Expériences Chiliennes

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Abricots de Salamanca

Il est de ces rencontres incongrues que seul le voyage, accompagné d’un zeste de side-cars, peut offrir. Quelques kilomètres avant la petite ville chilienne de Salamanca, nous nous arrêtons au milieu de la Réserve Nationale des Chinchillas dans l’espoir d’observer ce petit rongeur. Malheureusement, très peureux, et ayant pour habitude de se promener plutôt en fin de journée, il ne pointera pas le bout de son nez. Contrairement à un local, qui au volant de sa camionnette, nous suivait depuis déjà quelques kilomètres. Intrigué par nos bolides, il s’est arrêté à notre hauteur pour échanger quelques mots.

Pour affronter la suite de notre étape, il nous donna à chacun un abricot. Cette petite perle orange, n’avait jamais été si juteuse ! Voyant notre intérêt pour le fruit de sa récolte ; papi nous montra le contenu de sa benne. Une pyramide de fruits y était entreposé et ce n’est pas avec une poignée d’abricots que nous reprîmes la route, mais avec un sac plein…

La tradition de l’épouvantail lors du Nouvel An chilien

Nous sommes le 31 décembre et c’est sur les coups de 20 heures que se termine l’après-midi mécanique avec Alex. Nous nous lavons en vitesse entre les deux conteneurs, dans la moitié de bidon qui fait office de « douche de mécano. » Nous enfilons une chemise pour l’occasion, puis montons chez les voisins, pour partager avec eux la soirée de réveillon. À la main, nous tenons les crêpes au jambon-fromage et chocolat, cuisinées l’après-midi, en parallèle de la mécanique, sur notre réchaud de camping. Nous avions au préalable tenté la cuisson au barbecue, sans succès.

À minuit pour se souhaiter la bonne année, nous ne trinquons pas avec un verre de bulles comme il est de coutume en France ; mais l’on se prend tour à tour dans les bras et échangeons de chaleureux “abrasos”.

Puis vient le moment de brûler l’homme des malheurs. Il est en effet de tradition, au Chili comme dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, de confectionner pour cette soirée, un épouvantail habillé avec de vieux vêtements. Peu de temps avant minuit, nous avons préalablement écrit sur un petit bout de papier, ce que nous voulions voir disparaître en 2019 ; puis l’avons glissé dans l’épouvantail. À minuit, l’homme de paille est enflammé pour laisser derrière lui tout ce qui a été négatif et ainsi démarrer la nouvelle année d’un bon pied.

Le trolleybus de Valparaiso sur l’Avenida Colon

Les différentes avenues situées entre la baie de Valparaiso et les « Cerros » perchés sur les collines sont le terrain de jeu des trolleybus. Les nombreux câbles qui permettent la propulsion des bus garnissent les carrefours d’un fin plafond. En les suivants, le voyageur peut déambuler dans la citée colorée, à la découverte des principales places de la ville (la place Victoria, la place Sotomayor, etc.). Après un copieux repas, et avant de s’attaquer à pied à la visite des quartiers perchés sur les collines ; nous faisons le choix de préserver nos forces et remontons l’Avenida Colon, assis dans ce transport public d’un autre temps. La majorité des véhicules circulant sur le réseau ont été construits entre 1946 et 1952 . Ces véhicules sont à ce jour les plus anciens trolleybus encore en service dans le monde.

Dès la montée des premières marches, nous voilà replongés soixante ans auparavant, la cabine du conducteur est chaleureuse (contrairement à de nombreux bus moderne, où ils semblent bunkerisé), les poignées en cuir sont accrochées au plafond telles des lampions et les sièges rembourrés offrent une place de premier choix. Lorsque les portes s’ouvrent, chaque voyageur tourne son regard vers les nouveaux venus avant de laisser s’échapper son esprit devant cette rue qui défile sous les roues. Nous n’aurons passé que quelques minutes dans ce trolleybus mais, déjà, la magie a opéré et c’est avec une pointe de nostalgie que nous descendons à l’arrêt Plaza Victoria…

La parilla de Santa Clara

En fin d’après-midi, après une belle journée sur la route, nous nous mettons de nouveau en quête d’un spot de camping sauvage. Passé le petit village de Santa-Clara, nous empruntons une piste sur quelques kilomètres pour atteindre la rivière Palpal. À notre arrivée sur le site, la fête bat son plein. De nombreuses familles et de jeunes fêtards sont venus profiter de la rivière pour la soirée et la nuit. Malgré cette effervescence, et ce bien que l’on soit habituellement adepte de spots de camping sauvage plus tranquilles, nous montons le campement sur les rives de cette rivière.

Après un échange de quelques mots, les voisins Tony et Gennaro nous invitent à une parilla. Ravis de la proposition, nous acceptons. Il montent alors dans le 4×4 de Tony pour aller chercher de la viande. A notre surprise, à leur retour, c’est le barbecue tout équipé qui est descendu de la benne du pick-up. Alors que nous nous attendions à rejoindre leurs amis autour d’un barbecue « public », c’est en fait uniquement pour nous que cette parilla a été ramenée par Tony et Genarro. Ils s’activent alors à préparer la plus belle braise pour que l’on garde un souvenir impérissable de leur village, Santa Clara. La viande est un délice et le tout est arrosé d’un peu de Pisco chilien, qui pour Tony, légèrement chauvin sur le sujet, est « le meilleur Pisco du monde, partagé dans le plus beau village du monde, avec la meilleur compagnie du monde. » Le lendemain, malgré ses indications précises qui nous disaient de nous rendre dans la plus grande maison du village, nous ne parvenons malheureusement pas à trouver Tony pour honorer son invitation pour le petit-déjeuner.

Chausser les crampons pour marcher sur le glacier

Notre journée sur le glacier des explorateurs débute de bon matin lorsque nous sommes récupérés par notre guide Maria-José au camping de la Nutria. Maria-José est un petit bout de femme plein d’énergie au volant d’un gros van Ford à l’ancienne. Sur la piste qui nous sépare du premier check-point, au son de Deep-Purple, elle conduit comme une « pilote », faisant glisser l’arrière de la camionnette, sur la poussière de chacun des virages. Ce trajet, elle le connaît par cœur et pourrait le faire les yeux fermés, à la manière de Michel Vaillant.

Arrivés au premier check-point, nous devons prendre une barque pour traverser un petit lac. Il s’est formé, quelques mois auparavant à la suite d’une rupture de la roche qui libéra l’eau retenue plus haut sur la montagne. Cette eau a alors enseveli la route en contrebas, obligeant les explorateurs à créer un bac de fortune pour pouvoir se rendre au point de départ de l’excursion.

Une fois notre baluchon d’équipement sur le dos, et les conseils de Maria-José enregistrés, nous prenons le départ de cette aventure. Elle débute en longeant l’une des rivières formées par la fonte du glacier, puis nous traversons un champs de rochers dont l’accumulation s’est créée avec l’avancée progressive du glacier. Puis, nous effectuons nos premiers pas sur le « champs de glace ». Les premiers kilomètres se font sur un revêtement gris qui n’est autre que le glacier recouvert d’une importante couche de poussière de roche, de sable et de petits rochers.  Cette partie est appelée « le glacier souillé » et précède « le glacier blanc ».

Après une heure de marche et une pause ravitaillement, nous chaussons nos guêtres et nos crampons. Les premiers pas sont laborieux, la sensation est la même que lorsque l’on chausse pour la première fois des chaussures à talons. Nous n’avons alors pas le choix, pour nous déplacer plus aisément et sans risque sur le glacier, nous devons réapprendre à marcher. Maria-José nous délivre donc de précieux conseils pour nous déplacer avec notre équipement. Tout d’abord sur le plat, avant de s’essayer à grimper puis à descendre sans se laisser emporter par la pente. Le secret est de ne pas hésiter à planter avec vigueur ses crampons dans la glace, quitte à en rajouter un peu. Maîtriser la marche sur les différents profils de glace est une condition sine-qua-none pour s’aventurer ensuite sur le glacier. Le champs de glace s’étend sur 4200 km2. Il est composé de petites flaques avec une eau d’un bleu ciel intense, des crevasses et des tunnels. Nous suivons la fougue de Maria-José, qui nous conduit d’un mirador à une cascade ; d’une arche à un tunnel, au pas de course, pour que nous puissions voir le maximum de ce trésor blanc. Seul bémol, il nous aura fallût sacrifier une paire de lunettes de soleil dans les eaux turquoise de l’une des crevasses pour goûter au plaisir de se glisser, pour cette journée, dans la peau d’explorateurs de glaciers.

Se faire offrir de la confiture sur le ferry

À une petite centaine de kilomètres de Villa O’Higgins, sur l’embarcadère du ferry qui traverse le Rio Bravo, il est 10h quand nous nous présentons en marche arrière devant le ferry pour l’embarquement. Le traversier a déjà englouti plusieurs voitures et camions. Et ce sont les motos qui ferment donc la marche. Nous garons les side-cars devant un camion de chantier imposant. N’ayant pas pris le temps de petit déjeuner pour attraper le premier ferry, nous sortons dès les premières minutes de traversée, les tartines de beurre et le jus d’orange. Juan, nous observe depuis la cabine de son poids-lourd. Intrigué, il descend échanger quelques mots. Quelques minutes plus tard, il nous tourne les talons puis revient avec le thermos de café et la confiture de prunes cuisinée par sa femme. Sur le pont du bateau, c’est donc un petit-déjeuner de champion qui s’offre à nous. Une expérience improbable qui met du baume au cœur des voyageurs que nous sommes.