Expériences argentines

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Une nuit en caravane à El Chalten

Pour notre deuxième nuit à El Chalten, les prévisions météo nous prédisaient une nuit de tempête, avec de fortes rafales de vent. Nous avons donc pris la décision de troquer nos tentes pour un autre type d’hébergement en adéquation avec notre budget. Après avoir regardé les différentes offres de location, nous avons finalement jeté notre dévolu sur une belle caravane au look « rétro ». Stationnée entre deux maisons, elle est arrimée au sol à l’aide de fanions ; un élément qui nous rassure tout particulièrement au moment de prendre possession de notre hébergement pour la nuit.

Une fois installés dans notre humble demeure, nous rassemblons notre courage, pour affronter le vent qui se lève. Direction la petite supérette du village, pour mettre la main sur quelques gourmandises qui accompagneront cette soirée qui s’annonce mémorable. Bières, saucissons et fromages, constitueront un apéritif digne des jours de fête ! La caravane dansera au rythme des rafales pendant la soirée et une bonne partie de la nuit.

Au réveil, la vie s’organise dans les 7m2 de la pièce de vie : maté pour le petit-déjeuner, enchaînement des douches dans la minuscule salle de bain avant de lever le camp, et de reprendre la route vers le sud.

Le footing de bon matin sur la plage de Rada Tilly

La plage de Rada Tilly est une belle étendue de sable de près de quatre kilomètres. Elle est bordée par l’océan à l’Est, et par la digue de la petite station balnéaire à l’Ouest. En cette période estivale, elle est très fréquentée, et ce jusqu’au coucher du soleil. Les ballons de foot, appelé ici « Pelota, » ont fleuri aux quatre coins de la plage. Ils circulent entre les pieds de tous les jeunes gens qui s’adonnent à des parties de « tennis-ballon » spectaculaires.

En revanche au lever du jour, la plage est réservée au plus téméraire. La session running débute dès la sortie du camping, par une petite foulée d’échauffement jusqu’à la plage. C’est sur le sable encore humide de la précédente « marée haute », alors que le soleil commence à fendre l’horizon, que « les hostilités commencent. » Les chaussures de running sont retirées pour apprécier la sensation du sable entre les doigts de pieds. Les premières foulées sont lourdes. A chaque pas la même impression ; la plage paraît être une immense étendue de sable mouvant. Mais progressivement, les sensations reviennent et les foulées deviennent plus aériennes. À cette heure matinale, deux autres joggeurs courent le long de la digue. Le parcours n’étant pas très long, nous nous croisons à de multiples reprises. La première fois, par pudeur, chacun regarde ses pieds ; la seconde fois, les regards se croisent ; les fois suivantes, un jeu d’intox se met en place, pour ne rien laisser paraitre de son état de fatigue.

Avant de regagner le camping, une petite baignade de récupération s’impose. L’eau est fraiche, mais les quelques longueurs, dans cette petite baie, sont savoureuses ; tout comme le bon petit-déjeuner qui m’attend avec les copains. La journée commence alors sous les meilleurs hospices.

Une partie de baby-foot sur la plage de Las Grutas

Lors de notre étape à San Antonio Oeste, nous avons passé un après-midi à la plage “de las piedras coloradas” à quelques kilomètres de notre lieu de villégiature. Après une petite marche dans le sable, nous nous partageons, en guise de déjeuner, une assiette de fruits de mer et de calamars frits, dans une petite cabane de bord de plage.

Avec Julien, en attendant nos mets, nous nous lançons dans une petite partie de babyfoot sur le vieux terrain de jeu qui trône devant la terrasse du snack. Le jeune serveur se rapproche alors de nous et propose d’échanger quelques balles avec le gagnant de cette confrontation au sommet. Le Pouzauges Bocage Football Club finira par l’emporter face au Ploërmel Football Club, au terme d’une partie épique ; menée 3-0 les blancs et bleus finiront par réaliser une mémorable “remontada” face aux noirs et blancs.

Lors de la rencontre suivante entre la « Céleste » et les « Bleus » ; les balles transpercent les filets des deux équipes à de nombreuses reprises, sans qu’on ne puisse avec certitude désigner un vainqueur lors de cette rencontre avant tout amicale. Finalement les “Bleus” marquent le point pour remporter une bouteille de soda !

Une fois notre assiette dégustée et en attendant que la pluie ne cesse, nous échangeons quelques mots avec le cuisto, sur la situation économique, politique et sociale de l’Argentine. Une rencontre enrichissante tant sur le terrain qu’en tribune, qui est venue conclure une belle après-midi en bord de mer.

L’interview pour la radio locale à Colonel Pringles

Après une matinée sur la route à suffoquer sous une chaleur de plomb, nous faisons une pause déjeuner à l’ombre des arbres du centre-ville de Coronel Pringles. Intriguée par nos bolides, une femme bien apprêtée s’approche alors de nous et nous interroge sur notre voyage. Elle se présente comme étant la journaliste d’une chaîne de radio locale. Intéressée par notre romance, elle joint son collègue par téléphone et l’invite à la rejoindre pour réaliser une interview filmée. Embêté, son collègue dans un premier temps décline l’invitation, souhaitant se rendre en priorité sur la rocade qui contourne la ville où un poids lourd vient de se renverser. Mais c’est sans compter sur la ténacité de sa collègue qui insiste et le convainc de nous rejoindre. « Ce n’est quand même pas tous les jours que l’on accueille, dans notre ville, quatre jeunes français qui font le tour du monde en side-cars », dira-t-elle. À son arrivée, ni une ni deux, le cameraman déballe son matériel et nous voilà, en moins de cinq minutes, tous les quatre alignés devant la caméra, impressionnés par la situation. Il faut alors, à tour de rôle, improviser et balbutier quelques mots en espagnol en réponse aux questions de la journaliste. Une belle expérience ! En fin d’après-midi c’est l’heure de gloire, notre article est publié sur le site internet de la chaîne “El diario de Pringles” ; le début de la célébrité…

Le carnaval de Gualeguaychu

Le carnaval de Gualeguaychu est célébré chaque début d’année, entre début janvier et début mars. Il est surnommé Carnaval del País, du fait qu’il soit le plus important d’Argentine. Dans son enceinte pouvant accueillir jusqu’à 40 000 personnes, il est le deuxième plus grand carnaval d’Amérique du Sud après celui de Rio. Les « comparsas » (centres sociaux ou de quartiers) de la ville y défilent, tous les samedis de cette période estivale, au son des « batucadas » (troupes de percussionnistes) endiablées. Chaque année, un thème est choisi par la “comparsa”, dont le défilé commence par un couple d’ambassadeurs, qui portent le drapeaux au couleurs du club. Ils devancent les danseurs et danseuses, dont les costumes peuvent peser jusqu’à 80 kg et contenir plus de 2 000 plumes ; et les chars dont le dernier n’est autre que celui de la “batucada”.

C’est par Riccardo et sa famille que nous avons appris l’existence de ces festivités. Nous avons donc légèrement adapté notre itinéraire pour arriver en fin de semaine dans cette petite ville, à la frontière Uruguayenne.

Nous entrons dans les rues de Gualeguaychu, en début d’après-midi, le vendredi 22 février. Rien ne laisse paraître que la ville connaît d’importantes festivités. C’est au camping municipal que nous récupérons les premières informations sur le carnaval. On y apprend que pour acheter des billets pour la représentation du lendemain, nous devons nous rendre à « la Pasarela del Corsodromo » ; le lieu des festivités, qui n’est autre qu’une immense avenue, bordée de gradins.

Arrivés par l’une des extrémités de cette avenue, nous remontons derrière les gradins jusqu’à la vieille gare, au milieu de cette artère, aujourd’hui réaménagée en tribune « présidentielle ». Sur la droite du bâtiment, nous nous faufilons par un petit passage qui nous permet d’arriver au centre de la « pasarela » ; de part et d’autres, les gradins nous entourent. Notre imaginaire prend alors le contrôle de notre esprit ; nous voici pris à rêver de danser au milieu de cette longue ligne droite au son des percussions.

De l’autre coté de la vieille gare, la billetterie nous ramène à la réalité et nous place devant un choix cornélien ; quels sièges souhaitons nous occuper pour assister au spectacle ? Nous suivons les conseils de la vendeuse et optons pour une place en hauteur juste après la tribune présidentielle, afin de profiter au maximum du cœur du spectacle, à une hauteur suffisante pour apprécier l’immensité des chars. Il nous faut regagner notre camping et patienter jusqu’au lendemain, des rêves pleins la tête.

Oui mais voilà, un violent orage c’est abattue sur la ville, pendant la nuit et au réveil, la pluie ne cesse de tomber. Rien de titanesque, mais tout au long de la journée, les averses se succèderont. Le lancement du carnaval est prévu pour 22h et, toute la journée, nous guettons les informations pour savoir si le défilé aura bien lieu. Ce n’est qu’à 21h, alors que la pluie et l’orage ont repris, que l’organisation du festival annonce son report au lendemain soir. Il nous faut donc rester une nuit de plus dans la petite ville de Gualeguaychu.

La journée sera une nouvelle fois placée sous le signe de l’humidité, mais rien d’aussi cataclysmique que les jours précédents. Et après une journée occupée par une baignade dans le rio et un barbecue ; nous prenons place à 20h dans les gradins. Le début du show a été avancé à 21h ; et c’est à cette heure précise que les premiers sons de tambours retentissent, annonçant le début du défilé de la première « comparsa. » L’ambiance est très festive, les spectateurs soutiennent chacun des clubs, donnant un peu plus de voix quant apparaissent les couleurs de leur cœur. Les costumes et les chars sont magnifiques, hommes et femmes se déhanchent et avancent au rythme des percussions dont les sonorités ressemblent à celles de la « samba ». Les quelques 3 000 danseurs encadrant la dizaine de chars, défileront sous nos yeux pendant près de trois heures. Et c’est des étoiles pleins les yeux que nous regagnons le camping, pour une nuit où les danseurs et tambours viendront envouter nos rêves. Au réveil, il nous faut prendre la route, et la direction de l’Uruguay ; laissant derrière nous Gualeguaychu et ses festivités qui ont rendu la ville si colorée malgré la météo contrastée que nous y avons connue.