De San Pedro de Atacama à Puerto Montt – 22 jours – 2408 mètres d’altitude

English version available here.


Nous entrons au Chili par le nord du pays. Passé le Volcan Licancabur, qui marque symboliquement la frontière avec la Bolivie, nous effectuons nos premiers kilomètres au coucher du soleil. Autour de nous, montagnes, lacs et désert de sel. Le vent souffle d’ores-et-déjà ; et avec les températures fraiches à la nuit tombée, il nous tarde de nous glisser sous nos duvets pour nous réchauffer.

Nous passons la nuit dans un petit camping sur les rives de la rivière Loa. Pour notre première journée chilienne, nous rejoignons le village de San Pedro de Atacama, au milieu du désert du même nom.

Ce désert est réputé pour être le plus aride du monde. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas été clément avec nous. Pendant notre séjour, nous avons dû faire face à de fortes rafales de vent ; faisant virevolter le sable dans les tentes et les moindres recoins de nos affaires. Une chaleur étouffante nous a également joué des tours, et il n’a pas été simple de s’acclimater aux 45°C ressentis lorsque nous partions à la découverte de la région.

Au guidon de nos side-cars, nous rendons visite à la vallée de la lune. Située à l’une des extrémités du désert, elle forme un long canyon entre des falaises. Sous l’une d’elle, nous avons exploré une caverne dont les cristaux de sel ornent les parois. Le sel du salar d’Atacama provient du sol volcanique de la région environnante. Quelques kilomètres plus loin, nous avons pris notre courage à deux mains pour gravir, sous un soleil de plomb, la plus haute dune du désert.

Avant de rentrer au campement, nous explorons le site archéologique de Pukara de Quitor. Après avoir contemplé la vue sur le désert, seul véritable intérêt de ce site à nos yeux, nous rentrons nous rafraîchir à l’ombre du village. San Pedro de Atacama, c’est de jolies petites rues en terre battue, entourées des murs de petites maisons fait de torchis. Il y règne une ambiance particulière, entre tourisme et spiritualité, qui ne peut laisser indifférent le voyageur.

Après une vidange, nous démontons notre campement et prenons la direction de la côte Pacifique. Nous arrivons quelques centaines de kilomètres plus loin dans la ville portuaire de Antofagasta. Avec son atmosphère californienne, cette ville est tournée vers l’océan. Son port, au cœur du centre-ville, est son poumon économique ; dans lequel patiente de nombreuses caisses colorées. Ce sera pour nous l’escale de Noël. Des festivités que nous passerons les cheveux au vent, à savourer la fraîcheur de l’air marin après la chaleur du désert.

Pour le plaisir de nos papilles, nous cuisinons quelques recettes autour de l’ingrédient qui nous a la plus manqué : le fromage ! Nous avons pu en dégoter différentes sortes dans le gros centre commercial du coin. Et oui, le Chili, considéré par ses voisins Sud-Américains, comme les « Etats-Unis d’Amérique du Sud », nous offre l’opportunité de trouver de nombreux produits importés. Fromages, baguettes ; de quoi se cuisiner de bons petits plats pour les fêtes et assouvir un peu le manque de certains mets français…

Une fois rassasiés, nous enfourchons de nouveau nos bolides en direction du sud. La Ruta 5 transperce le désert de ses lignes droites quelque peu monotones. Au milieu des dunes et des rochers, apparait La Mano del Desierto, une sculpture réalisée avec précision dans la roche par le Chilien Mario Irarrázabal en 1992. Du haut de ses 11 mètres de haut, elle nous offre un peu d’ombre et une belle protection au vent pour notre pique-nique. Mais nous aurions besoin surtout d’un coup de « son » pouce, pour quitter au plus vite cette étendue de sable.

Nous quittons la Ruta 5 pour longer le Pacifique. Nous  retrouvons la fraicheur de l’air marin à hauteur du petit village de Paposo. Avec le vent, toujours aussi présent, une mousse blanche se forme sur l’océan. La côte, elle, est déserte et mis à part trois quatre maisons, faites de bric et de broc, vendant quelques babioles ; nous ne croisons pas une âme qui vive avant notre arrivée dans la petite ville côtière de Taltal.

En poursuivant notre descente vers le sud nous atteignons « Bahia Inglesa », une jolie plage de sable blanc dans une baie aux eaux claires. Après une nuit au milieu d’une oliveraie artisanale, nous poursuivons notre descente par la côte. La piste succède alors à l’asphalte. La zone est de nouveau désertique, le littoral est rocheux et totalement dénué de toute urbanisation. Seul le petit village de pêcheurs de Carrizal Bajo affronte les conditions difficiles de cet environnement.

Après plusieurs heures de route, nous arrivons dans la vallée des « oliviers centenaires » qui après avoir longée la rivière Huasco, débouche sur le port du même nom. Nous nous promenons sur sa digue, impressionnés par l’entraînement forcené de deux jeunes kayakistes, puis intrigué par deux masses marrons, flottant sous l’une des passerelles du port. Ce sont deux lions de mer qui se laissent bercer aux rythme des vagues.

C’est à Huasco que nous quittons le littoral pour rendre visite à Alexander, le seul importateur de side-cars Ural en Amérique du Sud. Le désert et la côte laissent alors la place à de jolis petits monts vallonnés sur lesquels sont cultivés olives et raisins. Après quelques courbes et une nuit sur les rives du lac Cogoti, nous atteignons Salamanca. C’est à quelques kilomètres de là, après avoir suivi une dernière piste et franchi un petit gué, que nous atteignons la demeure de notre hôte. Nous y passons trois jours entre mécanique et soirée de nouvel an. A la fois le nez sous les sides-cars, les mains dans le cambouis et finalement à danser au son de la guitare de Paco de Lucia. Au terme de ces trois jours, c’est en compagnie d’Alex que nous prenons la direction de Valparaiso.

Avec lui pas d’autoroutes, il connaît la région comme sa poche. Et c’est par des chemins de traverse, en passant sous de vieux tunnels construits par des architectes français, puis en longeant la côte, que nous rejoignons la deuxième ville du pays.

Nous entrons dans la ville par l’Avenida Argentina, avant de suivre le front de mer jusqu’à la pointe de Carvallo et de grimper la colline du Cerro de la Playa Ancha sur laquelle est perchée la Villa Kunterbundt, l’auberge où nous séjournons. À l’heure de l’apéro, nous enfourchons de nouveau nos side-cars et suivons Alex jusqu’au moto-club de Valparaiso, où nous sommes invités à passer la soirée. Il s’agit du plus vieux moto club au monde !

Le lendemain nous partons à pied à la découverte de la ville. Nous passons par la Plaza Sotomayor et la Plaza Victoria avant de se rendre à l’autre bout de l’Avenida de la Independancia pour coupler le tourisme à un enjeu mécanique. L’objectif est de trouver une nouvelle batterie pour le side-car de Marie et Julien, avec l’espoir de résoudre les ennuis de démarrage. Pièce que nous trouverons, avec l’aide d’Alex, derrière le marché couvert dans la « rue de la mécanique ». Nous l’avons renommé ainsi car, comme souvent depuis notre arrivée en Amérique du Sud, les échoppes spécialisées en mécanique sont concentrées dans une seule rue. C’est donc avec une batterie neuve dans le sac que nous ouvrons la porte du restaurant au O’Higgins, une table typique de Valparaiso où nous partageons une planche de viande grillée à la parilla (barbecue sud-americain) pour le déjeuner.

Une fois rassasiés, nous prenons le trolleybus pour remonter l’avenue de l’indépendance. Puis grimpons à pied sur les hauteurs de la ville ; l’ascenseur ciblé étant hors d’usage. Les petites rues escarpées sont très colorées. Nous atteignons le quartier du Cerro Florida où nous visitons la maison de l’écrivain et poète Pablo Neruda. Sa maison, à l’architecture atypique, est tournée vers le port et son animation ; source de son inspiration. Nous rejoignons l’auberge par les collines. Se succèdent alors des escaliers qui descendent et des marches qui remontent. A notre arrivée, la parilla est allumée. La soirée se déroulera autour du barbecue, entre bières et viande grillée.

Laissant « Valpo » derrière nous, nous longeons la côte pacifique par de belles petites routes. À hauteur de la ville de Rapel, c’est malheureusement un bien triste spectacle qui s’offre à nous. Un incendie se propage sur les hauteurs des monts environnants ; les hélicoptères enchaînent les aller-retours entre la montagne et le rio.

Les virages s’enchaînent sur cette petite route côtière, jusqu’au spot de surfeurs de Pichilemu. Mais c’est finalement près des salines de Cahuil, quelques kilomètres plus loin, que nous passons la nuit. En poursuivant notre route vers le sud nous rencontrons les motards de Chillán qui nous font découvrir la spécialité culinaire locale avant de faire une nouvelle étape à Santa Clara ; où c’est cette fois Tonio, qui nous invite à une parilla. Le lendemain nous montons une dernière fois la tente dans la région des 7 lacs sur les rives du lac Pullingue, avant d’atteindre Puerto Montt.

La ville marque la porte d’entrée de la Patagonie Chilienne. Elle sera notre base opérationnelle pour préparer notre conquête des terres australes. Nous effectuons donc une pause de plusieurs jours afin de faire une révision mécanique des side-cars, en vue de la future descente de la Carretera Australe ; réputée pour mettre à l’épreuve les véhicules qui l’empruntent. C’est après avoir remplacé le bras oscillant du panier du side-car de Julien et Marie, et effectué la vidange des deux bolides ; que s’ouvrent devant nous les portes de la Patagonie…


NOS COUPS DE COEUR
Où manger ?

Restaurant O’Higgins
Victoria 2788, Valparaíso

Une adresse traditionnelle où l’on prend place dans de jolis petit box en bois pour savourer les spécialités locales. Le tout placé sous la surveillance du Colonel O’Higgins, considéré comme l’un des pères de la patrie chilienne, figure fondamentale de l’indépendance du Chili.

Cafeteria La Fama
Bernardo O’Higgins 324, Panguipulli

Une belle petite adresse pour le petit-déjeuner. On y déguste un excellent expresso et une belle part de tarte de « panqueque », la crêpe locale. À l’image du reste du village, l’architecture tout en bois de cette adresse lui donne des allures d’échoppes de village de montagne.

Où dormir ? 

Villa Kunterbundt
Vista Hermosa 394, Valparaíso

Perchée sur les hauteurs de la colline du Cerro Playa Ancha, au dessus du port, l’auberge tenue par Martina et son mari accueille les explorateurs à moto de tous les horizons. La maison est un « joyeux bazar » où il fait bon séjourner. Les espaces communs sont agréables et favorisent les échanges. On y partage avec les autres motards les conseils d’itinéraire ; à chacun son expérience, entre ceux qui descendent vers le sud et ceux qui se projettent vers le nord.
Martina assure également l’importation des deux roues au Chili et aide les motards dans les démarches administratives.