre guide nous livre les histoires et secrets de la capitale de l’Oural ; le tout sous un beau soleil, et un baromètre atteignant les 20°C. Difficile d’imaginer dans cette ville décrite par certains comme un paradis de glace, où il neige en moyenne 170 jours par an et que les enfants réalisaient encore des bonhommes de neige dans les parcs 15 jours plus tôt. Mais la chaussée garnie de sel, est là pour en témoigner.

En début d’après-midi nous quittons Lubov et poursuivons seuls notre promenade. Nous en profitons pour flâner entre les étales du marché sur la place Lénine, dont la statue n’a toujours pas connu la présence d’un pigeon sur son crâne. Dans le quartier moderne, nous escaladons les marches qui mènent au musée Yetsin puis profitons de cette météo estivale dans le parc Newton. Les enfants courent dans la fontaine, avec une grande et belle innocence. Nous marchons de nouveau sur les bords de la rivière Isset. Sur le plan d’eau, des kayaks en ligne enchaînent les allers-retours pendant que pour deux dériveurs se sont les virements de bord qui se succèdent.

Le lendemain, nous prenons la direction de Irbit à 200 kilomètres de là. Plaines, cours d’eau et petits bosquets, les paysages défilent sous nos roues. Elles avalent un asphalte en parfait état, au rythme habituel de 80 km/h. Nous profitons d’un bosquet avec un empilement de troncs de bouleau pour s’adonner à un petit shooting photos. Arrivés à Irbit, rebelote, nous posons avec les side-cars devant la colonne qui symbolise l’entrée de la ville. Nous y sommes ! Irbit, lieu de naissance de nos fidèles destriers.

Nous trouvons sans trop de difficultés une “gostinitsa” dans nos prix alors qu’au premier coup d’oeil sur internet, toutes les annonces étaient trop chers. Au cours des 5 jours passés dans la ville, nous l’avons progressivement apprivoisée. Nous étions à notre arrivée un peu sceptique face à cette cité qui nous paraissait éteinte et semblait regarder dans ses rétroviseurs les vestiges de son glorieux passé. Un âge d’or pendant laquelle l’usine de production de moto était son poumon et rythmait sa vie au son des clés à molettes. La traversée des bâtiments désaffectés de l’usine au coucher du soleil est un moment fort de cette étape. Le passage sous le vieux portail qui marquait son entrée à une époque où elle était encore un fleuron économique du pays, est fort de symbolique pour notre voyage.

L’identité de Irbit nous a progressivement séduite. En préservant et en valorisant quelques vieux trésors, tels que son petit pont enjambant la rivière qui a donné son nom à la ville, il s’en dégage une atmosphère particulière qui transpire de cet ancrage aux traditions soviétiques. Une ambiance symbolisée à son paroxysme par l’apparition dans ses rues, de manière tout à fait régulière, de vieux Ura  au son souvent cliquetant, et dont le panier est très fréquemment remplacé par une « caisse ». Après tout, au dire de nos amis russes, « ils sont d’avantages utilisés, ici, pour ramasser les patates dans les champs que pour faire un long voyage. »

C’est pourtant bien à dos d’Ural que nous quittons Irbit, reprenant la direction de Iekaterinbourg, puis celle du Kazakhstan. Après une première étape dans un grand hôtel tout vide et désert, dans la petite ville de Aramil ; il pleut à torrent au réveil. La déception suite à notre dîner de la veille, nous invite à  faire l’impasse sur le petit-déjeuner ; et c’est le ventre vide que nous prenons le guidon de nos engins. Mais le premier café repéré sur le GPS, à quelques kilomètres de là, est fermé ; et il nous faut faire 20 kilomètres sous cette même pluie battante pour se rendre à la station service visée. A notre entrée dans la boutique, nouvelle déception, pas de table pour s’asseoir et se réchauffer, du coup nous prenons la décision de tenter le café, 5 kilomètres plus loin. A notre arrivée, vers 8h30, il se trouve que lui aussi est fermé, mais un panneau nous indique son ouverture à 9h. Nous profitons de cette attente pour régler, sous la pluie, le déclenchement du frein arrière afin qu’il soit plus rapide que celui du side-car ; et une petite demi-heure plus tard nous savourons crêpes et thé en guise de petit-déjeuner.

La suite de la route se fera sous la pluie et dans le froid. Alors qu’initialement nous devions emprunter la contournante, nous traversons la ville de Tcheliabinsk, à la suite d’une erreur de co-pilotage de ma part. Les sides ronronnent au milieu d’un trafic, qu’ils apprécient moyennement. C’est avec plaisir que nous accueillons l’éclaircie qui pointe le bout de son nez sur la fin du trajet jusque Kichigino. Nous trouvons deux chambres dans une petite « gostinitsa », où l’on s’étale pour faire sécher nos affaires. Pas de chauffage ni d’eau chaude, mais ça fera l’affaire, pour se réchauffer, rien de tel qu’une bonne soupe salienka et ses 7 viandes différentes pour les uns, et soupe géorgienne au bœuf appelée « karcho » pour les autres.

Après de nouvelles crêpes au petit-déjeuner, nous reprenons la route et alors qu’initialement, nous devions prendre la direction de Orsk, puis de Aktioube au Kazakhstan, la carte routière russe en notre possession nous fait changer d’avis de peur de rencontrer des routes peu praticables. Nous faisons donc le choix, ce matin, de revenir sur nos pas jusqu’à Tchelianbinsk puis de nous diriger vers l’ouest, et la ville de Oufa. Au début de notre journée, la route est entourée de grandes étendues agricoles. Avant qu’elle ne s’élève avec le retour des premiers monts de l’Oural, que nous franchissons cette fois d’est en ouest, sous un léger manteau neigeux.

Nous passons la nuit dans une petite ville au milieu des montagnes, nommée Yuryuzan, où nous logeons dans le petit hôtel d’une charmante mamie. Au dîner la cuisine du soleil nous met l’eau à la bouche et nous craquons pour un menu méditerranéen, fait d’une pizza Margarita d’une salade grecque.

Petit-déjeuner dans la chambre en regardant la neige tombée par la fenêtre, il n’est alors  pas facile de retrouver la motivation pour affronter ce froid de canard. Mais dès notre retour sur la plaine, le soleil pointe le bout de son nez et c’est sans difficultés que nous empruntons le contournement de Oufa avant de mettre le cap vers le sud. Nous nous arrêtons à Sterlitamak, dans une « gostinitsa » au standing plus élevé que d’habitude ; au point de devoir chausser les chaussons prêter par l’hôtel pour rentrer dans les chambres.

Le périple se poursuit en direction de Orenbourg. Sur la route, des champs s’étendent à perte de vue. Malheureusement cette agriculture intensive ne dégage pas toujours que la douce odeurs des épis de blé balayés par le vent. Nous arrivons à Orenbourg en milieu d’après-midi, sous d’importantes rafales de vent. Nous récupérons notre appartement, situé au 14ème étage d’une tour à la russe, à proximité du centre-ville. La visite de la ville se fera le lendemain, en compagnie de Ivan rencontré la veille alors que nous étions en quête de bidons d’huile moteur.

Après une journée à arpenter Orenbourg, nous prenons la direction de Ilek, dernière petite ville russe à 5 kilomètres de la frontière kazakh. Ne sachant pas combien de temps nous passerons à la frontière, et doutant de pouvoir rejoindre Ouralsk dans la foulée (seul grosse ville, à plus de 150kms de la frontière, où nous serions susceptibles de trouver un hôtel), nous décidons de passer l’après-midi et la nuit à Ilek. L’après-midi débute par un pique-nique dans un petit parc du centre-ville avant de se dégourdir les jambes avec une petite session footing dans la forêt et jusqu’à la rivière Oural. Lorsque nous nous mettons en quête d’un lieu où diner, nous nous apercevons au combien le vélo est un moyen de locomotion important dans cette petite ville. Par contre impossible de trouver un café d’ouvert pour le souper. Nous parcourons la ville de long en large avant de tomber sur un “restaurant à sushis”. Dima et Nastya, les propriétaires sympathisent avec nous et nous offrent notre repas, avant de nous raccompagner à l’hôtel.

Départ de bon matin pour se présenter à la frontière kazakh. Nous effectuons une dernière pause dans une station-essence Lukoil pour dépenser nos derniers Roubles et acheter quelques gâteaux, dans quelques kilomètres le Kazakhstan nous ouvrira ses portes.


NOS COUPS DE COEUR
Où manger ?

Double Grill and Bar
Iekaterinbourg

Cette adresse, comme son nom le suggère n’est pas un petit boubou local mais un vrai bon restaurant branché, qui reflète le renouveau de la ville. A vrai dire notre tenue de baroudeur contrastait avec nos voisins de table. Cela reste une super adresse pour déguster un bon burger ou une de leurs spécialités de grillades.

Quelle visite ? 

Lubasusl – City tour de Iekaterinbourg
https://yekaterinburg4u.ru/en/

N’hésitez pas à contacter Lubov, la guide ce cette agence pour suivre ses pas et partir à la découverte de la capitale de l’Oural et de ses secrets.