Baignade lettone

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La mer Baltique, ce nom qui résonnait dans mon imaginaire comme étant le nord, le froid et la neige. Un espace maritime qui fut le terrain de jeu des vikings au 9e siècle ; ce peuple célèbre pour son esprit d’aventure. La légende raconte d’ailleurs qu’après un bon combat ils n’hésitaient pas à se jeter à la mer et ce même en plein hiver. Cette histoire inspire, aujourd’hui encore, les clubs de baignade hivernale à travers l’Europe. Comment dans ces conditions ne pas succomber au charme de cette côte si envoûtante, qui appelle à de douces brasses revigorantes. 

Je ne suis pas parti autour du monde avec l’idée de me baigner dans toutes les mers que je côtoierais, mais progressivement l’idée a fait son chemin. Arrivée en Lettonie, ce petit plaisir s’est associé au défi de se baigner. Au mois d’Avril, au nord du 50e parallèle quand à cette même période il est souvent difficile, de tremper ses pieds dans le Golf du Morbihan.

Ce matin là, les rayons du soleil transperçaient les carreaux des fenêtres en bois pour venir réchauffer la boiserie de notre chalet à Jurmala. L’ensemble des éléments était réuni et une occasion peut-être unique se présentait pour répondre l’appel de la mer Baltique. Après un bon petit-déjeuner,  je descendis quatre à quatre l’escalier qui mène au jardin ; sac à dos sur l’épaule, maillot de bain et serviette dans sa poche principale. Je pris alors la direction de la plage d’un pas décidé. J’empruntai le petit chemin arboré, savourant la douceur de ce weekend d’avril, la saveur de ce début de printemps et la fraîcheur de l’air marin. 

C’est par de petits caillebotis que le sentier conduisit mes pas au milieu des pins jusqu’à cette vaste étendue de sable. Sur ce large ruban doré, sans le moindre relief sur des dizaines de kilomètres, se promènent plusieurs familles.

À plusieurs dizaines de mètres, sur ma gauche, un nageur fait quelques brasses. La vue de ce baigneur pique mon orgueil et entérine ma décision. Je n’ai plus le choix, si un letton est à l’eau, un breton se doit de le suivre. Je pose à mon tour, le sac dans le sable et y pioche le maillot de bain pour me mettre en tenue. Cette transition vestimentaire reste d’ailleurs gravée dans ma mémoire tant le froid nordique est venu pincer mes tétons, de manière presque aussi forte que ce vieux mauvais jeu de collégiens.

Après deux-trois pas dans les eaux fraîches, pour ne pas dire « glacées » de la mer ; il n’y a pas de doute, dans mon départ précipité pour la rejoindre. Je n’ai pas vérifié les horaires de marée haute. Erreur de débutant. Il faudra donc s’astreindre à une marche d’une centaine de mètres pour avoir de l’eau à la taille. Une épreuve de plus, pour gagner un peu de profondeur et pouvoir savourer quelques mouvement de crawl et une planche de quelques secondes. Rapidement la température de l’eau nous rappelle à la réalité. Le retour vers la serviette se fait sans tarder, le séchage est énergique et la veste polaire est vite renfilée. Les mouettes, au-dessus de ma tête se moquent de la situation. La mer baltique se mérite, un véritable rite de passage pour les futurs vikings qui partent dans les prochains jours à la conquête de la Russie…