Expériences lettones

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La planche à roulette

Je ne pensais pas, en débutant le skateboard à l’âge de 21 ans ; qu’un jour, descendre au guidon d’un Ural, les douces courbes d’un col de la Cordillère des Andes réveilleraient en moi une envie soudaine. Celle de prendre la planche pour se lancer dans une série de virages, sur cet asphalte noir mat et jouer de part et d’autre de la ligne jaune. Ce trait continue qui sépare la route en deux moitiés égales, avant de se déporter à l’extérieur de la courbe, comme une ligne de vie qui indiquerait la meilleure des trajectoires dans ces virages en épingle.

En Lettonie, le roller est roi, la trottinette n’a pas encore connu l’essor qui lui est réservé sur les trottoirs parisiens et les skateboards restent cantonnés à des spots spécifiques de la ville. C’est dans une boutique de bibelot rock’n’roll du centre historique de Riga que nous nous faisons conseiller l’adresse d’un skateshop. Mais une fois passé le pas de la porte de la petite échoppe consacrée aux sports de glisse, triste est de constater qu’une grande partie des rayons es consacrée aux « quatre roues en ligne ». Cependant, patientant gentiment sur les racks, une dizaine de boards se dorent la pilule derrière la vitrine. Il y en a pour tous les goûts, du longboard au cruiser en passant par la planche traditionnelle.

Alors que cet achat répond purement et simplement à un « coup de tête », nous fîmes tout de même avec Julien, un choix de raison. Au vu des nombreuses contraintes initiées par le voyage, il nous fallait une planche résistante aux vibrations et aux intempéries, tout en respectant notre budget serré. Cette envie passionnée ne pouvait effacer d’un simple revers de mains, toutes ces fois où nous avons fait le choix de l’économie pour s’offrir un tel petit plaisir, dont on ne sait pas s’il trouvera sa place sur ce side-cars déjà bien chargé

Bref c’est donc sur un cruiser en plastique vert pâle et aux roues de couleurs pastels que je jette mon dévolue.

Pour la première sortie, nous optons pour la piste cyclable qui longe le fleuve de la Gauja. Une jolie balade, sur les quais au coucher du soleil, qui marque le plaisir retrouvé de la glisse urbaines. Une reprise en main en douceur avant de s’attaquer aux lignes droites de la Taïga.

Le caleçon de voyage

La préparation du voyage a nécessité, plusieurs mois ; le choix des vêtements, plusieurs semaines ; le nombre de caleçons à mettre dans la valise, juste quelques secondes ! Loin de m’imaginer la souffrance qu’endurerait les sous-vêtements, face à notre nouvelle réalité du quotidien, je suis parti sereinement, avec 5 caleçons de ma vieille armoire. N’en emportant pas beaucoup, j’ai même eu le culot de prendre mes préférés ! N’imaginant pas une seul seconde que j’allais leur mener la vie dure.
Dès les premiers jours en Colombie, la réalité me rattrapa, m’obligeant à prendre conscience que la machine à laver serait un appareil électroménager qui deviendra un luxe. Force est de constater qu’avec moins de caleçons que de jours dans la semaine, pas le choix, il faut se plier aux joies de la lessive à la main. Le moindre robinet d’eau froide sonne alors le signal d’une touche de propre pour les sous-vêtements. Un exercice sympathique qui devient notre nouvelle routine à chaque douche croisée sur notre chemin. Mais voilà, les frictions du tissu et les torsions de l’essorage distendent rapidement les fibres de coton.

Les vibrations de la selle de notre destrier, sur les pistes d’Amérique du Sud, achèveront le travail. Et alors qu’habituellement mes caleçons avaient une expérience de vie de plusieurs années ; pendant le voyage les premiers trous apparaissent dès les premières semaines.

Inutile donc de vous préciser qu’à notre arrivée en Lettonie, le plus usé d’entre eux a déjà servi de chiffon de mécanique et qu’il est grand temps de changer les autres.
Pour cela direction le centre commercial du centre ville où je flashe sur l’imprimé feuillu de boxers d’une enseigne de prêt-à-porte peu éthique. Je me laisse tout de même séduire par le charme de ce motif, qui me permettra de porter toujours sur moi un petit bout de jungle laotienne.

La reprise du footing

Notre break de quelques jours à Riga est également l’occasion de prendre un peu de temps pour soi. Habituellement le rythme du voyage itinérant ne laisse que peu de créneaux disponibles pour s’adonner à un peu de sport. Cette interlude dans la capitale lettonne m’offre donc l’opportunité de rechausser les chaussures de running. En fin de matinée, je prends donc la direction du parc Bikernieku à l’Est de la ville pour m’y dégourdir les jambes. L’enthousiasme de cette sortie rend les premières foulées aériennes ; je trémousse même d’impatience à chaque feu rouge de la large avenue qui conduit au parc. Mais rapidement le poids du corps se fait ressentir, et chacun des pas s’alourdit ; tel un cauchemar où l’on souhaiterait courir pour fuir le monstre sans ne parvenir qu’à marcher.

Pour autant la séance reste agréable, je traverse la piste du circuit automobile pour gagner l’étang qui se situe au centre de la piste. Les rayons du soleil viennent se refléter dans ses eaux  après s’être frayés un chemin entre les branches des pins. Aucun vrombissement de moteurs ne vient perturber la quiétude des lieux, l’asphalte étant aujourd’hui d’avantage le terrain de jeu des bicyclettes et des rollers. La météo est clémente et a incité de nombreux citadins à venir profiter de l’espace de ce parc. Je croise ainsi, sur le large chemin cendré, des personnes âgées et des mères de famille poussant leur poussette. Ce sont mes spectateurs du jour, à chaque fois que je croise leur regard, esquissent un sourire ou me saluent d’un mot que je n’ai malheureusement pas compris mais ils me souhaitaient, très certainement, le bonjour.

Pour plus de piment, je quitte les grands axes du parc et suis le balisage d’un circuit VTT. Il emprunte un petit sentier qui monte puis redescend au rythme des petites buttes qui jalonne le parc.

Les douze coups de midi retentissent au loin et m’invite à regagner notre lieu de résidence. C’est pas le tout, mais un grand programme de révision mécanique nous attend cet après-midi.