De Ushuaïa à la capitale Argentine – 17 jours – 6 mètres d’altitude

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Notre départ d’Ushuaïa se fait sous une fine pluie. Mais dès les premiers cols passés, le soleil reprend ses droits. Jusqu’à Rio Gallegos nous devons prendre la même route qu’à l’aller. De nouveau nous passons par le Chili, traversons le détroit de Magellan et deux postes frontières. Sur cette petite enclave chilienne nous faisons une halte pour rendre visite à la colonie de manchots royaux près de la ville de Cerro Sombrero. Sur la piste qui permet de rejoindre l’entrée du parc, nous constatons que la première soudure (faite à Tortel au Chili) sur l’aile de notre side-car a lâché. Parce que nous ne devrions pas quitter l’asphalte jusqu’à Buenos Aires, nous faisons le pari de poursuivre notre route, sans effectuer de réparation immédiate.

Passé Rio Gallegos, la température s’élève et c’est en short et tongs que nous montons les tentes pour cette nuit de camping sauvage sur les rives du Rio Chico. La « Ruta 3 » est du même acabit que la précédente « Ruta 40 ». En plus des monotones lignes droites et du vent, vient s’ajouter la problématique de la chaleur. En effet sur l’asphalte en plein soleil, il fait près de 40°C, les side-cars ont besoin de pauses plus régulières pour refroidir les moteurs. Mais malheureusement sur cette portion désertique, rares sont les arbres où il est possible de se mettre à l’ombre. Après un après-midi sous le cagnard, nous revoyons donc notre stratégie en optant pour un réveil avant le soleil et ainsi rouler avant que les températures ne soient trop élevées.

Après une nuit au camping municipal de la petite station balnéaire de San Julian (où l’on a pu visiter une réplique de l’un des navires de l’expédition de Magellan) nous plantons de nouveau la tente dans une station essence. Cette région désertique n’offre pas de beau spot de camping sauvage et ces stations nous proposent, dans le meilleur des cas, la possibilité d’installer le campement dans une zone ombragée et à l’abri du vent, une connexion Wifi et un accès aux sanitaires ; le tout sans dépenser le moindre centime !

À quelques dizaines de kilomètres de Comodoro Rivadavia, de petites vagues se sont formées sur le bitume de la Ruta 3. Ces ondulations créent des vibrations qui aggravent la fissure de notre aile de side-car. Nous faisons donc le choix de retirer ce garde-boue et envisageons de trouver un soudeur dans cette ville. Sur les conseils d’un ami de Ricardo (du camping La Nutria en Patagonie Chilienne) nous nous rendons à la Tonneria del Sol. Séduits dès notre arrivée par cette ambiance de garage aux allures du « Cinquième Elément », nous confions à Fito, notre « Bruce Willis, » nos ailes de side-cars afin qu’il répare les fissures et les renforce pour la suite du périple.

Cette nuit là, nous montons notre campement au camping municipal de Rada Tilly. La plage est à deux pas et le soleil est sur le point de se coucher. C’est un « timing » parfait pour s’offrir une petite baignade, dans une eau aussi froide que la Manche au Printemps ; avant de savourer une petite bière face à l’océan.

La route se poursuit vers le nord, jusqu’à Puerto Madryn, une grosse station balnéaire de la côte Atlantique. D’imposants ferries y font escales pour quelques jours, le temps que ses passagers dépensent leur argent dans les restaurants et casinos qui agrémentent sa longue digue. Vous l’aurez compris, on ne s’y est pas senti « comme à la maison » ! Du coup, nous avons repris la route pour se trouver un petit coin plus calme pour planter la tente. Trente kilomètres plus au nord, sur la route de la Péninsule Valdez, nous trouvons notre coin de Paradis : une plage et des dunes qui abritent le campement du vent.

Après une nouvelle nuit bercée par le chant des vagues, 200 kilomètres de pistes sont au programme de la journée suivante, pour parcourir de long en large la Péninsule Valdez et rendre visite aux manchots de Magellan. Sur le papier, il est possible d’y voir à cette période de l’année des orques ; mais nous n’aurons pas de chance sur ce coup-là. En revanche, avec leur démarche chaloupée, les manchots de Magellan viennent faire les beaux pour notre plus grand plaisir, à moins de 10 cm de nous. 

Nous aurons également le plaisir d’apercevoir des lions de mer, des éléphants de mer et un “Peludo”, une sorte de tatou qui se promène à proximité du poste de surveillance des rangers locaux. L’après-midi se termine par une baignade sur la grande et belle plage de sable fin de Puerto Pyramides, enclavée entre deux falaises en calcaire. Pour conclure cette journée et avant de retrouver notre spot de camping sauvage, que nous avions quitté le matin même, nous remplissons nos bidons d’eau chez les pompiers du village.

La poursuite de notre remontée vers le nord nous conduit ensuite à San Antonio Oeste. Nous sommes, dès notre arrivée, séduits par cette petite ville sans prétention, tournée vers la mer ; d’autant que dès le premier rond-point, nous tombons sur le point de vente d’une oliveraie locale qui nous régale de son huile et de ses olives marinées.

Puis nous découvrons le camping du “Club Nautico Social y Pesca” de San Antonio Oeste, qui en plus de son activité de camping, accueille à l’année les marins-pêcheurs de la ville. Nous y partageons d’incroyables moments avec toute l’équipe du camping. Nous nous autorisons une journée de repos. Après une belle grasse-matinée, nous prenons la direction de la plage de “Las Piedras Coloradas” à proximité de la ville voisine de Las Grutas. Alors que le soleil était au beau fixe en ce début d’après-midi, dès les premiers kilomètres après avoir quitté San Antonio Oeste, le vent se met à souffler, et c’est finalement sous quelques gouttes de pluie que nous atteignons les premiers grains de sable. Jolie plage où quelques rochers épars tentent d’émerger au milieu de cette étendue jaune. Derrière l’un d’eux, un grand-père et son petit fils jouent au Tejo. Inspiré du jeu colombien, il est adapté à la plage et a pour principe de lancer les galets plats de sa couleur au plus proche du plus petit galet (l’équivalent du “cochonnet” à la pétanque).

Après une nouvelle journée mécanique et deux belles soirées “parilla” au Club Nautico, nous reprenons la route en direction de Buenos Aires.

 Petite pause chez le marchand d’olives avant de regagner la Ruta 3. Le paysage évolue ; des arbres, des bosquets, des champs de maïs et de beaux et gros troupeaux de bovins. Nous dressons le campement derrière les dunes de la plage de El Condor. Le spot est réputé et connu des pêcheurs de la région. La ville est également célèbre pour sa falaise aux perroquets. Nous sommes d’ailleurs réveillés le lendemain par les nombreux volatiles perchés sur les fils électriques au dessus des tentes. Il règne alors une ambiance à la “Hitchcock”.

La journée sur la Ruta 3 sera marquée par le changement du roulement côté panier de notre side-car. Une réparation épique, en plein soleil sur une aire d’autoroute. Le roulement ayant chauffé avec l’usure et la chaleur, il aura donné du fil à retordre à Julien, pour le sortir et le remplacer. Mais le fruit de ses efforts nous permet d’atteindre, au soleil couchant, la petite fromagerie « d’El Balcon del Arroyo ». Petite production locale qui nous offre l’opportunité de déguster de délicieux fromages affinés qui nous rappelle nos gruyères et autres fromages alpins. Inutile de vous cacher qu’après de si nombreux mois sur les routes sans pouvoir rencontrer de fromages dignes de ce nom, nous nous sommes offerts, ce soir là, un repas pain – vin rouge – fromage et saucisson.

Sur les conseils de Franco, nous quittons la Ruta 3 pour traverser la “Sierra Ventana”. Une région vallonnée qui offre de jolis points de vues et de jolies courbes. C’est un plaisir de piloter les side-cars dans les virages après de si longs kilomètres sur la Ruta 3. Nous faisons un arrêt dans le petit village de Villa Ventana avant de piquer une tête dans la rivière à hauteur du village de Sierra de la Ventana. Nous atteignons en fin d’après-midi, la bodega de Saldugaray. Nous faisons la visite du domaine avant de réaliser une petite dégustation. La propriétaire des lieux nous offrira même la possibilité de passer la nuit au milieu des vignes.

De retour sur l’asphalte, notre pause dans la ville de Colonel Pringles est marquée par notre interview avec la presse locale « El Diario de Pringles », une interview de quelques minutes en espagnol ; le début de la célébrité en Amérique du Sud ! La journée se termine par une baignade dans la rivière qui traverse la petite ville de Azul. Nous faisons une dernière étape à Lujan  en périphérie de Buenos Aires. Les campings aux alentours étant hors budgets, nous montons les tentes à côté de celles des pêcheurs locaux sur le bord de la rivière Lujan. Ils pêcheront toute la nuit à la lumière des lampadaires pendant que nous reprenons des forces avant de partir à la conquête de Buenos Aires…


NOS COUPS DE COEUR
Où acheter des produits locaux ?

Les olives Oleosan
San Antonio Oeste, Rio Negro, Argentine

Après une journée sur les lignes droites de la Ruta 5, nous effectuons un arrêt dans cette oliveraie, située à proximité du rond-point qui marque l’entrée dans la ville portuaire de San Antonio Oeste.
L’accueil et la présentation des lieux sont réalisés par la patronne, au volume de voix élevé.
Le lieu n’est autre qu’une boutique, les oliviers et la production sont situés à quelques kilomètres de là. Nous ne pourrons les voir qu’au travers d’une vidéo présentant la production d’huile et autres produits dérivés de l’olive.
A la degustation, ce noble produit issu, ici, d’une production biologique, fond dans la bouche et délivre son goût raffiné. Elles accompagneront parfaitement vos apéritifs à l’ombre des arbres argentins.

La fromagerie El Balcon del Arroyo
Tornquist, Province de Buenos Aires, Argentine

Pour atteindre la fromagerie, il faut pour cela effectuer quelques kilomètres sur un étroit chemin traversant les champs où pâturent les vaches. La ferme familiale se découvre après une petite descente de quelques mètres.
On y est accueilli par le propriétaire des lieux qui nous raconte l’histoire de son produit tout en nous faisant visiter la salle de traite et la salle d’affinage. Oui, ici en Argentine, il existe une fromagerie qui affine son fromage, alors que la plupart des autres fromageries produisent davantage du fromage frais ou pasteurisé.
Lors de la dégustation, nous sommes surpris par la ressemblance avec nos fromages de montagne. L’une des saveurs qui nous a le plus manqué depuis le début de notre voyage. Les autres fromages parfumés aux herbes ou aux épices sont tout aussi surprenants et rappellent certains cheddars anglo-saxons.
Nous quitterons les lieux les poches pleines de victuailles, dont une petite bouteille de vin produit dans la région, conseillé par le patron comme accompagnement de ses spécialités.

Où manger ? 

Les foodtrucks Beltza et Unakombi
Villa Ventana, Province de Buenos Aires, Argentine

Le petit village de Villa Ventana a des faux-airs de village alpestre. Sur l’une de ses petites places ombragées et parfaitement decorées aux allures de guinguette, ce sont installés deux foodtrucks. Le premier sert dans son camion d’excellents burgers et churascos, tandis que le second, dans son combi Volkswagen réaménagé, sert de la bière locale. Un combo gagnant pour effectuer un break au milieu de la vallée.