Koutaissi et les montagnes du Caucase – 5 jours – 200 mètres d’altitude

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La capitale géorgienne derrière nous, nous faisons un premier arrêt moins de 20 kilomètres plus loin pour visiter le monastère de Djvari. Malheureusement le monument ne présente pas de grandes originalités. De plus, il est en ce jour, submergé de touristes. Une foule qui ne permet pas d’apprécier la vue sur la ville de Mtskheta en contrebas, à sa juste valeur.

Descendu de la falaise, nous faisons étape dans la cité fortifiée qui fût par le passé l’ancienne capitale du pays. Au cœur de son quartier historique nous visitons la Cathédrale de Svetitskhoveli, un monument imposant par son architecture et les fortifications qui l’entourent. Dans l’une des rues piétonnes adjacentes, nous goûtons notre première Tchourtchkela, une spécialité dont la forme ressemble au premier abord à celle d’un saucisson mais qui est en réalité une sucrerie à base de noix entourés d’une gélatine réalisée à partir de jus de raisin.

Peu convaincu par cette confiserie, nous faisons une halte pour savourer une limonade à l’anis ou au citron, selon les goûts, dans un petit café qui rappelle un peu les jardins anglais à l’heure du thé.

C’est toujours en compagnie de Maika et Christoph que nous poursuivons notre périple sur une petite route au milieu de la campagne géorgienne. Nous atteignons en milieu d’après-midi l’ancienne forteresse troglodyte de Uplistsikhe. Les fouilles ont révélé que les premières cavernes y auraient été sculptées dès l’âge de fer, avant que le site ne devienne une importante cité médiévale. Il nous fut malheureusement difficile de nous projeter pour imaginer ce qu’était la vie dans ces pièces creusées à même la roche. Notre attention était trop souvent détournée des vestiges, attirée par de gros lézards réalisants des pompes à l’ombre des caves de la citadelle.

Après une nuit passée sur les bords de la rivière Kura, nous visitons en milieu de matinée la ville de Gori, lieu de naissance de Joseph Staline. Sa maison familiale est exposée sur la place principale, au pied du musée en hommage au père du peuple russe. Dans le parc et aux alentours, les vendeurs proposent de nombreux souvenirs à l’effigie de leur héros. Nous y achetons une petite boîte d’allumettes à l’image de la star du coin. La matinée se ponctue par l’ascension qui mène à la forteresse en ruine qui surplombe la ville.

Notre itinéraire nous conduit ensuite dans la ville thermale de Borjomi, réputée pour son eau naturellement pétillante. Nous arrivons dans les gorges de la rivière puis à l’entrée de la ville, en début d’après-midi. Pause déjeuner dans le restaurant, pour une salade qui apporte un peu de fraîcheur par cette chaleur. Au programme de l’après-midi, petite randonnée dans le parc thermal de la ville. Elle débute le long de la rivière Borjomula, au bord de laquelle ont été construites de belles villas aux façades en bois, lors de l’essor de la ville au 19ème siècle . Sur le premier kilomètre, le parc à des allures de vieux parc d’attraction de l’ère soviétique, avant qu’il ne cède la place à une paisible forêt de sapins. Le petit sentier nous conduit jusqu’aux bains publics, avant de s’élever pour atteindre les crêtes au-dessus de la ville. Au cours de cette randonnée, les nuages nous rattrapent, nous contraignant à mi-parcours à nous abriter sous les arbres pour nous protéger d’une averse de pluie.

A notre retour en ville, la soirée approche et nous nous mettons en quête d’une guesthouse où nous pourrons nous sécher et nous abriter de l’orage annoncé sur nos applications météo. Nous jetons notre dévolu sur un petit studio, proposé par une famille dans une impasse dont nous condamnons le passage avec nos trois véhicules. Soirée sur la terrasse de l’auberge, protégée par le tarp qu’un overlander hollandais a offert à Maika et Christoph.

Après un petit-déjeuner copieux, préparé par notre hôte, le “convoi russe” reprend la route. Au départ de Borjomi, de jolies courbes se dessinent le long de la rivière avant que l’asphalte ne s’élève dans la montagne. Le trajet débute sous un beau soleil avant que la météo ne tourne, à quelques kilomètres du village de Khertvisi, à la pluie puis à la grêle. Les combinaisons de pluie ne permettant pas de nous protéger de ces grêlons de la taille de grosses billes, nous sommes contraints de nous arrêter pour nous protéger sous les arbres avant de trouver refuge dans un des cafés du village.

Dès la première accalmie, nous laissons les side-cars devant le café et montons dans la camionnette UAZ pour rejoindre l’ensemble monastique troglodyte de Vardzia. La route s’agrippe à flanc de montagne et passe au milieu de canyons avant de révéler une superbe vue sur le site historique. Construite sur les flancs de la montagne Erusheti au 12ème siècle, la cité était alors constituée de près de 3 000 caves pendant son âge d’or dont 900 sont aujourd’hui toujours présentes. Lors de notre pérégrination entre ses murs, nous avons été subjugué par la beauté de sa chapelle et avons pris plaisir à nous aventurer dans ses labyrinthes de tunnels qui s’enfoncent au coeur de la montagne. Sur la route du retour vers notre “café refuge”, nous devons par deux fois nous frayer un chemin entre les vaches qui occupent le milieu de la route.

Le lendemain, c’est une nouvelle fois entre les gouttes que nous voyageons. Comme la veille, la route serpente entre les montagnes. Sur les conseils de Caudia, une jeune allemande rencontrée au détour d’un verre de vin, nous quittons la route principale qui mène à Koutaïssi pour entamer une boucle de 200 kilomètres dans les montagnes de la région de Racha. Sur l’asphalte, nous côtoyons de vieux tracteurs de l’époque soviétique et de nombreuses Lada.

Dès le 20ème kilomètre après la bifurcation, la route s’élève et les lacets se succèdent. Au sommet de ce petit col, à 595 mètres, petite pause avec vue sur le lac Tkibuli. De part et d’autre du lac, un conflit se prépare entre nuages noirs sur notre droite et derniers rayons de soleil sur notre gauche. Nous observons ce spectacle en compagnie d’un groupe de touristes, dont le guide nous offre d’appréciables morceaux de pastèques au moment où nous nous y attendions le moins. Nous profitons de cette pause pour enfiler nos tenues de pluie, le spot de camping sauvage visé semble, en effet, être déjà sous les nuages noirs.

Nous redescendons vers l’ancienne ville minière soviétique de Tkibuli. Aujourd’hui à l’abandon ou presque, les bâtiments tombent en ruines laissant la rouille gagner du terrain sur chaque recoin de métal. La ville traversée, nous grimpons un nouveau col qui débute dès les dernières rues de la ville. La route se poursuit sur un plateau où elle longe le lac Shaori et ses eaux claires. C’est sur ses rives que nous montons le campement que la pluie arrosera toute la soirée.

De bon matin, nous poursuivons notre périple en reprenant cette route qui longe le lac avant de descendre vers la ville de Ambrolauri. Nous bifurquons alors sur notre gauche pour emprunter une petite route de montagne dans un canyon formé par le lit de la rivière Rioni en contrebas. Des pierres jonchent à multiples reprises l’asphalte. Nous ne faisons pas les malins et restons vigilants, un regard toujours porté sur la paroi à notre droite. Entre le village de Lajana et la petite ville de Tsageri, la route s’élève de nouveau avant de redescendre, offrant sur ces points culminants de beaux points de vues sur ces décors montagneux.

Nous poursuivons notre route jusqu’à la grotte Prometheus. Nous parcourons 1,5 kilomètres de galeries sur les 11 que possède la grotte. La visite se faisant obligatoirement  avec une guide et en compagnie d’un important groupe de touristes ; nous nous positionnons en queue de peloton pour apprécier en silence l’impressionnante structure géologique du lieu. On se prend au jeu en essayant d’identifier des formes dans les différents stalactites et stalagmites. Un pur moment de fraîcheur et de poésie, à la recherche de vagues, de robes et de pieuvres glacées, lors de cette journée de grande chaleur.

Pour l’étape suivant, nous faisons une halte dans la ville thermale de Tskaltubo. Elle connut son âge d’or pendant les glorieuses années soviétiques. Ses sources d’eaux chaudes, très appréciées de Joseph Staline, sont à l’origine de la création d’importants bâtiments qui abritaient alors de vastes bains publics, des spas ou des resorts. Aujourd’hui tombés en désuétude, les immenses hôtels sont abandonnés. Nous en profitons pour faire une petite session “d’exploration urbaine” dans les ruines des bains publics n°8.

Nous arrivons en fin d’après-midi à Koutaïssi. Nous escaladons des petites rues étroites pour trouver un hôtel renseigné sur Booking.com. Mais à l’adresse indiquée, personne ! Nous discutons avec le voisin qui a créé une petite auberge avec deux chambres dans sa maison. Une adresse sans prétention, mais à l’accueil extraordinaire. Nous concluons cette journée par une bière sur la petite terrasse en bois en contrebas du jardin, les pieds dans la rivière Rioni. En remontant, alors que nous allions nous promener en ville en cette fin de soirée, nous sommes invités à boire le thé et une liqueur de vin en famille. Les enfants, dans le salon, fêtent un anniversaire sous une boule à facettes.

Le lendemain matin, après un nouveau copieux petit-déjeuner préparé par nos hôtes ; nous partons en vadrouille dans les rues de la ville. Nous passons devant l’imposant théâtre du Lado Meskhishvili, puis traversons le parc central avant de grimper, de l’autre côté de la rivière, jusqu’à la Cathédrale Bagrati surplombant la ville. Longtemps en ruines, ses travaux de rénovation qui se sont succédés sur l’ensemble du 20ème siècle viennent d’être achevés. Majestueuse, elle possède l’originalité, de part sa restauration, de posséder des ailes d’acier.

Lors de notre visite de nombreux popes se sont réunis autour du cercueil d’un défunt. Un choeur d’hommes réuni entonne des chants “a capella.” L’ambiance est à la fois pesante et belle de part les émotions qui résultent de cette cérémonie et de la beauté des lieux.

En milieu de journée, nous prenons la route en direction de la Mer Noire sur cet axe principal du pays, sur lequel circule de nombreux camions. Mais nouvel étrangeté, bien que cet axe soit des plus fréquentés, il nous faut tout de même ralentir à de multiples reprises, pour traverser des passages à niveaux.

Arrivés sur la côte, nous montons le campement dans le camping bien nommé de “black sea campsite” ; avant de dîner les pieds dans le sable noir, dans la petite cuisine partagée du camping et ses murs en bambou, pour ce qui sera notre dernière soirée géorgienne.

Avant de passer la frontière, nous faisons une première halte, quelques kilomètres après le camping, dans le parc qui met à l’honneur par d’étonnantes sculptures, des musiciens géorgiens et internationaux ; on y retrouve Edith Piaf en digne représentante de la France.

Nous passons ensuite la ville balnéaire de Batoumi et son architecture futuriste, pour rejoindre le poste frontière de Sarpi.

Arrivé dans les infrastructures de la douane, Emilie, Julien et Christoph s’occupent seuls de la traversée des véhicules vers la Turquie ; tandis qu’avec Marie et Maïka nous nous dirigeons, à pied, dans les bâtiments modernes du poste frontière. A l’intérieur, les infrastructures ressemblent à celles d’un aéroport. Les démarches administratives sont fluides, nous passons, en alternance, d’un guichet d’immigration à une boutique “Duty Free.” Nous sortons du bâtiment 15 minutes plus tard, passeports tamponnés ; et patientons de voir ressortir Emilie, Julien et Christoph.

Les side-cars sortirons, une petite heure après nous avoir laissé côté géorgien, sans même avoir ouvert une seule valise. C’est en revanche plus compliqué pour Christoph, qui avec des papiers du véhicule kazakh, écrit en russe, il lui est demandé de retourner à Batoumi, les traduire en Anglais.

C’est donc à la frontière que nos chemins se séparent. Nous convenons de nous retrouver dans quelques jours sur la côte Nord de la Turquie.

Malheureusement, à l’issu de ces quelques jours nous apprendrons que cette frontière restera infranchissable pour le UAZ. Maïka et Christoph rejoindront donc l’Allemagne en traversant la Mer Noire en ferry, de Batoumi aux côtes bulgares. Nos routes se recroiseront prochainement, en Allemagne, en France où sur n’importe quelle autre route du globe, reformant par la même occasion le “russian gang” !


NOS COUPS DE COEUR
Où boire un verre ?

Café Tatin
20, Mamulashvili street , Mtskheta

Une petite pause ombragée, dans une adresse à l’ambiance “so british,” où il fait bon de savourer une limonade bien fraîche.

Où dormir ? 

Restaurant My House
1200 Kostava St, Borjomi

Une adresse sympathique pour déguster une salade avant de s’atteler à une randonnée dans le parc.