Expériences Laotiennes

English version available here. 


 35h de vol pour quitter une réalité et basculer dans une nouvelle culture.

Voler à 10 000 mètres d’altitude, dans la carlingue d’un avion, c’est être entre deux univers. Tel le personnage de Rayman dans le jeu vidéo éponyme, tu avances sans te poser la moindre question en suivant le trajet en pointillé qui s’affiche sur la carte de ton écran. À l’image du petit personnage à la mèche blonde, on se laisse porter par la machine pour passer d’un « monde » à l’autre sans la moindre difficulté. Un voyage sans zone de turbulences qui nous permet de traverser le gouffre qui sépare deux univers aussi distincts que ceux qui obligent notre petit personnage en image de synthèse à se jouer de la forêt vierge en sautant de liane en liane ; avant de devoir s’approprier l’univers des notes de musique en maîtrisant ses glissades entre deux trompettes.

En quittant le sol Uruguayen nous laissons donc derrière nous, l’Amérique du Sud, sa langue, son histoire et sa culture, pour ouvrir la page Asiatique de notre Tour du Monde.

Le monde de Rayman est intéressant pour illustrer cette rupture brutale que créé un voyage en avion, mais un voyage de 35 heures sans péripéties, ce n’est pas dans l’ADN de notre voyage. Alors bien que dans les lignes ci-dessus, j’ai pu écrire que nous avions effectué un voyage “sans zone de turbulences”, laissez moi vous conter la véritable histoire de notre trajet Montevideo – Chiang Raï. 

L’histoire débute donc en Amérique du Sud, dans la capitale uruguayenne, un lundi du début du mois de mars. Notre première mésaventure, nous l’avons connue au moment de franchir le portique de sécurité pour rejoindre le corridor international. La police aérienne de l’aéroport refuse alors que nous accédions à l’avion avec nos casques de moto en bagage à main. Bien étonnés par cette mesure de sécurité, puisque par le passé nous avions déjà effectué des trajets en avion dans ces conditions, nous retournons donc au guichet de Air Europa, notre compagnie aérienne. Nous y rappelons nos bagages, envoyés en soute, pour filmer nos casques avec les sacs à dos et ainsi ne pas payer de bagages supplémentaires. Un léger contre-temps qui occupera l’avance que nous nous étions autorisés, avant notre embarquement.

Le premier vol pour rejoindre Madrid aura duré 11 heures. Nous arrivons dans la capitale espagnole à 6 heure du matin. En ce mois de mars, à la descente de l’avion, il fait frais mais pas froid. Dehors les espagnols portent, tout de même, tous un manteau d’hiver, alors que nous voyageons tous les quatre en tee-shirt. Nous avions presque oublié que l’hiver était toujours bien installé sur l’Europe à cette période de l’année.

Nous récupérons nos bagages en soute puis recherchons, sur un des écrans d’information de l’aéroport, le terminal qui nous permettra de faire notre enregistrement pour le vol suivant. Il nous aura fallu quelques instants pour trouver l’information recherchée ; en effet, notre premier vol se dirige vers « Estocolmo », ce nom si chantant qui se traduit par Stockholm en français.

Au comptoir de la compagnie Norwegian Airlines, nous souhaitons réaliser notre « Check-in » pour nos deux prochains vols. Nous les effectuerons tous les deux dans les avions rouges de la compagnie. Le premier nous conduira donc à Stockholm pour une courte escale avant de s’envoler dans un second avion pour Bangkok. Mais à notre surprise, lors de l’enregistrement, la compagnie nous demande de présenter le billet retour qui justifie que nous quitterons le territoire thaïlandais sous 30 jours (période de validité de notre visa). N’étant pas en possession d’un tel billet, puisque notre projet est de traverser dans les premiers jours suivant notre arrivé, la frontière avec le Laos par voie terrestre, une petite montée de stress se fait ressentir. Nous finissons par acheter quatre billets factices sur un site spécialisé, que nous présentons au guichet d’enregistrement ; l’hôtesse au comptoir prenant alors en charge nos bagages sans poser la moindre question.

Aucun de nous quatre ne voit les nuages entre Madrid et Stockholm, profitant de ce vol de 4 heures au dessus de l’Europe, pour rattraper un peu de sommeil. A notre descente de l’avion, il neige, et le thermomètre annonce -4°C. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas connu de température négative.

Notre vol pour Bangkok décolle à l’heure prévue. Son trajet en revanche est rallongé d’une heure du fait de la situation géopolitique entre l’Inde et le Pakistan qui empêche le survol de la zone. À bord de de cet avion et malgré les 11 heures de vol, pas de repas pour nous. Nous ne savions pas qu’il fallait les réserver en amont et refusons de payer une somme astronomique pour de minuscules sandwiches proposés par les stewards.

Nous atterrissons à Bangkok à 8 heure du matin, heure locale, et nous nous mettons en quête de notre dernier billet pour atteindre dans la journée, la ville de Chiang-Raï, au nord du pays. Une fois le vol avec la compagnie Thaï-Smile réservé, nous savourons notre premier Pad-Thaï. Un moment salvateur après notre jeûne de quelques heures, suite à notre mésaventure sur le précédent vol. Il nous faut ensuite patienter dans l’aéroport jusqu’à 18h50 pour réaliser notre dernier embarquement.

Notre atterrissage sur les coups de 20h30 dans le petit aéroport de Chiang-Raï, vient conclure les 57 heures de trajet dont 26 heures et 40 minutes de vol depuis notre départ deux jours plus tôt de Montevideo. Un voyage qui se conclut par un petit concert de musique traditionnelle thaïlandaise pendant que nous attendons l’arrivée de nos bagages sur le tapis roulant. C’est bien dans un nouveau monde de Rayman, que nous venons d’entrer…

 Le Laos et la culture de la banane

Sur les pistes du Laos nous traversons de nombreuses bananeraies. Cette culture est l’une des principales sources de revenus de ces zones rurales isolées. Elle s’est fortement développée ces dernières années, du fait qu’elle offre l’important avantage de ne pas être saisonnière et donc de pouvoir être récoltée toute l’année. Ce fruit est ainsi devenu le produit le plus exporté par le pays, vendu en grande majorité à son puissant voisin, la Chine. En empruntant ces routes en terre, reculées, nous pouvons observer dans les champs voisins, de nombreux “ouvriers”. Il est aujourd’hui difficile de les qualifier de “paysans” tant leurs tâches semblent orchestrées à la manière d’une ligne de production.

Lors d’une pause salvatrice, sur le bord de la route, après plusieurs dizaines de kilomètres entre poussière et nids-de-poule, nous nous arrêtons en file indienne, derrière deux camions stationnés le long de la piste. Perchés sur le sommet de leur remorques, des hommes y chargent un maximum de ces bananes, tout juste récoltées. Sous des cabanes de fortune qui les protègent du soleil et de sa chaleur d’autres ouvriers effectuent un premier tri, entre les fruits abîmés et ceux qui sont à peine mûrs, pourront prendre la direction de la Chine.
Cette ambiance de travail, offre aussi de jolis moments de partage. Notre arrêt, par exemple, rompit avec le quotidien routinier de cette bananeraie. Il éveilla la curiosité de tous ses travailleurs. Les plus téméraires, intrigués, s’avancèrent pour nous offrir le fruit de leur récolte, et nous faire découvrir leur quotidien de labeur. Un sourire apparut sur toutes les lèvres lorsqu’ils s’essayèrent à communiquer avec nous, sans que nous ne comprenions un seul mot de laotien. Une situation incongrue qui enchanta cette équipe et offrit un nouveau rayon de soleil dans notre périple poussiéreux.

Le concert de Pop Laotienne

Le soir de l’anniversaire de Gilles, nous nous mettons en quête d’un karaoké pour célébrer la fin de la journée. Au Laos, comme partout en Asie, le karaoké est très à la mode. Les Laotiens, plus ou moins jeunes, se donnent rendez-vous pour interpréter les derniers tubes de variété.

Après une escapade en tuk-tuk, nous arrivons près du stade municipale, quartier dénué de touristes, où les laotiens viennent profiter des ardeurs de la nuit. C’est sur le “Sun” que nous jetons notre dévolu. Mais à l’image des autres karaokés locaux, il s’agit de location de salles privatisées, pour pousser la chansonnette entre amis. Ces petits espaces ne nous permettant pas de présenter nos classiques de la variété française à la jeunesse locale, nous optons donc pour un verre dans la grande salle du bar de nuit.

À notre entrée, nous découvrons être les premiers clients. L’immense salle n’est meublée que par une dizaine de rangées de “mange-debout.” Plongée dans le noir, la scène est éclairée seulement par les spots, jusqu’au bar situé à l’autre bout de la pièce. Dès la porte franchie, nous sommes invités à prendre place autour de deux « mange-debout ». Le groupe “The Sakhan” occupe la scène. Chaque membre du groupe sort tout juste de l’adolescence, et à l’image des chanteurs de la K-Pop, adopte un look très réfléchi, avec bandana et cheveux peroxydés. Progressivement la salle se remplie, les amis du groupe sont venus encourager leur protégés. Ils chantent à tue-tête les compositions du groupe mais aussi chacune des reprises qu’ils font, des tubes de la pop-culture. Une expérience originale qui se conclura dès le remplacement sur scène, du groupe de Pop-Lao, par un DJ dont les platines crachent depuis les enceintes un son techno pour lequel nous sommes bien peu sensibles.

 La noodle-soup du petit déjeuner

Le petit-déjeuner est un moment clé de notre quotidien qui symbolise aussi bien sa banalité que sa répétition. Mais en voyage, il devient un moment privilégié où l’on prend plaisir à prendre son temps pour l’apprécier. On s’assoit à une table en terrasse pour savourer cet instant présent et observer l’effervescence des rues en ce début de journée.

Marqueur de la mondialisation dans la plupart des hôtels ou auberges, il est servi le petit déjeuner, dit “continental”. Chacun essaie alors de le recopier aussi bien que possible. Composé de son café, son chocolat ou son thé ; de son pain, sa confiture et de ses viennoiseries, il est pourtant bien difficile à imiter lorsqu’on ne maîtrise pas cet artisanat ancestral. Mais il permet au voyageur de commencer sa journée “en milieu hostile”, en toute sérénité ; et ce bien qu’il aille à l’encontre des traditions, de la plupart des pays qu’il visite.

Au Laos comme dans la majorité des pays voisins, les habitants mangent des plats relativement similaires du petit-déjeuner au dîner, souvent composés de nouille ou de riz “collant” accompagnés de poulet et de légumes.
La “noodle-soup” (dont la traduction française moins poétique nous donne une jolie “soupe de nouilles”) est la spécialité de rue au Laos, et le plat le plus célèbre. Petit-déjeuner de base des laotiens, elle est avalée en quelques minutes par les écoliers avant de se rendre à l’école, mais se mange également toute la journée. Peu importe où l’on se trouve, il est possible de trouver une échoppe et d’en commander une pour la modique somme de 1,5 €. Nous consommons ce plat, véritable colonne vertébrale de notre régime alimentaire dans ce pays, une à deux fois par jour.

Alors quand, au milieu des montagnes laotiennes, nous ressentons une certaine overdose envers la traditionnelle noodle-soup, et que nous vient une folle envie d’un petit-déjeuner continental ; il faut alors faire preuve d’inventivité pour trouver les ingrédients de notre festin. Se procurer des œufs dans une échoppe et négocier de pouvoir les cuisiner dans un restaurant, accompagnés d’un café ou d’un thé. À Long, après la visite de trois échoppes, nous finissons par mettre la main sur notre précieux sésame. Et trouvons dans la foulée un petit restaurant qui accepte que nous préparions cette fameuse omelette dans ses cuisines. Gilles se faufile alors derrière le rideau en compagnie de la chef cuisto. Il lui révèle les secrets de sa recette, qu’il agrémente de quelques feuilles de coriandre. En guise de boisson chaude, nous accompagnerons ce festin d’un sachet de café soluble ; dont les dosettes, fruit de la mondialisation, se vendent partout à travers le monde. Un petit-déjeuner, loin des standards des luxueux hôtels, et de nos petits-déjeuners qui ponctuaient notre routine française ; mais qui nous offre un joli moment de partage culinaire au cœur des montagnes laotiennes.

Fumer du tabac laotien

Lors de notre aventure en pirogue le long de la rivière Nam Ou, Nudo, notre guide, nous conduit dans un petit village où le tabac est cultivé. Les plants sont cultivés dans des champs irrigués par la rivière aux abords du village. Les larges feuilles, une fois jaunies, sont récoltées avant d’être mises à sécher sur des toiles en bambou, au soleil. Elles sont ensuite coupées finement, à la main à l’aide d’une longue machette et d’un poteau en bois. Lors de notre visite du village, nous découvrons cet artisanat ancestral. La femme interrompt alors son activité pour nous faire goûter le fruit de son travail. N’ayant pas de feuilles à cigarettes sous la main, elle s’éclipse quelques instants, avant de revenir, une feuille d’un cahier d’écolier à la main. Elle en distribue un petit rectangle à chacun de nous, n’étant pas de grands fumeurs, nous nous lançons alors dans un petit concours de “roulage de cigarette” ; inutile de vous préciser que le résultat ne fut pas des plus réglementaires… Vient alors le grand moment de goûter à ce tabac artisanal. Malheureusement nous ne pourrons pas vous dire si ce tabac est d’une qualité supérieurs, mais après quelques toussotements, une chose est certaine, le papier à grands carreaux offre un charme tout particulier à cette expérience.